COMBINAISONS TELLURÉES DE L’ÉTAIN
§ 95. — TELLURURE D’ÉTAIN
Préparation. — Lorsqu’on chauffe graduellement un mélange de tellure en poudre et de limaille d’étain, au moment où ce dernier fond, la combinaison commence et elle se propage de proche en proche sans qu’on continue à chauffer la matière. La masse devient faiblement incandescente, sa température s’élève au rouge sombre, il se volatilise un peu de tellure sous la forme d’une fumée noire, et finalement il reste une masse grenue, terne et pulvérulente, de tellurure d’élain impur.
Cette matière fond quand on la chauffe dans un courant d’hydrogène pur et sec, puis au rouge blanc elle commence à se volatiliser en donnant des vapeurs
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, vertes peu abondantes dont la teinte se rapproche beaucoup de celle des vapeurs de protosulfure ; même au blanc, la volatilisation est très lente, cependant peu h peu on voit se déposer des anneaux de cristaux dans le tube de porcelaine. II se forme d’abord de longues aiguilles, puis sur celles-ci, et perpendiculairement à leur direction, viennent s’en implanter d’autres plus courtes, et finalement on obtient des feuilles de fougères semblables à celles que l’on observe dans une cristallisation de sel ammoniac. Les cristaux fondent à une température assez voisine de celle à laquelle ils se déposent, et le liquide qui en résulte se rassemble à la partie inférieure du tube.
Propriétés. — Le tellurure d’étain cristallisé présente la forme qui vient d’être décrite; fondu après distillation, c’est une masse brillante, d’aspect métallique, blanc grisâtre ; elle est fragile, et sa cassure, finement grenue comme celle du tellure refroidi rapidement ; sa densité à zéro est 6,478.
Soumis à l’action d’un courant d’acide chlorhydrique sec, le tellurure d’étain n’est pas attaqué à la température ordinaire, et la réaction est très lente au rouge sombre ; il se forme du protochlorure d’étain, et le courantgazeux entraîne du tellure sous la forme d’une poudre noire très divisée. Le tellurure d’étain n’est pas attaqué par une dissolution concentrée d’acide chlorhydrique même à la température d’ébullition de ce dernier.
Quand on ajoute du tellure et de l’étain à une solution concentrée de monosulfure de potassium, le tellure se dissout à la température de l’ébullition, en donnant une liqueur d’un rouge très foncé, presque noir; quant à l’étain, sa dissolution est excessivement lente, la liqueur refroidie laisse déposer des cristaux gris d’acier, formés de petits rhomboèdres accolés les uns aux autres, et constitués par du tellure pur, qui, dissous à chaud, s’est déposé par refroidissement sans qu’il se produise un tellurure d’étain, ou un composé analogue au séléniostannate de sulfure de potassium. L’étain a agi de son côté comme si la liqueur ne contenait pas de tellure, il s’est dissous, comme on l’a précédemment expliqué (§ 73), dans le monosulfure de potassium, en formant du sulfostannate de potasse qu’on retrouve dans la liqueur.