PREMIÈRE PARTIE
OXYDES d’argent
La plupart des ouvrages de chimie générale admettent l’existence de trois o.xydes d’argent :
Ag^O AgO AgO\
c’est-à-dire d’un sous-oxyde, d’un protoxyde, et d’un bioxyde ou peroxyde, chacun d’eux pouvant en outre former, en se combinant avec l’eau, au moins un hydrate.
Cependant, lorsqu’on examine avec soin les mémoires originaux, il est difficile d’arriver à une conviction complète et;de ne pas conserver quelques doutes au sujet de deux de ces oxydes, le sous-oxyde et le peroxyde ; du moins, s’ils existent, leur composition n’est-elle pas absolument établie.
Quant au protoxyde AgO, c’est un des oxydes métalliques les mieux connus.
En admettant, au moins provisoirement, l’existence de ces trois oxydes, nous diviserons cette première partie en trois sections, chacune d’elle étant consacrée à l’élude d’un de ces oxydes.
PREMIÈRE SECTION
SOUS-OXYDE d’argent.
Déjà, en 1789, Berthollet (1) remarqua que lorsqu’on mêle l’oxyde d’argent avec l’ammoniaque, une partie seulement se.dissout, sans qu’on observe le dégagement d’aucun gaz, et il reste, au bout de quelques heures, une poudre noire qui est de l’argent fulminant ; la liqueur surnageant cette poudre étant «oumise à l’ébullition, il s’en dégage de l’azote, et il se forme des petits cristaux qui sont opaques et ont un éclat métallique; ils fulminent lorsqu’on les louche, même s’ils sont humides. Berthollet considère ces cristaux comme étant formés par l’ammoniaque et par un oxyde d’argent moins oxygéné que celui du nitrate d argent. Cependant il ne dit pas précisément s’il croit ces cristaux différents de la poudre noire. C’est le premier travail où nous rencontrons cette opinion qae 1 argent peut former deux oxvdes, l’un, l’oxyde ordinaire, celui du nitrate, autre qui contient moins d’oxygène.
Quelques années plus tard, en 1818, Faraday (2) publia un mémoire principale-
ment consacré à l’argent fulminant et qui renferme quelques faits nouveaux au sujet du sous-oxyde d’argent.
D’après ce savant, la dissolution de l’oxyde d’argent ordinaire dans l’ammoniaque, se recouvre, lorsqu’on l’expose à l’air, d’une pellicule brillante. Si on l’enlève, elle est remplacée par une nouvelle, jusqu’à ce que la presque totalité du métal soit séparée. Faraday fit l’analyse de cette pellicule en la décomposant par la chaleur, et recueillant le gaz oxygène. Il trouva ainsi ;
7,5 d’oxygène et environ 150 d’argent, ces proportions correspondent à la formule
Ag^O^
Cet oxyde nouveau paraît gris et très brillant par réflexion ; il est jaune brillant par transmission à travers les pellicules très minces.
Faraday consacre la fin de son mémoire à l’étude de l’argent fulminant de Berlhollet. Nous reviendrons, en parlant de l’azoture d’argent, sur cette partie de son travail, où ses idées sont d’ailleurs assez difficiles à suivre. Il paraît cependant résulter d’une étude attentive de son mémoire qu’il admet comme possible, sinon comme démontrée, l’existence de trois oxydes d’argent, un proto.xyde (celui du nitrate), un sous-oxyde (celui décrit précédemment), et un peroxyde qui formerait l’argent fulminant en se combinant avec l’ammoniaque.
G. Weltzien obtint, en 1866 (1), de l’oxyde d’argent à l’état de dissolution, en faisant agir l’argent métallique sur l’eau oxygénée parfaitement neutre. En introduisant dans la liqueur une lame d’argent bien décapée, on la voit se couvrir de bulles d’oxygène. En même temps, une partie de l’argent se dissout avec «une valeur de substitution Ag^=216 = H». La lame se recouvre d’un enduit blanc grisâtre, en même temps qu’il se dépose une très petite quantité d’un précipité gris-bleu. L’auteur pense que la réaction principale peut s’écrire:
, Ag2-l-HO2=:Ag20.H0.
Ag^O, HO serait de l’bydrate argenteux soluble, qui reste en partie en dissolution et en partie sur la lame d’argent à l’état d’enduit blanc. Quant au précipite gris-bleu, l’auteur pense que c’est peut-être du peroxyde formé aux dépens l’oxygène de l’air :