HISTOIRE DE LA MÉTALLURGIE ET DES MINES D’ARGENT DEPUIS LE MOYEN AGE
Nous avons indiqué plus haut les documents qui nous sont parvenus sur l’exploitation des mines et la métallurgie pendant la période gréco-romaine et les siècles antérieurs. Puis, à partir du moyen âge, nous avons dû examiner à part les données chimiques et alchimiques très nombreuses que nous connaissons, et nous avons dû réserver l’étude de la métallurgie. Nous donnerons ici quelques indications sur l’exploitation des mines d’argent et la métallurgie de ce métal depuis le moyen âge (I).
On trouve, dans l’histoire des évêques de Toul, que, vers l’an 975, Gérard XXXIV concéda plusieurs biens à l’église de Saint-Diez, en se réservant le droit du dixième sur les mines d’argent. Les évêques de Toul s’étaient fait concéder par les empereurs le droit de battre monnaie et de percevoir les régales des mines de leur diocèse.
Bertrand Hélie, dans son Histoire des comtes de Foix, parle d’innombrables mines de plomb et d’argent qui se rencontrent dans ce comté.
En Allemagne, l’empereur Frédéric I" concéda, en 1158, à l’archevêque de Trêves le droit de prélever des impôts sur les mines d’argent d’Ems, dans le comté de Nassau.
Henri VI fit une concession semblable des mines d’argent de Minden au bénéfice de l’évêque de ce diocèse.
La chronique d’Anselme (en l’année 1094) cite les mines d’argent de Wetzenloch. D’autres textes nous montrent que l’exploitation des mines d’argent était très active en Allemagne et en Autriche aux douzième et treizième siècles.
Pendant cette période, on découvre les mines d’argent de Kuttenberg, et on exploite avec profit celles de Saxe, de la Hongrie, du Harz. Celles de Misnie étaient florissantes.
Les rois d’Angleterre soumettent les mines d’argent et d’étain à des règlements spéciaux.
Les mines d’argent et de plomb du Lyonnais sont concédées à Jacques Cœur en 1457 (Poncin, Côme, Saint-Pierre-le-Palu et-Tarare).
Les mines de Markirch, sur les frontières de l’Alsace et de la Lorraine, sont signalées pour leur richesse par Basile Valentin.
Au Harz, on employait, au commencement du quinzième siècle, l’eau-forte pour séparer industriellement l’or de l’argent. Au milieu du quinzième siècle,
(1) Presque toutes ces données sont empruntées à l’histoire de la chimie, de Hœfer, 1.1 et II,
on exploitait les mines de cuivre et d’argent de Joachimsthal et de Trautenau.
A la même époque, l’or et l’argent abondaient, d’après Yasco de Gama, sur les marchés de Calcutta.
Au commencement du seizième siècle, le métallurgiste Agricola nous donne de nombreux détails sur les mines allemandes, dans son traité ; De veteribus et novis metallis.
« Les mines d’argent de la Bohême, nous dit Agricola, sont connues de tout le monde; la Saxe occupe le deuxième rang; la Misnie et l’Erzgebirge abondent en mines d’argent, de plomb et de fer.
« Les comtes de Mansfeld ont réalisé de grands bénéfices par les travaux métallurgiques exécutés sur leur territoire. Les comtes de Schlenz se sont aussi considérablement enrichis par l’exploitation des mines d’argent de leur contrée...
(I Voici comment fut découverte, d’après la légende du pays, la célèbre mine de Ramelsberg, près de Goslar ; Un gentilhomme, dont le nom n’a pas été conservé, alla un jour se promener à cheval. Arrivé sur une montagne, il attacha son cheval à une branche de chêne. Cet animal, dont le nom a été conservé (il s’appelait Ramel), avait, en frappant du pied le sol, mis à nu une matière brillante, qui fut reconnue pour être du plomb contenant de l’argent. Ce fut là l’origine des mines de Ramelsberg (montagne de Ramel)... Les mines deFreyberg furent découvertes par des charretiers qui conduisaient du sel de Halle en Bohême, en passant par la Saxe. Ils rencontrèrent sur leur route des pierres qui ressemblaient en tous points à celles qu’ils avaient vues à Goslar. L’essai constata que ces pierres étaient des galènes argentifères, dont l’exploitation active devait, quelque temps après, fortement contribuer non seulement à la prospérité de la ville de Freyberg, qui n’était auparavant qu’un misérable village, mais encore à l’opulence de toute la contrée environnante. »
Ces mines de Freyberg produisaient annuellement, au seizième siècle, de 300 à 400 000 francs d’argent de notre monnaie.
Les mines d’argent d’Aberthame, près de Joachimsthal, dans lesquelles Agricola avait engagé des fonds, avaient été découvertes par un paysan; un arbre déraciné par le vent dans une forêt l’avait mis sur la voie.
A la même époque, un grand nombre d’autres mines d’argent étaient exploitées en Allemagne, en Bohême, en Saxe, en Hongrie, en Alsace, en Lorraine.
En France, en 1524, on découvrit, près de Langres, un filon de minerai d’or et d’argent.
En même temps, un événement capital venait de se produire : l’Amérique, nouvellement découverte, montrait à chaque pas, aux explorateurs, des mines à fleur de terre et, sur certains points, une exploitation déjà très active.
Les Mexicains envoyèrent à Fernand Cortez, en 1519, des présents dont plusieurs étaient des objets d’or et d’argent, notamment deux roues de la dimension des roues de voiture, dont l’une représentait le soleil et était en or, et l’autre en argent représentant la lune (1).
