COMBINAISONS DE L’ACIDE STANNIQUE AVEC LES BASES
§ 45. — STANNATES ET MÉTASTANNATES
Les sels que le bioxyde d’étain donne en se combinant avec les bases, se divisent en deux groupes : les métastannates et les stannates.
Les métastannates ont pour formule générale Sn 6 0 10 , MO, 4 HO et ne perdent encyclop. chih. 11
leur eau qu’en se décomposant ; ceux qui sont solubles ne cristallisent pas ; l’alcool les précipite de leur solution aqueuse. Quand on les chauffe, ils se décomposent, de l’eau se dégage, ils deviennent insolubles, et en même temps l’acide se sépare de la base, car en traitant par l’eau le produit calciné, ce liquide enlève l’alcali, et il reste de l’acide métastannique insoluble qui n'en retient que des traces.
Les stannates sont représentés par la formule générale MO, SnO 2 , on peut les obtenir à l’état anhydre. Les stannates solubles cristallisent facilement, ce qui, avec leur composition, suffit pour les distinguer immédiatement des métastannates.
§ 46. — STANNATES DE POTASSE
MétaNtnnnate de pota*»e. — On l’obtient en dissolvant à froid dans de la potasse pure, l’acide métastannique provenant de l’action de l’étain sur l’acide nitrique. En ajoutant un excès de potasse solide à la liqueur, le métastannate y devient insoluble et se précipite; on le dessèche sur de la porcelaine dégourdie.
On peut aussi ajouter de l’acide azotique étendu à une solution de stannate de potasse, de manière à saturer les trois quarts de la potasse qu’il contient. En versant de l’alcool dans la liqueur, on en précipite le métastannate gélatineux qui se rassemble par la dessiccatiou en une masse gommeuse et transparente.
Le métastannate de potasse est excessivement soluble dans l’eau et incristallisable ; une solution concentrée de ce sel, traitée par l’alcool, a donné à M. Fremy un précipité gommeux déliquescent, qui, lavé à l’alcool et séché dans le vide, présenta la composition Sn 5 O l ° K0,4H0. La chaleur le décompose, et la masse calcinée reprise par l’eau, abandonne de la potasse en laissant de l’acide métastannique insoluble.
Stannate de potasse. — On l’obtient en dissolvant l’acide stannique dans un excès de potasse, et faisant cristalliser la liqueur après concentration.
M. Marignac le prépare en grandes quantités de la manière suivante : On met en fusion aqueuse dans un creuset d’argent 80 grammes de potasse caustique, et l’on y ajoute par petites portions 30 grammes d’acide métastannique provenant de la réaction de l’acide azotique sur l’étain ; il se dissout facilement dans la potasse fondue en formant d’abord une masse liquide, mais bientôt, quand on élève la température, il se produit une sorte d’ébullition sans aucun boursouflement si l’on prend soin de modérer la chaleur, et au bout de quelques instants, tout se prend en une substance dure et blanche qui, après refroidissement, se dissout tout entière dans l’eau. Si au contraire on poussait la calcination plus loin, la matière ne se dissoudrait plus qu’en faible proportion, par suite d’une modification du stannate. Soumise à des concentrations et à des refroidissements successifs, la liqueur donne sans difficulté tout le stannate qu’elle renferme, et comme il est très peu soluble dans les solutions concentrées de potasse, les eaux mères n’en retiennent qu’une très minime quantité.
M. Ditte obtient facilement le stannate de potasse par l’action d’une solution
alcaline concentrée et bouillante, sur du protoxyde d’étain qui se dédouble en stannate alcalin et étain métallique (§ 26). On sépare ce dernier, et l’on évapore la liqueur jusqu’à ce qu’on voie apparaître un voile à sa surface. Tout le stannate se dépose par refroidissement, on l’essuie avec du papier, de manière à enlever la majeure partie de l’eau mère qui le mouille, puis on le dissout à chaud dans la plus petite quantité d’eau possible. Cette liqueur, évaporée dans le vide, donne de très beaux cristaux de stannate complètement pur, l’eau mère retenant la petite quantité de potasse que les premiers cristaux contenaient encore.
