STANNATE DE PROTOXYDE D’ÉTAIN
Yictnütnnnate de protoxyde d'étain. L acide métastannique, mis en contact avec une dissolution de protochlorure d’étain, prend immédiatement une belle couleur jaune orangé, la liqueur devient très acide, et quand l’acide métastannique est en excès, elle ne retient que de l’acide chlorhydrique; lorsqu’au contraire c’est le sel de protoxyde d’étain qui domine, on obtient une substance jaune, dont la composition correspond à la formule Sn 5 O lo ,SnO,HO.
Le métastannate de protoxyde d’étain est jaune, insoluble dans l’eau, soluble dans l’acide chlorhydrique concentré; au contact de l’air, il en absorbe peu à peu l’oxygène et se change en acide métastannique blanc. A la température
ordinaire, l’acide nitrique le transforme en acide métastannique avec dégagement de vapeurs rutilantes. La potasse le dissout en donnant une liqueur jaunâtre qui se décolore par l’ébullition, et qui se comporte comme un mélange de métastannate de potasse avec une solution alcaline de protoxyde d’étain ; en effet, si on la concentre suffisamment, ce dernier disparait en déposant de l’étain métallique. Le métastannate d’étain, chauffé à 140 degrés dans un courant d’azote ou d’acide carbonique, se déshydrate et devient d’un brun noir.
Il suffit d’une très petite quantité de protochlorure d’étain pour colorer en jaune une masse assez considérable d’acide métastannique; cette coloration constitue un des meilleurs caractères des sels de protoxyde d’étain.
stnnnatc de protoxyde d’étain (SnO*,SnO). — Ce composé se produit, d’après M. Fuchs, quand on mêle de l’hydrate de sesquioxyde de fer avec du protochlorure d’étain :
Fe*0 8 + 2SnCl = SnO.SnO* + 2FeCl.
On peut l’obtenir plus pur en mélangeant une dissolution de protochlorure d’étain saturée d’ammoniaque, avec une solution de perchlorure de fer à laquelle, pour la neutraliser, on a ajouté de la potasse, aussi longtemps que le précipité d’hydrate de sesquioxyde de fer qu’elle détermine se redissout dans la liqueur. Le mélange des deux liquides est introduit dans un flacon bien bouché, et maintenu quelques heures entre 50 et 60 degrés ; on obtient de la sorte un précipité gélatineux difficile à laver, car il bouche les pores du papier à filtre ; par la dessiccation à l’air libre, il se. rassemble en grains jaunes et translucides, que l’ammoniaque et l’acide chlorhydrique dissolvent facilement. Si on le calcine à l’abri du contact de l’air, il prend après refroidissement une couleur noire ; sa composition correspond à la formule SnO,SnO s = Sn 3 0 3 .
§ 62. — STANNATE DE CHROME. — P1NK-C0L0R
Le pink-cûlor n’est pas un stannate à proportions définies; c’est une substance rose employée, principalement en Angleterre, pour imprimer la faïence sous couverte, et produire après cuisson une teinte rouge de sang.
L’analyse d’échantillons de pink-color ci-dessous :
a donné à M.
Malaguti les
Bioxyde d’étain.
Chaux..
Silice.
Alumine.
Eau.
Oxyde de chrome..
Chromate de potasse.
Chromate de chaux.
Potasse, fer et perte.
Cette matière est donc essentiellement une combinaison de stannate i
avec de la silice et du chrome. L’acide slannique n’est coloré à la température du rouge clair, ni par le sesquioxyde de chrome, ni par le chromate de potasse, mais il y a coloration dès que l’on ajoute de la chaux. Pour obtenir un bon produit, le rapport du carbonate de chaux au chromate de potasse cristallisé, qui servent à la préparation, doit être celui de 10 à 1, celui de la chaux à l’acide stannique de 1 à 5; la silice et l’alumine, sans être'indispensables, rehaussent le ton de ,1a masse en lui donnant une légère nuance violacée. Si l’on augmente graduellement les quantités de chaux et d’oxyde de chrome, ou de chromate, la nuance du pink-color se fonce de plus en plus jusqu’à devenir brun marron.
Pour préparer le pink-color on fait un mélange intime de 100 parties de bioxyde d’étain, 34 de carbonate de chaux, 3 à 4 de chromate de potasse cristallisé, 5 de silice etl d’alumine; le tout, introduit dans un creuset luté,est maintenu au rouge clair pendant plusieurs heures ; on obtient ainsi une masse rouge sale, qui, lavée à l’acide chlorhydrique étendu, devient d’un beau rose, et constitue le produit commercial.
Laque minérale. — En chauffant à 150 degrés environ du pyromètre, un mélange de 100 parties de bioxyde d’étain avec 2 de sesquioxyde de chrome, on obtient une matière d’une très belle couleur lilas, connue sous le nom de laque minérale ; vue au microscope, chaque parcelle a l’aspect d’un petit globule vitreux. Cette substance colorante, inaltérable à l’air sec ou humide, à la lumière, par l’acide sulfhydrique comme par les sulfures alcalins, est applicable à la coloration des papiers peints et de la faïence sous couverte, et peut être également utilisée avec avantage dans la peinture à l’huile.
