AZOTATES DE MERCURE
AZOTATE MERCÜREUX.
Les azotates mercureux ont surtout été étudiés par M. Marignac ; c’est à son mémoire que nous empruntons ce qui suit.
Mitscherlich n’admet que deux nitrates distincts par leur composition, et il leur assigne les formules :
Hg20,Az05 + 2H0,
3Hg20,2Az05 + 3H0;
le second serait dimorphe.
Lefort admet l’existence de trois nitrates distincts par leur forme et leur composition chimique, et les représente par les formules suivantes :
2(Hg20,Az05) + 11/2 HO,
3Hg20,2Az05 -f 5/2 HO,
2Hg20,Az0» -f 2H0.
D’après Marignac (1), pour obtenir la série aussi complète que possible, des nitrates mercureux, on fait agir à une douce chaleur de l’acide nitrique étendu de deux <à trois fois son volume d’eau sur un excès de mercure métallique.
L’action, d’abord assez vive, se ralentit peu à peu; si Ton décante alors la dissolution chaude et fortement acide, elle laisse déposer par le refroidissement d’assez gros cristaux prismatiques.
On choisit les mieux formés pour en faire l’étude et l’analyse, puis on fait chauffer le reste avec les eaux mères et du mercure en excès. Au bout de quelque temps on décante encore le liquide, qui laisse déposer de nouveaux cristaux par refroidissement. On continue cette opération jusqu’à ce que Ton reconnaisse que les cristaux qui se forment sont toujours les mêmes. On a répété plusieurs fois cette série d’opérations, et on n’a jamais obtenu que trois sortes de cristallisations différentes ; mais souvent on passe immédiatement de la première forme à la troisième, ce qui indique que les cristaux de la deuxième espèce sont plus difficiles à obtenir; peut-être leur formation dépend-elle en partie du degré de concentration des liqueurs. Il est même arrivé une fois que le même liquide a donné, par son refroidissement, d’abord des cristaux de la troisième forme, puis, plus lard, des cristaux de la première forme, qui se sont déposés sur les premiers, sans que Ton ait pu y découvrir trace des cristaux appartenant au composé intermédiaire. Celui-ci paraît se former, en général, dans des dissolutions assez concentrées.
(1) Ann. de chim. et de phijs. {3|, t. XXVII, p. 515. ENCÏCLOP. CHIM.
NITRATE Hg‘^0,Az0^
Ce nitrate est celui qu’on obtient à la première cristallisation. Ses cristaux sont quelquefois assez gros; leur forme dérive d’un prisme rliomboïdal oblique, mais en général les faces du prisme sont très raccourcies et les cristaux offrent l’aspect d’un octaèdre à base rectangulaire, ayant assez d’analogie avec un rhomboèdre basé. Dans quelques cas rares, ils se sont présentés en prismes très allongés.
Ils sont parfaitement incolores, assez friables. Ils s’effleurissent peu à peu dans un air sec, cependant il y en a qui conservent longtemps leur éclat. Ils renferment beaucoup d’eau mère interposée, car, même après quelques jours d’exposition à l’air, ils humectent le papier sur lequel on les écrase, en sorte que leur analyse ne peut conduire à des résultats exacts si l’on ne prend la précaution de les pulvériser et de dessécher leur poudre en la comprimant entre des feuilles de papier à filtre.
Description cristallographique. — La forme la plus fréquente est représentée dans la figure 13, pl.II; les faces dominantes sont celles de l’octaèdre rectangulaire t,t,l,l.
Fig. 13.
La figure 14 montre la position de deux facettes p, qui ne se présentent que
rarement; enfin la figure 15 représente l’allongement que prennent quelquefois les cristaux qui sont très minces,.-
MERCURE
NITRATE 4Hg^0,3Az0SH0.
Ce sel se présente le plus souvent sous la forme d’aiguilles aplaties, quelquefois cependant en prismes assez nets, mais toujours longs et minces. Ses cristaux sont parfaitement incolores, brillants et limpides ; ils ne s’effleurissent point à l’air, ni par la dessiccation dans le vide. Dans une étuve à 100 degrés, ils se conservent pendant quelque temps sans s’altérer et sans changer de poids, mais à la longue, cependant, ils s’altèrent, jaunissent et diminuent de poids.
Leur forme est celle d’un prisme rhomboïdal droit de 83“ 52', fort aplati par de larges troncatures sur les arêtes obtuses. Ces cristaux sont toujours basés et ne portent souvent pas d’autres modifications.
Quelquefois cependant on trouve quelques facettes additionnelles, mais en général peu développées ; les plus fréquentes sont les faces n sur les angles aigus de la base.
La figure 16 représente la forme la- plus simple et la plus fréquente, elle
Fie. 16. Fig. 17. Fie. 18.
domine dans tous les cristaux; les figures 17 et 18 montrent la position des diverses modifications que l’on a observées.
NITRATE 5Hg®0,3Az0^2H0.
