NITRITE DE POTASSE ET DE PEROXYDE DE COBALT
Fischer a observé que, quand on ajoute du nitrite de potasse à la solution d’un sel de cobalt, il se forme un précipité jaune, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’ammoniaque à la température ordinaire, se décomposant par la chaleur en laissant du nitrite de potasse et du peroxyde de cobalt.
1° Saint-Evre a fait le premier une étude approfondie de ce produit. Quand on ajoute peu à peu une dissolution de nitrite de potasse à une dissolution acide de nitrate de cobalt, le précipité prend naissance avec formation de bioxyde d’azote et de nitrate de potasse. On peut opérer différemment, précipiter d’abord le nitrate de cobalt par un simple excès de potasse, et faire passer dans la liqueur un courant de bioxyde d’azote. On l’obtient aussi en traitant p ar une solution de nitrite de potasse le précipité bleu, produit au moyen de l a potasse dans une solution de nitrate de cobalt, et additionnant de quelq Ues gouttes d’acide nitrique.
2° Le procédé de Stromeyer, que l’on suit ordinairement dans les opérations analytiques, est différent.
A la dissolution suffisamment concentrée d’un sel de cobalt, on ajoute un excès de potasse, puis de l’acide acétique de manière à dissoudre le précipité formé. On verse ensuite une solution concentrée de nitrite de potasse faiblement acidulée par l’acide acétique, et on abandonne pendant vingt-quatre heures à une température tiède. Le précipité est ensuite lavé, soit avec de l’alcool à 80 pour 100, soit avec une solution de 1 partie d’acétate de potasse dans 9 p ar ties d’eau additionnée d’un peu d’azotite de potasse.
Quand on ajoute à la solution cobaltique une quantité peu considérable d’acide acétique, la liqueur, d’abord très acide, laisse déposer un sel neutre et bientôt faiblement alcalin. Elle prend alors une teinte jaunâtre et donne naissance aux combinaisons plus complexes qui seront décrites plus loin. Pour éviter leur formation, il faut employer l’acide acétique en assez grand excès pour qu e le gaz nitreux se dégage, ou ajouter de l’acide acétique à la solution neutre filtrée. Des solutions d’azotite de potasse et de chlorure de cobalt, préalablement bouillies, traitées par l’acide acétique en présence du mercure, donnent un dégagement d’azote et un dépôt de sel jaune. Erdmann a pensé que l'oxygène
COBALT
de l’acide azoteux était employé soit à transformer celui-ci en acide nitrique, soit à peroxyder le protoxyde de cobalt. Cette dernière hypothèse paraît la plus vraisemblable, car, quand on reçoit la liqueur filtrée dans l’acide acétique très concentré, on trouve que la proportion d’acide nitrique n’a pas augmenté (Sadller).
L’azotite de cobalt et de potasse est une poudre jaune, formée de prismes microscopiques à quatre pans, portant des facettes pyramidales; ces prismes se présentent aussi groupés en feuilles de fougère ou en étoiles à quatre et à six branches. Quand ils ont été desséchés entre 40 et 50 degrés, ils ne perdent pas de leur poids à 100 degrés ; mais à 200 degrés, ils perdent 23 pour 100, et quand, après celte opération, on les lave à l’eau chaude, il reste l’oxyde 4Co î 0 3 ,HO (Braun). Chauffés au tube fermé, ils deviennent jaune orangé, fondent, dégagent de l’eau, de l’acide nitreux et de l'acide nitrique, et laissent comme résidu du peroxyde de cobalt et du nitrite de potasse. Dans une atmo • sphère d’acide carbonique, on obtient aussi de l’azote et du protoxyde d’azote. Dans un courant d’hydrogène, ils donnent d’abord des vapeurs très acides, puis une quantité d’ammoniaque considérable. Le résidu traité par l’eau donne du cobalt métallique et la solution contiendrait un cobaltate alcalin.
Ils sont peu solubles dans l’eau froide, solubles en proportion excessivement faible dans le sulfure de carbone, insolubles dans l’alcool et l’éther, dans les dissolutions quelque peu concentrées de sulfate de potasse, de chlorure de potassium, de nitrate et d’acétate de potasse; mais dans les solutions de sel ammoniac et de chlorure de sodium, ils sont plus solubles que dans l’eau (Stromeyer).