Le stannate de potasse se présente en beaux cristaux transparents dont la formule est K0Sn0 2 ,3H0 et dont la forme est celle d’un rhomboèdre basé, tronqué sur ses arêtes par un rhomboèdre inverse. Le développement des deux faces du solide primitif leur donne quelquefois l’aspect de prismes obliques ; souvent aussi ils sont maclés parallèlement à l’une des faces du rhomboèdre, ce qui donne lieu à un angle, rentrant d’un côté, saillant de l’autre. Il existe un clivage net suivant la base du rhomboèdre; en outre les cristaux qui ont toujours leurs faces un peu courbes, ou donnant plusieurs images, présentent un axe de double réfraction, positif.
Le stannate de potasse est fort soluble dans l’eau qui, à 18 degrés, en dissout à peu près son poids en donnant une liqueur très caustique et très alcaline; l’alcool le précipite de cette dissolution en paillettes cristallines. Soumis à l’action de la chaleur, les cristaux perdent d’abord 2 équivalents d’eau en deve nant blancs et opaques; chauffés davantage, ils deviennent anhydres sans fondre et sans perdre leur forme, mais ils se colorent en jaune d’or. Cette matière jaune absorbe avec une grande avidité l’humidité atmosphérique et redevient blanche ; mêlée avec une petite quantité d’eau, elle s’y combine de suite en se délitant et en dégageant une grande quantité de chaleur. L’eau ne décompose le stannate ni à froid ni à l’ébullition, cependant elle parait le transformer à la longue en métastannate gélatineux.
La solution aqueuse de stannate de potasse, dont l’alcool précipite le sel, est également précipitée par presque tous les sels solubles de potasse, de soude, d’ammoniaque, etc., ils déterminent dans la liqueur un dépôt gélatineux, insoluble dans la dissolution saline, mais très soluble dans l’eau pure.
§ 47. — STANNATES DE SOUDE
MétaMtnnnute de soude (Sn 6 O 10 ,NaO,4 HO). Il correspond au métastannate de potasse et se prépare comme lui, en dissolvant de l’acide métastannique dans de la soude pure en excès, puis ajoutant un excès d’alcali qui le précipite. Il suffit de chauffer légèrement pour le décomposer et séparer l’acide de la base ; l’eau bouillante le détruit en séparant l’acide métastannique, et donnant une dissolution d’alcali.
Stannate de sonde (NaO,SnO s ,3 HO). — On le prépare comme le sel de potasse en dissolvant un hydrate stannique quelconque dans un excès de soude
en fusion, ou en décomposant par la soude caustique du protoxyde d’étain qui se dédouble en stannate et métal. En faisant bouillir la dissolution concentrée, le stannate de soude, bien moins soluble à chaud qu’à froid, se précipite ; on essuie le précipité, on le redissout dans l’eau et, par une cristallisation lente, on obtient de très beaux cristaux de stannate.
Les cristaux présentent en général des faces courbes ou donnant plusieurs images. Ce sel est isomorphe avec celui de potasse ; la forme dominante est celle d’un rhomboèdre basé dont les angles latéraux sont fréquemment tronqués par les faces d’un rhomboèdre aigu; on rencontre également des facettes qui appartiennent à un scalénoèdre.
Le stannate de soude se dissout dans l’eau qui, à 20 degrés en retient la moitié de son poids ; il est moins soluble à chaud qu’à froid ; d’après Ordway, 100 parties d’eau à zéro en dissolvent 67,4 parties, et seulement 61,3 à 20 degrés ; il est insoluble dans l’alcool qui le précipite de ses solutions aqueuses. Sous l’influence de la chaleur, il se comporte comme le stannate de potasse.
La formation du stannate de soude est exothermique, car on a, vers 15 degrés :
SnO 1 gélatineux -j- NaO étendue = SnO 3 ,NaO dissout-\-A, 8 calories.
D’après M. Scheurer-Kestner, une solution étendue de stannate de soude parfaitement pure et ne renfermant aucun excès d’alcali, dépose, quand on la refroidit, des cristaux qui contiennent SnO 3 ,NaO,10 llü. Ce sont des prismes de plusieurs centimètres de longueur, efflorescents, et dont la solution aqueuse chauffée vers 80 degrés se trouble en donnant un dépôt de métastannate de soude.
