H)6 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
rouge. Ce changement de coloration commence vers 70 degrés, et la teinte se fonce de plus en plus. A 220 degrés ces cristaux sont d’un rouge-grenat magnifique.
Par refroidissement, ils reprennent leur couleur primitive. Il est curieux de rapprocher ce phénomène de celui, exactement inverse, présenté par le biiodure.
Si l’on chauffe avec précaution le protoiodure cristallisé, il se sublime entièrement sans décomposition (cette sublimation commence vers 190 degrés); mais à 220 degrés les cristaux se ramollissent. Ils fondent à 290 degrés en un liquide noir qui entre en ébullition à 310 degrés.
Si au contraire on le chauffe brusquement, il se décompose en donnant du mercure métallique et un sublimé d’un jaune assez clair (Yvon, Comptes rendus, LXVI, 1607).
ÏHEIIMOCHIJIIE.
L’iodure de mercure est formé depuis le mercure solide et l’iode solide avec un dégagement de chaleur de -|- 28^^*',8 ; depuis le mercure liquide et l’iode solide avec un dégagement de -f 17‘^“',0; depuis le mercure gazeux et l’iode gazeux avec un dégagement de-j-OO^ai,! ; depuis le mercure liquide et l’iode gazeux, de -j- 22Ca>,4.
lODUKE MERCURO-MERCÜRIQUE.
Ce composé, que l’on a obtenu dans plusieurs réactions sur les iodures de mercure, peut se préparer de la façon suivante : dans une dissolution d’un équivalent d’iodure de potassium on ajoute un demi-équivalent d’iode, et avec la liqueur ainsi obtenue on précipite une dissolution d’azotate mercureux. Tout d’abord le précipité est rouge, c’est du biiodure de mercure ordinaire, mais bientôt il devient jaune. Il faut éviter dans celte préparation un excès d’iodure de potassium et d’iode, parce que le précipité contiendrait alors du biiodure de mercure. On peut aussi traiter une solution de nitrate mercureux par de l’acide iodhydrique ou même par de l’iodure de potassium ; le précipité d’abord vert devient jaune.
L’iodure mercuroso-mercurique est une poudre jaune que la chaleur fait devenir rouge, il est fusible et peut même être volatilisé sans décomposition.
La lumière le décompose : il devient noir, puis verdâtre. Sous l’eau il se forme de petits cubes d’iodure mercurique. A l’abri de la lumière l’eau est sans action. L’acide iodhydrique, les iodures alcalins iodurés le décomposent.
Ce corps est bien une véritable combinaison, et non un mélange d’iodure mercureux et d’iodure mercurique, car l’alcool n’en extrait pas d’iodure mercurique, qui est très soluble dans ce dissolvant.
MERCURE
lODURE MERCURIQUE.
On peut obtenir directement en broyant dans, un mortier du mercure et de l’iode à équivalents égaux. Cependant, d’après Mohr, une certaine quantité d’iode reste libre dans la matière, qui contient en outre un peu d’iode mercureux(?). On peut aussi précipiter un sel mercurique par un iodure solide ou même par de l’acide iodhydrique. D’après Rammelsberg, on peut obtenir de l’iodure et de l’iodate mercurique en traitant l’oxyde mercurique par l’iode en présence de l’eau bouillante.
Quel que "soit le procédé employé, le précipité obtenu est lavé à l’eau ou mieux à l’alcool.
Il existe deux variétés d’iodure mercurique immédiatement reconnaissables à leur couleur : l’une est rouge et l’autre jaune.
Iodure rouge. — Les procédés qui viennent d’être indiqués pour la préparation de l’iodure mercurique le donnent sous la forme d’une masse cristalline écarlate. Les cristaux appartiennent au système quadratique. Ce sont des prismes dont les bases sont modifiées par les faces de l’octaèdre (angle «i pi — 109“30') ; leur densité est de 6,2 (Hersten), 6,3 (Boullay). Ils se transforment, quand on les chauffe jusqu’à la température de leur fusion, en une masse liquide jaune qui constitue la seconde variété d’iodure. La masse se solidifie par refroidissement et reste jaune pendant quelque temps, puis elle devient rouge tout ,d’un coup. L’iodure mercurique fond, d’après Kœhler, à 253 degrés et non à 238 degrés.
