PRÉPARATION MÉCANIQUE
Le minerai, tel qu’il sort de la mine, est chargé sur des charrettes à bœufs et conduit ainsi jusqu'à l’usine de distillation, où il n’est soumis qu’à une classification grossière dans le voisinage des fours auxquels on le destine. On le divise, d’après son aspect, en trois classes : minerai supérieur, minerai moyen, minerai pauvre.
Le minerai supérieur, appelé ordinairement métal, prend le nom de cinabre lorsqu’il est très riche et d’un grain assez fin pour pouvoir être travaillé : on l’emploie alors à la fabrication de petits objets d’ornement, d’encriers, de pressepapiers, etc..., ; au point de vue métallurgique, il convient donc de faire abstraction de cette variété, d’ailleurs assez rare. Le métal ordinaire tient environ, en moyenne, 25 pour 100 de mercure; il forme à peu près 16,14 pour 100 de la masse entière du minerai en morceaux.
Le minerai moyen s’appelle china lorsqu’il est en morceaux de 100 à 250 centimètres cubes, et requierbo lorsqu’il forme des masses plus considérables.
Le minerai pauvre, désigné sous le nom de salera pobre ou salera negra, est formé par de grands blocs de quartzine noire, présentant seulement des mouches de cinabre, ainsi que par des morceaux un peu gros de schiste légère ment imprégné. Il constitue environ 24,21 pour 100 du minerai en morceaux ; sa teneur moyenne est de 0,80 pour 100 de mercure.
Lorsqu’on a enlevé du minerai tel qu’il sort de la mine les morceaux d’une certaine dimension pour en faire le métal, la china ou la solera pobre, il reste des grenailles et des menus mêlés d’une assez grande quantité de schiste stérile, de débris de diverses natures, tels que fragments de briques et de bois : on -donne à tout ce résidu le nom de bacisco ; un criblage retient les morceaux dont le volume dépasse 40 centimètres cubes; les terres restantes sont mouillées, puis agglomérées grossièrement de manière à former des briquettes en forme
Fig. 21.
de pyramide tronquée, auxquelles on donne improprement le nom de baules de bacisca.
Le bacisco, c’est-à-dire en somme le menu, forme sensiblement’le quart du minerai gros. Quant à sa teneur, on peut admettre qu’elle est à peu près la teneur moyenne, puisque ce menu est formé de débris de morceaux de toutes richesses. On obtient en grenaille criblée un peu moins du quart du menu.
On emploie, à Almaden, deux types de fours, tous deux d’ailleurs connus depuis longtemps. Le plus ancien est le four dit faur de Büstamante, qui. Imaginé par Lope Saavedra Barba, à Huancavelica, fut introduit à Almaden en 1633, par Büstamante; l’autre a été copié, au commencement de ce siècle, sur les fours à chambre de condensation alors en usage à Idria, et on lui a conservé le nom de four d’Idria, quoiqu’il soit abandonné dans cette dernière localité.
Les fours de Büstamante, ou fours à aludels, sont toujours réunis deux par
(leux; ils sont dans l’usine entière au nombre de vingt, formant aix groupes de deux fours chacun.
Le four proprement dit est une cuve cylindrique de 2 mètres de diamètre sur 6“,50 de hauteur; la cuve est fermée, à sa partie supérieure, par une voûte hémisphérique, percée d’une ouverture destinée au chargement du minerai. Une paroi à claire-voie en maçonnerie de briques, nommée la red, divise la cuve, à mi-hauteur, en deux compartiments ; cette red est formée par une série d’arcs en briques, parallèles les uns aux autres.
Le compartiment inférieur est le foyer ; une porte, placée de côté, sert à introduire le combustible et à attiser le feu ; elle s’appelle Vatizadero. Une cheminée, placée près de l’atizadero, sert à faciliter la combustion en activant le tirage et à éviter le passage, dans l’appareil de condensation, de la plus grande
partie des fumées. On y brûle des branches d’arbustes désignées sous le nom de monte-bajo.
Le compartiment supérieur ou le vase est celui qui reçoit la charge; il communique par une série de fenêtres avec douze files parallèles d’allonges en terre nommées aludeU, qui s’emboîtent les unes dans les autres de manière à former une véritable conduite à section variable; les joints sont lutés le plus exactement possible. Les aludels, au nombre de quarante ou quarante-cinq dans chaque file, sont disposés sur deux plans inclinés convergents, appelés, le premier cabeza (tète) ou premier demi-plan, le deuxième rabera (arrière) ou deuxième demi-plan. Les aludels du demi-plan de tête portent au ventre une ouverture de 2 à 4 millimètres de diamètre, qui permet au mercure condensé dans la panse de l’allonge d’en sortir et de descendre le long du plan incliné jusqu’à un canal en pente légère suivant la ligne d’intersection des deux demiplans. Les aludels du deuxième demi-plan n’ont pas ces ouvertures; ils aboutissent à deux chambres de condensation (une chambre par six files), surraon-
MKRCURE.
tèes de petites cheminées dont on peut ouvrir plus ou moins le registre pour régler le tirage au point que l’on juge convenable.
Le mercure sortant des aludels coule par le canal du bas du demi-plan de tête jusqu’à un récipient en pierre nommé pila ou pileta. Des conduites souterraines en fer le conduisent ensuite directement au magasin.
Le four d’Idria ne diffère réellement du four de Bustamante que par les appareils de condensation et par les dimensions.
Le four proprement dit a 3 mètres de diamètre et 7“,50 de hauteur; le feu y est, comme au four à aludels, séparé du minerai par une voûte à jours. Le compartiment supérieur communique, par cinq conduites de chaque côté, avéc deux systèmes de six chambres chacun, communiquant l’une avec l’autre par des ouvertures alternativement placées en haut et en bas. La dernière de chacune de ces chambres est plus haute que les précédentes, de manière à former cheminée.
Les chambres de condensation sont revêtues d’une couche de ciment de Portland pour empêcher le mercure de se perdre par les joints de la maçonnerie. Leur base a la forme d’une pyramide tronquée renversée, au sommet de laquelle se réunit le mercure pour aller, par un petit canal, au réservoir en pierre et de là, par les conduites souterraines, au magasin central.
L’usine d’Almaden n’a que deux de ces fours d’Idria ; ils sont réunis dans un seul massif.
La canalisation souterraine, qui permet au mercure de tous les fours de descendre par son propre poids jusqu’au magasin, est assurément un ouvrage hieu simple : elle n’a néanmoins été établie qu’en 1871 ; grâce à ce travail, on évite des pertes dans le transport, et surtout ou rend la fraude beaucoup plus difficile qu’elle ne l’était auparavant.
Le magasin est un bâtiment isolé, sévèrement surveillé, contenant douze cuves eu fer, destinées à recevoir chacune le mercure qui provient d’un groupe de deux fours. Ces cuves sont exactement graduées, de manière que la seule inspection du niveau permette de connaître le poids de mercure renfermé dans chacune d’elles.