Le stannate de soude est employé dans l’industrie, surtout en Angleterre et en Allemagne, pour l’impression des toiles peintes, et aussi comme mordant pour la teinture des tissus de fil et de coton, en rose et rouge de Brésil, lilas et violet de Campêche, etc. Le sel industriel se prépare en projetant dans un mélange de soude et de nitrate de soude en fusion, de l’étain métallique qui, oxydé par l’oxygène de l’acide azotique, se transforme en stannate. On utilise aussi à cet effet les rognures de fer-blanc que l’on fait bouillir avec de la soude. La liqueur amenée à une densité de 1,3 fournit des lamelles de stannate de soude.
EhmuI des atunnatea de soude Induatrlcla. — Ces matières étant toujours impures, on procède sur elles à un essai industriel et rapide, qui s’effectue de la manière suivante :
Le stannate, calciné et pulvérisé, est mélangé avec environ 5 fois son poids de chlorhydrate d’ammoniaque et introduit dans un creuset de porcelaine, puis chauffé. Le résidu calciné est pulvérisé, mélangé de nouveau avec du sel ammouiac et chauffé une seconde fois, et l’on recommence cette opération jusqu’à ce que le contenu du creuset ne perde plus de poids ; tout l’étain est entraîné à l’état de chlorure volatil, et la soude est retenue à l’état de chlorure. La seule précaution à prendre est de ne pas pousser la température jusqu’à fondre la matière, qu’il serait difficile alors de retirer du creuset pour la mélanger au sel ammoniac.
On peut aussi traiter un poids connu de slannate par de l’eau chaude, puis ajouter de l’acide sulfurique étendu qui précipite l’acide métastannique. Au bout de vingt-quatre heures de repos, cet acide s’est déposé, on le recueille sur un filtre et on le pèse après lavage et dessiccation.
§ 48. — STANNATE ü’AMMONIAQUE
L’acide stannique provenant de la décomposition du bichlorure d’étain par un alcali, se dissout en grande quantité dans l’ammoniaque étendue et froide, et donne une dissolution transparente dans laquelle l’alcool forme un précipité gélatineux. Cette dissolution, abandonnée dans un vase ouvert, perd peu à peu son ammoniaque, et se transforme en une gelée qui devient plus consistante, à mesure que l’ammoniaque se dégage; finalement l’hydrate stannique se dessèche en fragments vitreux, transparents ou légèrement opalins, durs et friables, qui contiennent : SnO*,HO.
§ 49. — STANNATE DE TÉTRÉTHYLAMMONIUM
Quand on ajoute un excès d’hydrate de bioxyde d’étain, récemment précipité, à une solution d’oxyde de tétréthylammonium, il y a élévation de température et la liqueur filtrée, évaporée au-dessus d’acide sulfurique, laisse un résidu qui, repris par l’eau, donne une solution trouble, difficile à obtenir claire par voie de filtration, mais qui le devient après un repos prolongé pendant plusieurs semaines ; elle dépose par évaporation un sel qui cristallise en octaèdres à base carrée, très réfringents ; il est décomposé lentement par les acides en donnant des sels acides, entre autres ceux qui ont pour composition :
Az(C‘H 5 )‘0,6Sn0 a +HO Az(C*H 6 )<0,7Sn0* + HO
§ 50. — STANNATE DE CHAUX
On peut l’obtenir par voie sèche, en chauffant pendant plusieurs heures au rouge blanc, dans un creuset de platine, un mélange de chlorure de calcium avec un peu de chaux et de bioxyde d’étain. La matière fondue traitée par l’eau, puis par l’acide chlorhydrique faible, laisse de petits cristaux, courts, jaunâtres, transparents, ayant la forme de lamelles carrées, de cubes ou d’octaèdres plus ou moins modifiés. Ils sont inattaquables par les acides, et leur composition répond à la formule SnO’,CaO.