Il peut être sublimé sans décomposition. Lorsque l’on chauffe rapidement, il se dépose des cristaux jaunes ; mais l’on peut, par une volatilisation lente, obtenir à la fois des cristaux d’iodure jaune et d’iodure rouge.
D’après Rodwel et Elder {Proceed. of Roy. Soc., XXVIII, 184), l’iodure rouge commence à jaunir vers 126 degrés; puis, la température continuant à s’élever, la couleur devient plus foncée, rouge brun, vers 250 degrés. D’après les mêmes auteurs, la dilatation présente un saut brusque à 126 degrés; mais au-dessous ou au-dessus de cette température elle est régulière. Voici quelques nombres montrant ce fait : ils représentent les densités de l’iodure mercurique à diverses températures.
126" inodilicaiion rouge. 6,276
126° modification jaune. 6,225
250“ modification jaune. 6,179
Iodure jaune. —On l’obtient, comme nous l’avons vu précédemment, par la fusion ou la volatilisation de l’iodure rouge. On remarque aussi que, lorsque l’on précipite un sel mercurique par de l’iodure de potassium, le précipité au moment où il se forme est jaune ; il devient ensuite rapidement rouge. Les cristaux d’iodure jaune appartiennent au système orthorhombique (angle du prisme : 114 degrés); ce sont des lamelles qui se transforment facilement en
iodure rouge. Si l’on observe au microscope une de ces lamelles pendant qu’elle change de couleur, on remarque que les changements de teinte n’ont pas lieu d’une façon progressive, mais ont lieu instantanément, sur toute une portion de la surface du cristal, cette plage étant d’ailleurs limitée par des lignes droites parallèles aux côtés ou aux diagonales des faces {Warington phil. mag. J., XXI, 192).
Cette modification est accompagnée d’un dégagement de chaleur très notable, icai,5 par équivalent (Berthelot).
PIIOPRIÉTÉS.
L’iodure mercurique est peu soluble dans l’eau, environ par litre. Il est plus soluble dans l’alcool et dans les iodures alcalins.
Le chlore décompose en présence de l’eau l’iodure de mercure en donnant du bichlorure de mercure et du bichlorure d’iode (Filhol).
Les métaux décomposent l’iodure de mercure en s’emparant de l’iode; tantôt l’iodure ainsi formé s’unit à l’iodure mercurique non décomposé, pour donner un iodure double, tantôt tout l’iodure mercurique est réduit et le mercure reste à l’état d’amalgame.
Le potassium broyé avec l’iodure de mercure se transforme en iodure de potassium, en mettant le mercure en liberté.
Le zinc donne de l’iodure et de l’amalgame de zinc. Le fer le transforme d’abord en iodure mercureux, puis en mercure métallique, surtout sous l’influence d’une douce chaleur; il y a toujours cependant un peu d’iodure raercureux qui reste dissous dans la solution d’iodure de fer. Le cadmium donne un iodure double de mercure et de cadmium. Vétain donne des iodures mercureux et stanneux, et de l’amalgame d’étain; et, si l’on opère en présence de l’air, il se forme simultanément du bioxyde d’étain. Le bismuth et l’antimoine se transforment en iodures au contact de l’iodure mercurique. Le plomb, l’fli’et le cMicre le transforment en iodure mercureux et amalgames. Les hydracides le dissolvent assez facilement. On emploie souvent l’acide chlorhydrique concentré et bouillant pour le dissoudre; par refroidissement on l’obtient ainsi en beaux cristaux. Vammoniaque brunit l’iodure mercurique en jaunissant, la liqueur dépose ensuite des flocons d’un blanc de neige. Les alcalis proprement dits donnent de l’oxyde mercurique et un iodure double de mercure et de métal alcalin. La magnésie et l’alumine sont sans action. Les carbonates alcalins n’agissent qu’en présence de l’alcool. Le protochlorure d’étain le réduit d’abord à l’état d’iodure mercuroso-mercurique, puis d’iodure mercureux, puis de mercure. Le chlorure de chaux le transforme en chlorure mercurique; il se forme en même temps un periodate basique de chaux. Il se dissout dans un certain nombre d’iodures alcalins. Il forme avec le chlorure d’argent un composé jaune, probablement HgI,AgI (?) (Lea, Sillim. Amer. J. [3] \’II, 34).
THERMOCHIMIE
L’iodure mercurique est formé depuis le mercure et l’iode solides avec un dégagement de chaleur de + lTCai.O; depuis le mercure liquide et l’iode solide avec un dégagement de + 23Gai,8 ; depuis le mercure liquide et l’iode gazeux avec un dégagement de-|-29*^®',2 ; depuis le mercure gazeux et l’iode gazeux avec un dégagement de + 44^®*,6
lODHYDRATE D’IODURE DE MERCURE (?).
L’acide iodhydrique concentré et chaud dissout l’iodure de mercure abondamment (à peu près 2 équivalents d’iodure pour 1 d’acide), mais par refroidissement cette solution laisse déposer d’abord des cristaux d’iodure mercurique, puis des aiguilles jaunes que l’eau décompose en iodure mercurique et acide iodhydrique. D’après Gmelin, ces cristaux auraient pour formule 2 HgI,HI. Ce serait l’acide correspondant à un certain nombre ,d’iodomercurates (Boullay, Ann. chim. phys. [2], XXXIV, 340).
COMBINAISON DE u’ÉTHER SULFHYDRIQUE ÉTHYLIQUE AVEC LE BIIODURE DE MERCURE (G^H^SjHgl).
La combinaison de l’éther sulfhydrique éthylique avec le biiodure de mercure ne s’effectue pas directement, même en agissant à diverses températures; mais elle se réalise d’une manière indirecte, par deux procédés dans lesquels ces deux corps se forment par double décomposition et se combinent étant à l’état naissant.
Le premier procédé, celui qui permet d’obtenir ce composé plus facilement pur, consiste à chauffer à 100 degrés, pendant quelques heures, dans un tube scellé à la lampe, un mélange d’alcool, d’éther iodhydrique et du composé C*H®S,HgCl. L’éther iodhydrique réagit sur le bichlorure de mercure de ce composé, comme il réagit sur le bichlorure de mercure pur, en formant, ainsi que l’a montré M. Schlagdenhauffen, l’éther chlorhydrique et du biiodure de mercure. Cet iodure se combine alors à l’éther sulfhydrique mis en liberté.
Dans le second procédé, on chauffe quelques heures à 100 degrés, dans un tube scellé, le bisulfure de mercure en poudre fine, avec un mélange d’éther iodhydrique éthylique et d’alcool. Après refroidissement et décantation du liquide excédant, on sépare, à la main, du sulfure non attaqué le composé Jaune formé; on traite le corps par l’alcool bouillant, puis on dessèche.
Propriétés. — Le composé jaune purifié par l’alcool bouillant et desséché sous une cloche au-dessus de l’acide sulfurique, présente tout à fait l’aspect
•‘Oir, Ann. de chim. et de phys , ■ LIV, p. 43. encyclop. chim.
du soufre ; il ne répand pas sensiblement d’odeur ; frotté contre un corps dur, il ne change pas de couleur. Il est très peu soluble dans l’alcool bouillant; par refroidissement, il se dépose de cette dissolution sous forme de petites lames cristallines jaunes. Il existe une combinaison analogue dans la série du méthyle.
lODURE, Hgl'^
On obtiendrait, d’après Hunt, un composé ayant cette formule en précipitant une solution de bichlorure de mercure avec une solution d’iodure de potassium saturée d’iode. Le précipité contient 27,9 de mercure et 72,1 d’iode (théorie pour HgP : mercure, 28,2 ; iode, 71,8). C’est une poudre d’un brun pourpre qui se transforme à l’air en iodure mercurique. Gmelin le considère comme un mélange {Phil. mag. J., XII, 27).