Dans l’eau chaude privée d’air, ils se décomposent avec un dégagement d’azole. La présence de l’air détermine la formation de vapeurs nitreuses; la liqueur rougit et renferme alors du nitrate de protoxyde de cobalt ordinaire et du nitrite de potasse.
La potasse, même concentrée, exerce une action à peine sensible sur celte substance. La soude, l’eau de chaux et de baryte, à une température suffisante, la décompose facilement, en donnant à l’abri de l’air de l’hydrate d’oxyde de cobalt brun Co*<P,HO. Cet hydrate se dissout dans l’acide acétique avec une coloration brune et dans l’acide oxalique avec une coloration verte. L’acide nitreux donnant avec les alcalis un nitrate et un nitrite, qui en se dissolvant ne peuvent porter l’oxyde de cobalt à un degré supérieur d’oxydation, il faut supposer que le sesquioxyde de cobalt existe tout formé dans le nitrite de potasse et de cobalt.
Le sulfure d’ammonium précipite instantanément du sulfure de cobalt noir; le sulfure de carbone attaque cette substance à la longue. Le chlore ne l’attaque pas à froid; il en est de même de l’acide nitrique et de l’acide chlorydrique, mais à l’ébullition ces acides font naître des vapeurs rutilantes. Le pyrophosphate de soude ne le décompose qu’à l’ébullition, avec formation d’un précipité bleu sale, et la liqueur filtrée contient de l’acide nitreux. Quand on emploie le pyrophosphate de soude en solution concentrée, on obtient un liquide brun-olive qui, par l’ébullition prolongée, devient très clair. Par refroidissement, il donne avec le cyanure de potassium et l’acide acétique du nitro-
cobal ticyanure de potassium. Avec le carbonate d’argent et une petite quantité d’eau, à l’ébullition, il se sépare de l’hydrate de sesquioxyde de cobalt, et il.se forme un liquide qui laisse déposer des aiguilles incolores qui paraissent être constituées par du nitrate d’argent.
Formule du sel. — La formule d’un azotite double de potasse et de protoxyde de cobalt
KO.Co0.2Az0 3 + HO,
donnée par Saint-Evre, a été rejetée, parce que ce sel ne donne presque pas d’acide nitreux, quand on le décompose par la soude et qu’elle ne concorde pas avec les nouvelles analyses. Stromeyer, en se basant sur le rapport de l’oxygène combiné au cobalt et de l’oxygène combiné à l’azote, rapport égal à 28,44 ou après rectification, égal à 31,73, adonné la formule 3KO, Co 3 0 3 , 5Azo 3 -f-2 H 2 0, s’appliquant au sel desséché à 100 degrés. Il explique la formation de peroxyde de cobalt en faisant remarquer que, par le mélange de deux liqueurs neutres, le sel jaune ne prend naissance que peu à peu, à partir de la surface en contact avec l’air. Il ne semble pas certain à Erdmann que le cobalt existe dans ce sel à l’état de protoxyde, les résultats de l’analyse de deux échantillons préparés par des procédés différents, le conduisent aux deux formules :
' 3KO.2Co0.6Az0 3 + 3HO ou 3KO.Co*0 3 .6Az0 3 + 31IO,
entre lesquelles il reste indécis. D’après Stadtler, les équivalents d’eau de cristallisation seraient variables et dépendraient du procédé de préparation. Le sel lui-même ne pourrait pas être lavé complètement à l’alcool et purifié par cristallisation, mais la formule 3 KO, 3 Az0 3 Co0 3 3 (AzO 3 ) serait la véritable, parce qu’elle est conforme aux formules des sels de soude, d’ammoniaque correspondants ainsi qu’à celles des oxydes lutéo et purpuréocoballiques. Rlomstrand, dans son Traité de chimie, explique la discordance des résultats analytiques en faisant remarquer que le sel de Stromeyer a pris naissance dans une solution très acide, tandis que celui d’Erdmann s’est formé dans une dissolution faiblement acide et contient 6 AzO 3 , et 3 HO.