Quand on verse du stannate de potasse dans une solution concentrée et en excès de chlorure de calcium, il se dépose un précipité gélatineux, qui, si l’on porte la liqueur à l’ébullition, se rassemble bientôt, diminue beaucoup de volume et se transforme en petits cristaux très nets, incolores, transparents,
d’apparence cubique. Leur formule est SnO a ,CaO,5 HO. L’eau ne les dissout pas, mais ils disparaissent facilement dans l’acide azotique, comme tous lesstannates hydratés d’ailleurs, et donnent avec lui une liqueur incolore qui se coagule sous l’influence de la chaleur. Ils perdent leur eau quand on les calcine et laissent une matière inattaquable à froid par l’acide nitrique; à chaud celui-ci dissout la base et laisse un résidu de bioxyde d’étain.
§ 51. — STANNÀTE DE STRONTIANE
Une solution de stannate de potasse versée dans un excès de chlorure de strontium, y détermine la formation d’un précipité gélatineux, qui, à la température ordinaire, se transforme peu à peu en cristaux. Ce sont des rhomboèdres aigus, transparents et brillants, souvent groupés entre eux de manière à constituer des sortes de chapelets ; ils renferment 2 SnO*,3 Sr0,'10 HO.
Ce stannate s’obtient encore quand à une solution froide et saturée de strontiane on ajoute du stannate de potasse. Le dépôt gélatineux, qui se produit d’abord, cristallise au bout de peu de jours; cette transformation s’opère bien plus vite si l’on fait bouillir la liqueur pendant quelque temps.
§ 52. — STANNATE DE BARYTE
M. Ditte l’a préparé comme les précédents en versant une solution de stannate de potasse dans du chlorure de baryum. Le précipité volumineux qui se forme se rassemble au bout de peu de temps ; il est alors constitué par des paillettes blanches, nacrées et brillantes. Le stannate de baryte dont la formule est SnO s ,2BaO,lf II0, peut s’obtenir aussi avec une solution saturée de baryte à froid, à laquelle on ajoute du stannate de potasse en petite quantité.
§ 53. — STANNATE DE NICKEL
Lorsqu’à une dissolution d’un sel soluble de nickel dans un grand excès d’ammoniaque, on ajoute peu à peu du stannate de potasse, on voit se former un précipité qui se redissout d’abord dans la liqueur, puis qui devient permanent. La solution ammoniacale, d’abord saturée, dépose de petits cristaux au bout de quelques heures, et peu à peu le précipité primitif cristallise entièrement. On peut obtenir par ce procédé, non seulement le stannate de nickel, mais tous ceux dont la base est soluble dans l’ammoniaque.
Le stannate de nickel SnO ! NiO,5 HO est en petits cristaux vert clair, transparents et d’apparence cubique. Soumis à l’action de la chaleur, il devient jaune brun en perdant son eau, et avec elle sa solubilité à froid dans l’acide azotique.
§ 54. — STANNATE DE COBALT
Il se produit absolument eomme celui de nickel, en petits cristaux roses t transparents, qui contiennent Sn0 3 ,CoO,61IO. La chaleur lui enlève son eau ,»t le transforme en une matière brun foncé, de laquelle l’acide nitrique n’enlève le cobalt qu’à la température de son ébullition.
Cœrnieiim. — Le Cœruleum est une combinaison complexe qui renferme surtout du bioxyde d’étain et de l’oxyde de cobalt; il contient en moyenne :
Bioxyde d’étain. 49,66
Oxyde de cobalt. 18,66
Sulfate de chaux et silice. 31,68
Cette matière est entièrement soluble à chaud dans l’acide chlorhydrique; l’acide azotique l’attaque en laissant un résidu blanc de bioxyde d’étain presque pur. L’acide sulfurique concentré, l’acide acétique, la potasse caustique sont sans action sur elle, même à l’ébullition. Comme la chaleur et la lumière solaire ne lui font subir aucune altération, on l’emploie dans la peinture.
Le cœruleum donne un bleu clair, un peu verdâtre, remarquable en ce qu’il possède la propriété de ne pas paraître violet à la lumière artificielle.
§ 55. — STANNATE DE ZINC
On l’obtient, comme ceux de nickel et de cobalt, en ajoutant à une solution très fortement ammoniacale de sulfate de zinc du stannate de potasse, jusqu’à ce que le précipité blanc qui se forme cesse de se dissoudre dans la liqueur. Les cristaux de stannate 2SnO 3 ,3Zn0,10HO, sont incolores, transparents, d’apparence cubique, insolubles dans l’eau. Par la chaleur ils se déshydratent et donnent une masse qui, jaune à chaud, redevient blanche en refroidissant. Comme tous les stannates hydratés, celui de zinc se dissout dans les acides étendus, mais il y devient insoluble après qu’on l’a déshydraté par la calcination.
jj 56, — STANNATE DE FER
Précipité blanc cristallin qui se forme lorsqu’on ajoute du stannate de potasse à une solution de sulfate double de protoxyde de fer et d’ammoniaque dans un grand excès d’ammoniaque. Mais il faut éviter la présence de la plus petite quantité d’air, qui colore immédiatement le stannate et le transforme en un mélange de bioxyde d’étain et de sesquioxyde de fer hydratés.
§ 57. — STANNATE DE CUIVRE
On le produit en ajoutant du stannate de potasse à une solution fortement ammoniacale d’un sel de cuivre. Le dépôt qui se forme est bien plus soluble dans la liqueur que celui qui prend naissance dans des circonstances analogues avec les sels de nickel, de cobalt ou de zinc. La solution filtrée, lenlement évaporée au-dessus d’acide sulfurique, abandonne peu à peu son ammoniaque, et dépose le stannate SnO , CuO,4HO sous la forme de petits cristaux bleu clair transparents et insolubles dans l’eau pure. Soumis à l’action de la chaleur, ils perdent de l’eau et laissent un résidu presque noir de stannate anhydre.
stannate de cuivre ammoniacal. — Le stannate de cuivre, abandonné dans la liqueur mère très chargée d’ammoniaque, s’y transforme peu à peu. Au milieu du dépôt bleu clair apparaissent au bout de quelques jours des cristaux bleu foncé qui se déposent également en divers points des parois du vase dans lequel la réaction s'accomplit. On obtient de cette façon de beaux cristaux bleu foncé, transparents, peu solubles dans l’eau froide ; les acides les dissolvent sans difficulté ; la chaleur les détruit en laissant le stannate de cuivre anhydre et noir. Leur composition répond à la formule SnO®, CuO, AzH‘0,2 HO.
§ 58. — STANNATES D’ARGENT.
stannate d’argent cristallisé (SnO*,AgO). — Le stannate de potasse forme dans le nitrate d’argent un précipité blanc, qui, bien lavé, se dissout dans l’ammoniaque en donnant une liqueur incolore. Celle-ci, abandonnée sous une cloche en présence d’acide sulfurique, perd de l’ammoniaque, dépose d’abord de petits cristaux et finit par se prendre en masse gélatineuse de stannate d’argent quand l’ammoniaque a en majeure partie disparu. Les cristaux ainsi obtenus sont anhydres, très difficilement attaqués par l’acide azotique même chaud, ils fondent au rouge en un liquide brun foncé. Le bisulfate de potasse fondu les dissout lentement.
Il faut avoir soin de se servir de stannate de potasse pur, ne renfermant pas un excès d’alcali, car celui-ci donnerait dans le nitrate d’argent un précipité d’oxyde d’argent qui, avec l’ammoniaque, pourrait former des composés fulminants.
métastannate d’argent (Sn B 0 10 AgO,n HO). — Quand on verse du nitrate d’argent dans une solution de nitrate de protoxyde d’étain employée en excès, il se forme un abondant précipité blanc, qui, lavé et comprimé entre des feuilles de papier à l’abri de la lumière, puis séché dans le vide, se présente sous la forme d’une substance grise, pulvérulente, qui se dissout facilement dans l’acide azotique étendu, en donnant une liqueur jaune clair. Elle est insoluble à froid comme à chaud dans l’ammoniaque, mais une faible quantité de ce réactif, ou de potasse, la colore en rouge foncé ; sa composition répond à la formule Sn B 0‘°Ag0.7 HO.
Dans cette réaction, le protoxyde d’étain s’est oxydé aux dépens de l’acide nitrique, il a formé de l’acide stannique qui s’est uni avec l’oxyde d’argent mis en liberté.
Le précipité blanc, abandonné dans la liqueur au milieu de laquelle il a pris naissance, se colore en rouge au bout de quelque temps. Mis en suspension dans une grande quantité d’eau, il se transforme en une poudre rouge foncé qui, après lavage et dessiccation dans le vide, possède toutes les propriétés du sel précédent dont il ne diffère que par une certaine proportion d’eau ; il contient, en effet, Sn 6 0*°Ag0,3H0.