§ 63. — POURPRE DÉ CASSIDS
Matière pourprée découverte à Zurich, vers 1668, en plongeant une lame d’étain dans une dissolution d’or, par Cassius. Celui-ci tint secret son mode de préparation, qui ne fut publié qu’en 1681 par le fils de l’inventeur.
Préparation. — La préparation du pourpre de Cassius se fait à l’aide de divers procédés, parmi lesquels nous citerons les suivants :
1° On prépare au moment de s’en servir, une eau régale, avec 16 gr ,8 d’acide chlorhydrique ordinaire et 10,2 d’acide azotique à 36degrés; dans 9 grammes de ce liquide on dissout 50 centigrammes d’or fin, puis on étend la dissolution de 14 litres d’eau pure, de sorte qu’elle ne présente qu’une faible teinte paille. D’autre part, à 18 grammes de la même eau régale, additionnée de 3 à 5 grammes d’eau suivant la température, on ajoute par petites portions 3 grammes d’étain pur laminé, en maintenant le vase où s’opère la réaction dans un lieu frais ; quand tout est dissous, on décante la partie claire et on la verse goutte à goutte dans la dissolution d’or ; le précipité pourpre qui apparaît par l’agitation est lavé à l’eau bouillante ; mêlé avec des fondants convenables, il donne d’excellentes couleurs sur porcelaine [Brongniart, Traité des arts céramiques'].
2° On obtient, d’après M. Figuier, un pourpre de composition constante, en décomposant le trichlorure d’or par l’étain. On dissout 20 grammes d’or dans
m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
une eau régale formée de 80 grammes d’acide chlorhydrique pour 20 d’acide azotique, on évapore à sec pour chasser l’excès d’acide, et on dissout le résidu dans 750 grammes d’eau, puis on ajoute de la grenaille d’étain à celte solution. — Le liquide se trouble, devient brun, puis pourpre ; pour laverie précipité, on le fan bouillir avec une solution de sel marin qui l’empêche de passer à travers le filtre.
Propriétés. — Le pourpre de Cassius bien lavé est brun foncé, il devient plus clair par la dessiccation. Chauffé à 100 degrés, il retient de l’eau qu’il ne perd qu’à une température plus élevée; si on le traite alors par l’eau régale, il donne du chlorure d’or et un dépôt blanc de bioxyde d’étain; avant d’avoir été desséché, il se dissout dans l’acide chlorhydrique et donne du bichlorure d’étain avec un dépôt d’or métallique. — L’ammoniaque le dissout aussi, et forme une liqueur pourpre qui se décolore lentement en déposant de l’or et du bioxyde d’étain gélatineux ; cette solution alcaline chauffée à 60 ou 80 degrés, laisse déposer rapidement le pourpre de Cassius, qui est devenu dès lors insoluble dans l’ammoniaque.
L’acide azotique et l’acide sulfurique étendu avivent la couleur du pourpre, et lui enlèvent un peu d’or et d’étain.
Le pourpre de Cassius se dissout dans le verre en fusion, qu’il colore en rose ou en rouge rubis, c’est avec lui que les peintres sur porcelaine et sur verre produisent sur les poteries ou les vitraux de magnifiques couleurs pourpres, violettes et roses.
Constitution du pourpre de Cassius. — Le pourpre de Gassius a été l’objet de travaux nombreux, de la part de chimistes qui sont arrivés à représenter sa constitution de manières bien différentes. Berzélius et M. Dumas l’envisageaient comme un slannate double de protoxyde d’étain et de sous-oxyde d’or, Au 2 0,Sn0 s -(-Sn0,Sn0 2 -j- 4 HO. M. Debray le regarde comme une laque d’acide stannique colorée par de l’or très divisé ; ce savant appuie son opinion sur les faits suivants :
Si l’on verse une solution d’or dans un liquide tenant en suspension de l’hydrate de bioxyde d’étain, puis qu’on ajoute un réducteur tel que l’acide oxalique, en chauffant légèrement, l’or réduit se précipite en presque totalité sur l’oxyde d’étain qui prend la couleur et les caractères du pourpre de Cassius ; ainsi, le mercure n’enlève pas l’or au pourpre ainsi obtenu, pas plus qu’il ne l’enlève au pourpre préparé d’une manière différente. En remplaçant le bioxyde d’étain par de l’alumine hydratée, elle donne dans les mêmes circonstances une laque colorée par de l’or.
La solubilité du pourpre dans l’ammoniaque caustique, avec dépôt lent d’or et d’acide stannique, s’accorde avec cette manière de voir; en effet, la solubilité du pourpre dans ce réactif tient uniquement à ce que l’oxyde d’étain qui le constitue est soluble ou non dans ce véhicule ; l’oxyde d’étain préparé à froid étant soluble dans l’ammoniaque, le pourpre préparé à froid s’y dissout, mais tout pourpre chauffé à 100 degrés y est insoluble, parce que le bioxyde d’étain obtenu à cette température ne s’y dissout en aucun cas.
A. DtTTE. — L’ÉTAIN ET SES COMPOSÉS.