‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 115 sur 157 · AUTRES COMPOSÉS BINAIRES · texte numérisé non relu

AUTRES COMPOSÉS BINAIRES

En réservant l’étude des chlorure, bromure, iodure, fluorure et cyanure d’argent, qui forment un groupe à part, nous nous occuperons ici des autres combinaisons binaires formées par l’argent uni à un métalloïde. Ces composés sont :

Le phosphure d’argent;

L’azoture ;

Le boro-azoture ;

Le sillciure;

Les carbures.

Les arséniures et antimoniures ont été étudiés avec les alliages.

1” PHOSPHORE d’argent.

Il est très probable qu’il existe plusieurs phosphures d’argent de formules différentes, mais leur composition n’est pas encore définitivement fixée.

Pelletier a fait connaître un phosphure d’argent que l’on obtient directement en faisant fondre une partie d’argent et deux parties de phosphore, ou en faisant dissoudre du phosphore blanc dans de l’argent fondu. Dans les deux cas, e phosphore se dissout à une température élevée et forme une masse fondue homogène qui abandonne une partie du phosphore en prenant l’état solide pai jrefroidissement; ce corps brûle alors en présence de l’air, et une partie seulement est retenue à l’état de combinaison par l’argent aux températures plus basses. Comme le fait remarquer Debray (2), on peut attribuer ce phénomène à deux causes : ou bien à une simple dissolution du phosphore par le phosphure d’argent, ou bien à l’existence d’un autre phosphure plus riche en phosphore, dont la tension de dissociation irait en diminuant, à mesure que la tempera ture s’élève. Ce fait, singulier en apparence, d’une tension de dissociation crois

sant en sens inverse de la température a été observé pour le sous-chlorure de silicium par Troost et Hautefeuille, et pour l’hydrogène sélénié, par Ditte. Remarquons, cependant, qu’il est bien naturel de rapprocher ce phénomène de celui de l’absorption de l’oxygène par l’argent en fusion; cette absorption est suivie, lorsque l’argent oxygéné se refroidit, d’une séparation brusque de l’oxygène au moment de la solidification; c’est le rochage, que l’on ne peut s’empêcher de rappi'ocher du phénomène analogue produit par l’élimination brusque d’une partie du phosphore contenu dans le phosphure d’argent.

Le phosphure d’argent de Pelletier est blanc, cristallin, à cassure grenue; il se laisse facilement couper au couteau, et s’écrase sous le marteau.

Analyse. pour AgPh.

Ph pour 100. 20,00 22,30

Schrotter (1) a préparé un phosphure d’argent qui est peut-être identique au précédent, en chauffant de l’argent en poudre fine dans la vapeur du phosphore. Le produit noir obtenu a pour densité 4,63. Il est insoluble dans l’acide chlorhydrique, soluble dans l’acide azotique.

Calculé

Analyse. pour Ag-Pli*.

Ph pour 100. 30,75 30,10

Landgrebe a fait connaître un autre phosphure d’argent un peu plus riche en argent. On le prépare en chauffant au rouge faible un mélange de 12 parties de phosphate tribasique d’argent et 1 partie de charbon. Ce phosphure est plus dur que le précédent.

Analyse. pour AgPh=.

Ph pour 100. 33,23 36,47

Eh réalité, ce composé a une formule intermédiaire entre Ag^Ph® et AgPh'.

Lorsqu’on fait passer un courant d’hydrogène phosphoré dans une dissolution d’azotate d’argent bien neutre, on obtient un précipité qui n’est pas uniquement formé par de l’argent rriétalliqüe, mais qui contient une proportion notable de phosphore. Si l’on remplace l’hydrogène phosphoré par la vapeur du phosphore dilué dans de l’acide carbonique, on remarque un précipité analogue. Ce précipité, débarrassé par le sulfure de carbone du phosphore libre, contient encore 5,27 pour 100 de phosphore. La formule AgTh exigerait 5,43. Cependant, ce précipité n’est probablement pas un composé défini, mais un mélange d argent fies divisé et d’un des phosphores que nous venons de citer. Ces phénomènes sont dus à l’action réductrice de l’hydrogène phosphoré qui agit à la fois par son hydrogène et par son phosphore.

(1) hhresherkhie, p. 2i7 (1849).

KNCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

2“ AZOTÜRE d’argent.