Si, au lieu de sécher dans le vide le précipité blanc primitif, on le porte pendant quelque temps à 80 degrés, on le voit presque immédiatement devenir noir bleu; il contient alors une proportion d’eau plus faible encore, pour les mêmes quantités relatives d’acide stannique et d’oxyde d’argent.
Soumis à l’action de la chaleur, le métastannate d’argent détone avec dégagement de chaleur et de lumière, l’explosion se propage dans toute la matière employée, comme dans une traînée de poudre. Après déflagration, le métastannate est anhydre et présente l’aspect d’une poudregris jaunâtre foncé; il est devenu insoluble dans les acides étendus. L’acide azotique concentré l’attaque à chaud, lui enlève l’argent à l’état de nitrate, et laisse le bioxyde d’étain insoluble comme résidu.
s tanna te d’argent (SnO’AgO,2 HO). — Lorsqu’au lieu d’opérer en présence d’un excès de nitrate de protoxyde d’étain, on verse celui-ci dans une grande quantité de nitrate d’argent, la première goutte de sel d’étain produit un trouble blanc rosé qui devient rapidement rouge, et en continuant à ajouter du nitrate d’étain peu à peu, on obtient un dépôt rouge foncé, presque noir. La liqueur filtrée pendant qu’elle contient encore un grand excès de nitrate d'argent, passe incolore, mais presque immédiatement elle se trouble en donnant un nouveau dépôt rouge : ce phénomène peut être reproduit plusieurs fois de suite, ce qui montre que la réaction n’est pas instantanée comme lorsque le sel d’étain est en excès. Quand toute action est terminée, il reste une liqueur encore riche en nitrate d’argent et un précipité qui, lavé et séché dans le vide, correspond à la formule Sn0 2 Ag0,2H0.
Ce stannate d’argent est pulvérulent, brun très foncé, insoluble dans l’ammoniaque, facilement dissous par l’acide azotique dilué qu’il colore en jaune clair. Soumis à l’action de la chaleur, il perd de l’eau et devient anhydre, mais sans déflagration ni dégagement de lumière ; c’est alors une poudre grise que l’acide nitrique attaque à froid, et plus facilement à chaud, en laissant un résidu insoluble de bioxyde d’étain.
stannate de aous-oxydc d'argent. — Lorsque à une solution très étendue de nitrate de protoxyde d’étain on ajoute du nitrate d’argent goutte à goutte jusqu’à ce qu’il y en ait un excès, on obtient un précipité rouge pourpre d’un aspect caractéristique; il se dépose plus ou moins vite, selon que la solution d’étain est plus ou moins étendue. Ce précipité se sépare facilement de la liqueur incolore qui le surnage, mais il bouche les filtres, ce qui le rend plus difficile à
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, laver que Vs prrcerrenis. Complètement purifié par des lavages à l’eau froide, c’est une masse rouge foncé, immédiatement soluble à froid dans l’acide azotique étendu qu’elle colore en jaune clair, mais se dissolvant aussi intégralement et à froid dans l’ammoniaque en donnant une liqueur pourpre d’une très grande intensité de coloration. Cette dissolution ammoniacale, si elle renferme peu du sel d’argent, se décolore au bout de quelques heures d’abandon au contact de l’air; si elle est très chargée de substance dissoute, elle s’évapore avant de se décolorer et laisse un résidu pourpre, gélatineux, qui, desséché complètement à la température ordinaire, conserve toutes les propriétés de la matière primitive, y compris sa solubilité dans l’ammoniaque étendue.
Le précipité rouge, bien lavé et séché lentement à la température ordinaire, se rassemble en fragments friables, à cassure vitreuse, faciles à réduire en une poudre brun foncé, blanchâtres à l’extérieur et présentant un aspect demi-métallique, comme s’ils étaient recouverts d’une très mince couche d’argent réduit; cette matière sèche est encore soluble à froid dans l’ammoniaque comme le précipité primitif. Des analyses bien concordantes conduisent à la regarder comme formée d’une combinaison de stannate de protoxyde d’argent avec du métastannate de sous-oxyde, et à lui attribuer la formule :
Sn 6 0 10 Ag 2 0,2 (Sn0 2 AgO) -f n HO.