Ce sel est le plus facile à préparer, car on l’obtient toutes les fois que l’on fait bouillir pendant plusieurs heures les dissolutions ou les eaux mères des sels précédents sur du mercure en excès, en remplaçant l’eau à mesure qu’elle s’évapore. Il se dépose, par le refroidissement, en cristaux prismatiques qui sont
2i4 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
quelquefois très volumineux. Il se forme aussi lorsqu’on laisse les cristaux des sels précédents, à la température ordinaire, en contact avec leurs eaux mères et du mercure métallique ; peu à peu ces cristaux changent de forme et donnent les gros cristaux durs et brillants du sel qui nous occupe actuellement.
Ce sel est parfaitement incolore comme les précédents ; il ne s’altère point dans le vide sec, ni dans une étuve à 100 degrés, sauf par un séjour très prolongé.
Sa forme cristalline appartient au prisme oblique non symétrique, et ses modifications sont extrêmement nombreuses. Il n’y a rien de constant dans la forme dominante, le développement des divers systèmes de faces étant très variable, en sorte qu’il faut souvent une très longue étude pour constater l’iden¬
tité des cristaux obtenus dans des préparations différentes. La figure 19 se rapporte à une forme qui s’est reproduite dans un grand nombre de préparations et où l’allongement du prisme a toujours lieu dans la même direction.
La figure 20 offre la réunion sur un seul cristal de la plupart des faces que l’on a observées.
NITRATE 2Hg^0,Az0%H0 (tubbith nitreux).
Les trois sels précédents paraissant former une série régulière, rendaient probable l’existence d’un nitrate bibasique (Hg^O,AzO®)-l-(Hg^O,HO), qui la compléterait. On n’a pu l’obtenir par une ébullition prolongée, même pendant plusieurs jours, avec du mercure.
Il paraît se former dans la décomposition des nitrates mercureux par l’eau.
Le nitrate neutre se dissout bien dans l’eau à l’aide d’une douce chaleur; si l’on ajoute un peu d’eau, de manière cependant que le liquide ne se trouble point, il s’y forme peu à peu un précipité cristallin incolore qui paraît être forme par le nitrate | basique. Mais si l’on y verse immédiatement une plus grande quantité d’eau, la dissolution se trouble et laisse déposer un précipité léger d’un jaune de soufre très pur, qui paraît presque entièrement inaltérable par l’eau froide. Ce n’est que sous l’influence de lavages extrêmement prolongés que sâ
MERCÜRE.
nuance change et passe au gris, ce qui indique une altération plus profonde et la séparation du mercure. Ce sel préparé à froid répond bien à la formule
2Hg20,Az0^H0.
Il résulte de là que la première action de l’eau tend à enlever une partie de l’acide des nitrates mercureux, et à les transformer en un nitrate bibasique sur lequel l’eau froide n’a plus qu’une action décomposante extrêmement lente. Il n’en est pas de mèmè de l’eau chaude, car en faisant bouillir ce sel jaune avec de l’eau, il passe immédiatement au noir.
NITRATES MERCURIQUES.
On a longtemps nié Texislence d’un nitrate de bioxyde de mercure solide dans lequel' l’acide et la base seraient en rapport d’équivalents égaux. Cette combinaison existe cependant, et c’est une de celles qui se produisent le plus ordinairement lorsqu’on fait agir Tacide nitrique sur le bioxyde de mercure.
En somme, on obtient toujours très facilement, d’après les indications suivantes, quatre composés essentiellements différents, et qui se représentent tous par de l’acide nitrique, du bioxyde de mercure et de 1 eau. , , . .
Les formules qui représentent ces composés sont, en laissant de côte toute disposition systématique :
1“ Nitrate sirupeux.
2“ Nitrate cristallisé en aiguilles.
3» Nitrate cristal, en lames rhomboïd.
4» Poudre blanche cristalline.
AzO^ + HgO+2HO; AzO® -|- HgO + HO;
AzO'> + 2'HgO-f2HO
AzO» -t- 3HgO + HO.
Ce dernier perd un équivalent d’eau par la chaleur et devient ;
Az05,3Hg0.
Nitrate A/O® HgO,2 HO. — Lorsqu’on dissout le bioxyde de mercure dans
sirupeuse acide, qui, exposée au-dessus de la chaux ou de 1 acide sulfuiique et reco'In; ensuite d’une cloche, laisse déposer, au bout d’untmnps variable des cristaux volumineux. Si cette exposition dure plusieuis inois la liqueur se recouvre de croûtes cristallines, qui peuvent devenir assez abondan es pour ne tout le liquide disparaisse. Quelle que soit la durée de cette exposition au
dessus de 1 . 1 » O» de l'acide sultorique. la
des cristaux ou des croûtes offre une composition constante en azote et en ” Orobtient le même produit en faisant réagir Tacide nitrique en excès sur te
mercure et en évaporant de même. A’Ario'inp
Cinq d ë âges de mercure, obtenus avec autant de nitrates sirupeux, d origine
différente, ont donné comme variations maximum pour le mercure, de 55 82 à 57,29 pour 100. ’
Trois dosages d’azote ont varié de 7,45 à 7,67 pour 100.
En admettant que le sel renferme AzOSHgO,2HO, la composition s’exprime par;
Voici les nombres fournis par l’expérience :