On ignore encore s’il existe des combinaisons formées par l’union de l’argent avec l’azote et ne contenant pas d’autre élément. Cependant, on a quelquefois attribué cette composition à un des corps obtenus par Berlhollet dans ses recherches sur l’argent fulminant, recherches que nous avons déjà résumées (t). ■On sait que ce chimiste a signalé l’existence d’une poudre noire très dangereuse à manier qu’on obtient ordinairement par l’action à froid de l’oxyde d’argent AgO sur un excès d’ammoniaque concentrée. On pense généralement que cet argent fulminant est une combinaison de l’oxyde AgO avec l’ammoniaque. Mais si l’on évapore rapidement la liqueur décantée, en même temps qu’il se dégage de l’ammoniaque et un peu d’azote, on voit se précipiter de petits cristaux brillants et opaques qui, lorsqu’on les touche avec un corps dur, même au milieu de la liqueur, font explosion avec une extrême violence. Serullas et Beraélius pensent que ces cristaux pourraient bien être un azoture d’argent. Cependant, comme ces substances sont d’un maniement trop dangereux pour être «oumises à une analyse, on ne peut admettre les conclusions de ces savants qu’en faisant des réserves.

3" BORO-AZOTÜRE d’ARGEKT.

Balmain a décrit, sous ce nom, un corps blanc, pulvérulent, inaltérable par les acides et les alcalis, qu’on obtient en chauffant au rouge blanc, dans un creuset couvert, du chlorure d’argent et du boro-azoture de zinc. Le chlorure de zinc formé se volatilise. Cependant, des recherches plus récentes n’ont pas confirmé ces assertions.

4" SILICIURE d’argent.

L’existence d’un siliciure d’argent paraît très probable. Èn effet, d’après Berzélius, l’argent qui a été fondu avec de ta silice et du charbon laisse, quand on le dissout dans l’acide nitrique, des flocons gélatineux de silice. Toutefois, on n’a isolé aucune combinaison formée uniquement d’argent et de silicium, et les expériences rapportées par Percy (2) paraissent établir que ces combinaisons n’éxistent pas.

5“ carbures d’argent.

On a préparé trois carbures d’argent qui correspondent aux trois foinaules suivantes :

Ag^G AgG et AgG^.

(1) Voy. plus haut. p. 281.

(2) Sylver and Gold, 1.1, p. 131.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

Sous-carbure Ag®C.

Beaucoup d’auteurs attribuent à Gay-Lussac la découverte de ce carbure d’argent. Dans un mémoire de 1835, relatif à la présence de traces de mercure dans les lingots d’argent et aux causes d’erreur qui en résultent dans les essais par voie humide, Gay-Lussac (1) s’exprime ainsi :

« J’ai cherché à reconnaître la présence du mercure dans l’argent, en en chauffant 1 gramme au feu de mouffle, dans un petit creuset, avec du noir de fumée, pour éviter la vaporisation de l’argent; mais j’ai été bien trompé dans mon attente; après trois quarts d’heure de feu, le poids de l’argent s’est trouvé accru d’une quantité très sensible. Dans une expérience, l’excès du poids s’est élevé à plus de 30 milligrammes. » (Soit 3 pour 100 du poids de l’argent employé.)

11 est cependant bien difficile de voir dans cette expérience la découverte d’un carbure d’argent de formule Ag^C. En effet, Gay-Lussac a simplement constaté une augmentation de poids de l’argent de 3 pour 100 environ, mais il n’a pas fait l’analyse du produit obtenu ; cette augmentation de poids pourrait donc aussi bien être attribuée à l’action des impuretés du noir de fumée'sur l’argent, par exemple au soufre. Remarquons cependant que le carbure Ag^C doit contenir 2,70 pour 100 de carbone, et que l’augmentation de poids observée (3 pour 100) correspond à peu près à cette quantité.

Dans son Traité de Chimie, Berzélius (2) dit que lorsqu’on fait fondre l’argent sous une couche mince de charbon en poudre, le métal absorbe du carbone sans changer d’aspect ni de malléabilité. En le dissolvant ensuite dans de l’acide nitrique étendu, le charbon reste sous forme de flocons noirs, combustibles sans résidu. Cette expérience apporte à celle de Gay-Lussac une confirmation et un complément indispensables, puisque le carbone reste inattaqué après l’action de l’acide nitrique. On peut donc admettre qu’il se forme, dans ces conditions, un sous-carbone Ag^C.

Carbure AgG.

Gerhart et Cahours (3) ont signalé l’existence de ce carbure d’argent que 1 on obtient en calcinant dans un creuset ouvert du cuminate d argent solide. Ce carbure résiste parfaitement à l’action de la chaleur. Il est jaune et mat. Traité par Tacide nitrique, il fournit de l’azotate d’argent et un dépôt abondant de charbon. L’analyse a donné ;

Calculé pour AgC.

Carbone. 5,26

Argent. 94,74

Trouvé

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