La quantité d’eau retenue varie entre 9 et 18 équivalents, selon les conditions dans lesquelles la dessiccation a été effectuée.
Dans l'action du nitrate d'étain sur l’azotate d’argent en solution très étendue, non seulement le protoxyde d’étain s’est oxydé aux dépens de l’acide azotique, mais l’oxyde d’argent, corps peu stable, a été lui-même partiellement réduit et transformé en sous-oxyde. La couleur rouge de la dissolution ammoniacale est le caractère le plus net des sels de sous-oxyde d’argent, qui se dissolvent dans ce réactif en donnant une solution rouge orangé très intense. Au contact de l’air, le sous-oxyde d’argent devient protoxyde, et la liqueur se décolore.
Le sel double perd son eau quand on le chauffe et devient insoluble dans l’ammoniaque, ce qui lui arrive également à la température ordinaire après exposition dans le vide au-dessus d’acide sulfurique concentré ; la matière sèche reste attaquable à froid par l’acide nitrique, avec formation de vapeurs rouges, de nitrate d’argent, et de bioxyde d’étain insoluble. Il se peut que la coloration des sels de protoxyde d’argent, étudiés plus haut, soit due à la présence d’une très faible quantité du sel de sous-oxyde d’argent qui aurait pris naissance dans le cours de la réaction.
§ 59. — STANNATES DE PALLADIUM
Métnstnnnntc «le pniiadium (Sn 5 O 10 PdO,H0). — Il se dépose immédiatement sous la forme d’un précipité brun très foncé, quand on verse du nitrate de palladium dans un sel de protoxyde d’étain en excès. Le précipité bien lavé et séché dans le vide est une poudre brune, presque noire, soluble dans l’acide
A. D1TTE. — L’ÉTAIN ET SES COMPOSÉS, azotique qu’il colore en jaune rougeâtre ; avec l’acide chlorhydrique froid il forme une solution rouge brun très foncé, l’ammoniaque ne le dissout pas. Soumis à l’action de la chaleur, il détone comme le sel d’argent analogue, et perd de l’eau; en même temps il devient anhydre et partiellement insoluble dans les acides qui laissent un résidu de bioxyde d’étain. Sa composition répond à la formule Sn 6 0 10 Pd0,H0.
stnnnnte de palladium (SnO s PdO,HO). — Lorsqu’on recommence l’expérience précédente, mais avec le nitrate de palladium en excès, on obtient une liqueur foncée rouge brun, et un précipité noir difficile à purifier, parce qu’il se colle au filtre, et que l’eau décompose l’excès de nitrate de palladium qui l’imprègne. Séché dans le vide, il apourformule Su0 2 Pd0,H0, et il se comporte, au contact des acides, comme le fait le métastannate. Par l’action de la chaleur, il devient anhydre, mais sans déflagration.
§ 60. — STANNATES DE PLATINE
lU.-tuntannute de platine (Sn 5 0‘°Pt0,H0). — Le chlorure de platine (PtCl*) versé dans une solution d’un sel de protoxyde d’étain maintenu en faible excès, donne immédiatement un précipité rouge de sang, facile à séparer de la liqueur incolore qui renferme l’excès de sel d’étain. La formule de ce composé desséché dans le vide, est Sn 5 0‘°Pt0,H0; il se dissout à froid dans l’acide chlorhydrique étendu avec lequel il donne une belle dissolution rouge, et dans l’acide azotique qu’il colore en jaune; mais il est insoluble dans l’ammoniaque. Soumis à l’action de la chaleur, il perd son eau au rouge sombre, et en même temps il déflagre violemment avec incandescence; le métastannate est alors devenu une poudre noire, anhydre, et tout à fait insoluble dans l’acide chlorhydrique concentré.
Le sel d’étain, versé dans un excès de bichlorure de platine, donne une liqueur rouge très foncée, le précipité formé se dissolvant dans le chlorure de platine en excès ; la solution, évaporée dans le vide, se réduit en une masse visqueuse très déliquescente, qui ne donne ni cristaux ni dépôt insoluble.