(1) Nous retrouvons ici, de l’autre côté du monde, cette double consécration de l’or au soleil et de l’argent à la lune, que l’on signale constamment dans les anciens manuscrits égyptiens et grecs.
L’ARGENT ET SES COMPOSSÉ
Au Pérou, les Espagnols trouvèrent des palais brillamment décorés avec des objets d’or et d’argent.
Les mines de Potosi furent découvertes au commencement du seizième siècle par l’Indien Gualpa, qui, en courant un jour dans les montagnes, à la poursuite d’un gibier, arracha, en voulant se soutenir, un arbrisseau dont les racines étaient recouvertes d’un minerai brillant qui fut reconnu pour de l’argent. Ces mines furent déclarées ouvertes le 21 avril 1545. Voici les détails que nous donne Hœfer sur l’exploitation primitive de ces mines (1) :
« Le procédé d’extraction et d’affinage de l’argent consistait à calciner le minerai dans de petits fourneaux construits sur les côtés des montagnes exposés au vent : ces fourneaux s’appelaient gayras. Le minerai était fondu avec une matière métallique, nommée par les Indiens soroche, et qui, d’après ce qu’en dit Acosta, n’était autre chose que du plomb. C’était donc la coupellation qu’employaient les Indiens pour affiner l’argent.
« Un quintal de minerai riche donnait d’ordinaire 30, 40 et même 50 pesi d’argent. Le minerai pauvre ne rendait environ que 6 pesi. Il y avait à Potosi une grande quantité de ces minerais pauvres, dont on ne faisait aucun cas, et que l’on continuait à rejeter avec les scories, jusqu’au moment où l’on eut adopté le procédé par amalgamation qui avait été employé au Mexique dès l’année 1566.
« Acosta nous apprend que, pendant le gouvernement de don Francesco de Tolède, il arriva au Pérou un homme qui avait été longtemps au Mexique, et qui avait remarqué qu’on extrayait l’argent au moyen du mercure; c’était Pero Fernandez de Velasco. Il s’offrit à traiter, par le même procédé, les mines du Potosi, ce qui eut lieu en 1571. Comme si tout devait contribuer à la prospérité de ces mines et à la réussite du nouveau procédé, on venait de découvrir les riches mines de cinabre de Cuancavitlea; on pouvait donc se dispenser de faire venir le [mercure de l’Espagne. Il s’en consommait chaque année environ 70Ô0 quintaux dans les mines de Potosi. Acosta nous décrit le traitement :
« On pile le minerai de manière à le réduire en une poudre très fine, que l’on jette dans des espèces d’auges de cuivre. On y ajoute un dixième de sel commun, afin que le métal se débarrasse de la terre et de ses ordures; puis on y fait tomber une pluie de mercure, en remuant constamment le mélange. Lorsque l’argent est bien imprégné de mercure, et que l’amalgame est bien formé, on le fait chauffer légèrement dans des fours à basse température; après cela, on met le tout dans des vaisseaux pleins d’eau qui, étant tournés et agités par des roues, laissent déposer l’amalgame qui se sépare des impuretés; on le lave une seconde fois dans des vases pleins d’eau; enfin, on le comprime dans un linge ou dans une peau ; le mercure sort par les pores, et l’argent reste à peu près pur. Pour lui enlever les dernières traces de mercure, on le faisait fondre et on le soumettait quelquefois à la coupellation. »
En 1640, l’Espagnol Alonso Barba, ancien curé de Potosi, publia un traité détaillé sur la métallurgie des métaux précieux au Nouveau-Monde.
(1) Histoire de la chimie, t. II, p. 63 et 64.
D’après cet auteur, les mines d’argent les plus riches sont celles de Cliarcas; •on trouvait dans ce district plus de quarante-sept mines, toutes découvertes depuis la conquête. D’autres mines existaient aussi antérieurement et étaient •exploitées par les Incas. Il signale les quantités prodigieuses de mercure employées dans ces traitements métallurgiques; la production de l’argent exigeait alors un poids de mercure double.
On découvrit en 1603, dans les environs du fleuve Saint-Laurent, des mines d’argent et de cuivre, dont il est fait mention dans des lettres patentes cie Jacques I"; il y est dit que le roi d’Angleterre se réserve le cinquième pour l’argent et le quinzième pour le cuivre.
En Europe, pendant le dix-septième siècle, de nouvelles mines d’or et d’argent sont découvertes et exploitées.
D’après Malus (1), les montagnes de Foix, de Commenge, de Couzerans, du Béarn et de Bigorre, dans les Pyrénées, étaient très riches en minerais d’argent, d’or, de plomb, de fer.
De 1648 à 1649, on exploita avec beaucoup de profit les mines d’argent et •d’or situées dans le val Grésivaudan, en Dauphiné.
A la même époque, celles de Sahla, en Suède, et les mines de Norvège étaient déjà florissantes.
Néanmoins, pendant tout le dix-septième siècle, ce sont surtout les mines de métaux précieux du Nouveau-Monde qui attirent l’attention, parce qu’elles sont d’une grande richesse et qu’elles paraissent inépuisables. Les mines européennes sont un peu délaissées; celles du Harz sont même complètement abandonnées pendant la guerre de. Trente Ans.
Nous ne poursuivrons pas ce résumé historique pendant le dix-huitième et le dix-neuvième siècle, l’étude des gisements des minerais d’argent et de l’exploitation actuelle des mines devant faire l’objet d’un chapitre spécial.
(1) Avis des mines d’or, d’argent et de toutes espèces de métaux et de minéraux J’ijrénées, par le sieur de Malus (163-2).
des monts
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS