SOUS-OXYDE, P
On regarde comme du sous-oxyde de plomb la couche grise qui se forme quand on laisse exposé à l’air du plomb fraîchement fondu et fraîchement coupé. Berzelius pense que la croûte grise qui se forme sur le plomb quand on le maintient chauffé à l’air à une température inférieure à son point de fusion est formée de sous-oxyde de plomb.
Dulong a le premier préparé ce corps en chauffant l’oxalate de plomb à basse température à l’abri du contact de l’air. Boussingault (Ann. de chim. et de phys., t. LIV, p. 264), Pelouze (Ann. de chim. et de phys., t. XXIX, p. 108) * ont repris l’étude de ce corps. Pour l’obtenir, il faut chauffer l’oxalate de plomb vers la température de 300 degrés, aussi longtemps qu’il se produit un dégagement gazeux. Les gaz qui se dégagent renferment trois volumes d’acide carbonique pour un volume d’oxyde de carbone d’après la relation :
2 C 2 0‘Pb = Pb 2 0 + CO + 3 CO 5 .
Quand, pour terminer l’opération, on chauffe un peu plus fort, la proportion d’acide carbonique augmente. On laisse refroidir le corps à l’abri de l’air et l’on obtient une poudre noire, tantôt d’argent mat, tantôt d’aspect velouté. Cette poudre ne l'enferme pas de plomb libre; en effet, triturée avec du mercure, elle ne cède à celui-ci aucune trace de métal, que l’on opère sur de la matière sèche ou humide. Mais, si l’on vient à la chauffer, même à l’abri de l’air, elle devient jaune verdâtre et est formée alors d’un mélange de plomb et de protoxyde de plomb, mélange auquel le mercure enlève du plomb. Une dissolution de sucre ou une dissolution étendue d’acide acétique enlèvent au contraire l’oxyde de plomb et laissent une matière spongieuse qui, par compression simple entre les doigts, prend l’aspect métallique. Cette poudre, chauffée à l’air, prend feu et se transforme en protoxyde jaune. De l’acide acétique concentré, les acides énergiques même étendus, de même que les dissolutions des bases alcalines dans 1 eau, décomposent le sous-oxyde de plomb en oxyde de plomb avec lequel ils se combinent et laissent du plomb métallique très divisé. Une dissolution froide de nitrate neutre de plomb produit le même dédoublement; une dissolution chaude de ce sel produit la dissolution totale de la matière avec formation d azotate de plomb basique. Enfin cet oxyde exposé à l’air en présence de 1 eau se transforme rapidement en hydrate d’oxyde de plomb blanc, avec dégagement de chaleur. Un mélange, même intime, de plomb et.d’oxyde de plomb ne jouit pas de cette propriété.
Tous ces faits démontrent bien l’existence de ce corps qu’en vain quelques auteurs allemands ont cherché sans succès à reproduire, sans doute parce qu’ils opéraient mal.
PLOMB ET SES COMPOSÉS
Bolley ( Dingl. Ann., t. CXVI, p. 358) a constaté la production d’une matière semblable avec le plomb spongieux qu’il avait obtenu par la réduction du sulfate de plomb par le zinc, et exposant à l’air cette matière légèrement essuyée avec un linge imbibé d’huile. Au bout de quelques minutes la matière était devenue brûlante. Après son refroidissement elle était friable, le mercure ne lui enlevait plus de plomb, et, après qu’on l’eut chauffée dans un tube de verre, elle s’était partagée en un mélange de plomb et d’oxyde de plomb.
Ce corps ne paraît pas jouir des propriétés d’un oxyde salifiable : en tout cas, si l’on arrive à produire avec lui des sels, ces sels jouiront de peu de stabilité
PROTOXYDE DE PLOMB, PbO.
Ce corps est désigné dans l’industrie sous le nom de massicot quand il a été préparé par voie sèche, sans fusion; quand il a été fondu, on le désigne sous le nom de litharge.
Cet oxyde a été trouvé à l’état naturel dans un certain nombre de localités, par exemple à Badenweiler (grand-duché de Bade), au Mexique, dans l’État de Virginie, etc.
Préparation de l’oxyde de plomb pur. — Pour préparer l’oxyde de plomb pur, on se sert d’un sel de plomb pur décomposable par la chaleur. On se sert du nitrate, du carbonate ou de l’oxalate.
Pour préparer l’oxyde de plomb pur au moyen du nitrate, on chauffe ce corps dans un creuset de platine, en observant les précautions suivantes indiquées par Berzelius. Le nitrate de plomb chauffé dans du platine attaque toujours un peu le platine et il se forme un mélange d’oxyde de plomb et de platine. On ne saurait songer à chauffer le nitrate de plomb dans des vases en verre ou en terre, les matières dont sont formés ces vases s’attaquant facilement et cédant aussi de leur substance à l’oxyde de plomb. On prend donc de l’oxyde de plomb préparé par la calcination du nitrate dans le platine, et on le fait chauffer avec son poids de nitrate de plomb, de façon à obtenir un sel basique. Ce sel est dissous dans l’eau bouillante, et on le fait cristalliser par refroidissement. Les eaux mères sont précipitées par du nitrate de plomb de façon à avoir du sous-nitrate sous forme de flocons. Ce dernier sel est lavé, et l’on s’en sert pour enduire le creuset de platine employé. Pour cela, le sel cristallisé et bien lavé est pressé de façon à en faire un gâteau, qu’on brise en morceaux et qu’on introduit dans le creuset badigeonné et desséché. On recouvre le creuset d’un couvercle et on le chauffe jusqu’à ce que tout l’acide nitriqne soit expulsé. Il faut avoir soin de ne pas chauffer assez pour faire fondre la matière. Après refroidissement, on a l’oxyde de plomb sous la forme d’un corps jaune-serin. On retire les morceaux du creuset en ayant soin d’en détacher les portions provenant de l’enduit et qui renferment du platine. On se sert du sel basique parce qu’il ne fond pas comme le sel neutre.
Pour préparer l’oxyde de plomb pur avec le carbonate ou avec l’oxalate, il faut observer les mêmes précautions qu’avec le nitrate. Il ne faut pas amener
la matière à fusion, et il ne faut pas que la matière touche le creuset de platine dans lequel on fait l’opération. L’oxalate de plomb demande à être calciné à l’air, vers 300 degrés; sans quoi on aurait du sous-oxyde de plomb; à une température supérieure, on aurait un mélange de plomb et d’oxyde de plomb.