IODURE, Hgl-'.
Lorsqu’on ajoute du bichlorure de mercure à une solution alcoolique de triiodure de potassium maintenue à 50 degrés, et que l’on traite ensuite la liqueur par l’eau, il se dépose de petites tables rhombiques brunes. L’eau les décompose à la longue {Journ. prakt. Chem. [2], II, 347).
lODURES DOUBLES.
L’iodure mercurique se compose avec un certain nombre d’autres iodures, en formant des sels doubles dans lesquels l’iodure mercurique paraît jouer le rôle d’acide.
IODURE DOUBLE d’AMMONIUM ET DE MERCURE.
Une dissolution concentrée d’iodhydrate d’ammoniaque peut dissoudre jusqu’à 3 équivalents d’iodure mercurique pour 1 équivalent d’iodure d’ammonium. Mais la liqueur évaporée laisse déposer, tout d’abord, de l’iodure raercurique, puis des cristaux dont la formule est AzH^I,2HgI,2 HO. Ces cristaux sont inaltérables à l’air ; ils perdent leur eau dans le vide, ou lorsqu’on les chauffe au delà de leur température de fusion ; dans le vide ils deviennent d’un jaune orangé en perdant leur eau ; par la chaleur, ils donnent lieu à une masse fondue anhydre d’un brun rouge, qui devient, après un certain temps, rougevermillon (par suite d’une décomposition de la masse fondue en iodure mercurique et iodure d’ammonium ?).
Les cristaux d’iodure AzH*I,2 IIgI,2HO sont décomposés par l’eau; la moitié de l’iodure mercurique qu’ils contiennent est mise en liberté; mais, si l’on évapore la liqueur, on n’obtient que l’iodure AzHH,2 Hgl,2 HO et de l’iodhydrate d’ammoniaque et non un iodure double à équivalents égaux.
mercure.
lODURES DOUBLES DE POTASSIUM ET DE MERCURE.
Il paraît exister plusieurs combinaisons de ces deuxiodures ; la mieux connue est celle qui a pour formule KI,2HgI,3 HO.
lodure Kl, Hgl. — On obtient une solution contenant ces deux iodures à équivalents égaux, lorsqu’on traite par l’eau l’iodure Kl,2 Hgl, 3 HO. Mais on ne peut le retirer de la solution, car, par l’évaporation, on obtient une masse jaunâtre où l’on peut distinguer des cubes d’iodure de potassium et de fines aiguilles de l’iodure doubleKI,2HgI,2 HO, aussi l’existence de cette combinaison est-elle douteuse.
lodure KI,2HgI,3HO.—-Ce composé s’obtient en saturant à chaud, avec de l’iodure mercurique, une solution d’iodure de potassium. Un équivalent d’iodure de potassium peut dissoudre dans ces conditions trois équivalents d’iodure mercurique ; mais, par refroidissement, un équivalent d'iodure mercurique se dépose; puis on obtient ensuite des prismes d’iodure KI,2 Hgl,3HO. On a aussi obtenu ce composé dans diverses réactions : action de l’iodure mercurique sur la potasse à chaud, en dissolution aqueuse ou alcoolique, ou sur le carbonate de potasse ; action de l’iodure de potassium sur les oxydes mercureux ou mercurique; action du bichlorure de mercure sur l’iodure de potassium.
Cet iodure double est cristallisé en prismes jaunes, déliquescents. Il est décomposé par le chlore à chaud ; un certain nombre de métaux le décomposent en mettant le mercure en liberté. L’eau le dédouble en iodure mercurique, qui s.e précipite, et en un iodure Kl,Hgl, qui reste dissous. Les acides le décomposent et en précipitent la totalité de l’acide mercurique. L’acide acétique concentré, qui ne dissout ni l’iodurede potassium, ni l’iodure mercurique, le dissout sar décomposition.
Il contient trois équivalents d’eau, qu’on peut lui faire perdre en le chauffaiu vers son point de fusion (Boullay).