‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 31 sur 157 · COMBINAISONS DOUBLES · texte numérisé non relu

COMBINAISONS DOUBLES

Nous examinerons dans ce dernier paragraphe un certain nombre de combinaisons doubles ou triples contenant de l’argent, telles que ;

1° Chlorure double d’argent et de sodium ;

2“ Chlorure double d’argent et de mercure ; '

3“ Chloro-sulfure d’argent avec oxyde d’antimoine;

4“ Chloro-iodure d’argent avec sulfure d’argent et sulfure de fer ;

5“ Chloro-iodure d’argent et de mercure;

6° lodure d’argent et de mercure ;

7“ Sulfures d’argent et d’autres bases, riches en argent.

1“ Chlorure double d’argent et de sodium.

Domeyko (4) a décrit sous le nom d’huantajaîte un chlorure double d’argent et de sodium trouvé à Huantaya par Rayraondi, de Lima. Les analyses qu’il

(t) Debray, C. R., t. XLII, p. 394, et t. LXX, p. 995.

(3) Mallard et Le Chatelier, 1883. Bull. Soc. Miner., t. Vt, p. 181

(4) Ann. mines [7], t. X, p. 36 (1876).

ENCYCLOP. CHIM. c

rapporte et qui ont été exécutées par Raymondi sur plusieurs échantillons ont donné :

Chlorure d’argent. 11

Chlorure de sodium .... 89

lôô

ce qui correspond exactement à la formule :

AgCl + 20NaCl.

Ce minéral cristallise en cubes; ordinairement disséminé en petites particules cristallines, diaphanes, brillantes, il forme des croûtes minces de ce même aspect sur une gangue calcaire, argileuse, légèrement ferrifère. Sa saveur est salée. Son caractère principal est qu’en jetant une de ces particules incolores et brillantes dans l’eau, il se forme à l’instant un précipité floconneux blanc de chlorure d’argent insoluble. Quand on mouille la pierre imprégnée de huantajaïte, il se produit à la surface une matière laiteuse noircissant à la lumière, ce qui fait donner à ce minéral, par les mineurs du Pérou, le nom de lecheior (produisant du lait).

Percy (1) rapporte qu’il reçut, en 1856, un échantillon d’un minerai analogue venant aussi de Huantaya et reconnaissable à cette propriété de se séparer nettement par l’eau en chlorure de sodium qui se dissout et chlorure d’argent insoluble.

C’est, d’ailleurs, un fait bien connu que les chlorures alcalins, en dissolutions concentrées, dissolvent, surtout à l’ébullition, des quantités notables de chlorure d’argent. Wetzlar, qui a étudié ces réactions en 1827, n’est pas arrivé à isoler des composés définis, mais seulement des liqueurs plus ou moins riches en chlorure d’argent et qui précipitent par addition d’eau.

H. Louis (2) reprit cette question, en 1876, dans le laboratoire de Percy, et obtint, par refroidissement des dissolutions saturées et bouillantes de chlorure de sodium dans lesquelles on avait fait dissoudre jusqu’à refus du chlorure d’argent, des cristaux analogues comme aspect physique à la huantajaïte. Ce sont des cubes transparents, ressemblant au chlorure de sodium, à saveur à la fois métallique et salée, inaltérables à la lumière. L’analyse a donné ;

Chlorure d’argent. 1 , 74 .

Chlorure de sodium. 97,69

11 paraît résulter des faits qui précèdent que l’existence du chlorure double d’argent et de sodium comme espèce définie ne saurait être admise sans quelques réserves et que de nouvelles expériences sont nécessaires pour la démontrer.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

2° Chlonire double d’argent et de mercure.

Ce minéral, découvert et décrit par Domeyko (1), diffère beaucoup, par ses caractères extérieurs, de toutes les variétés d’argent corné chloruré que l’on trouve au Chili. Sa couleur, dans la cassure fraîche, est d’un brun rougeâtre, jaunâtre, ou d’un brun de cheveux; la couleur change avec le temps, par l’action de la lumière, et devient noirâtre ou presque noire; son éclat dans la cassure est moins vif que celui du chlorure d’argent natif pur, et se ternit vite au contact de l’air, devenant parfois semi-métallique. Le minéral est moins malléable et moins compressible que le chlorure d’argent natif pur; il prend sous le couteau, dans la coupure, un certain éclat corné, et une couleur jaune de miel; il se laisse écraser dans un mortier d’agate et se réduit en une poudre jaunâtre claire.

Il donne, chauffé dans un tube fermé par un bout, un sublimé blanc, et, si l’on ajoute du carbonate de soude, du sublimé de mercure.

Dans deux analyses de la masse amorphe de ce minéral, Domeyko a trouvé :

Argent.

Mercure.

Chlore.....

Chlorure de sodium.

Sesquioxyde de fer.

Silice (insoluble).

Carbonate de chaux et perte

au feu.

En faisant abstraction de la gangue et considérant seulement les rapports de combinaison de l’argent, de mercure et du chlore, on trouve que cette composition correspond à la formule :

HgCl -f 29AgCl.

Ce minéral forme de petites masses irrégulières au milieu des amas de minerai d’argent chloruré qui constituent la richesse des mines de Caracoles, situées entre le 23' et le 24' degré de latitude, dans le désert d’Atacama, et considérées comme les mines les plus riches de l’Amérique méridionale. Les échantillons provenaient de la mine nommée la Julia.

3 ° Chlorosulfure d’argent avec oxyde d'antimoine.

C’est encore un minéral décrit par Domeyko (2). Ce savant le désigne sous le nom d’argent antimonié sulfuré bleu, et le considère comme un mélange

Si ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

intime (ou une espèce d’union) (?) d’argent chloruré, d’argent sulfuré, d’une petite proportion d’argent antimonié, et d’acide antimonique hydraté. On ren- ' contre dans les mines d’argent du Chili, particulièrement dans celles de Lomas ! Bayas (Copiapo), des minerais argentifères, toujours amorphes, qui ont une ; couleur bleuâtre plus ou moins foncée. Quelquefois cette couleur est due à i une faible proportion de carbonate bleu de cuivre ; mais il y a des minerais ' qui ne contiennent pas de cuivre et qui présentent des nuances bleuâtres du même genre. Dans ce cas, on y trouve toujours de l’argent antimonié sulfuré et du chlorure d’argent.

Domeyko a examiné particulièrement un échantillon de minerai de cette espèce, provenant de la mine la Descubridora, de Caracoles, contenant environ 40 pour 100 d’argent.

Ce minéral est d’un gris bleuâtre, et ressemble, par sa couleur, à certains minerais amorphes de fer phosphaté bleu terreux. Il est tendre, un peu compressible, difficile à casser, terne, mais il prend un peu de poli sous le couteau; sa structure est homogène, à grain fin, et passe à une consistance terreuse; sa cassure est irrégulière, sa poussière bleuâtre.

Trois analyses faites sur divers fragments du minéral ont donné :

Chlorure d’argent..

Sulfure d’argent.

Excès de soufre appartenant à l’antimoine.

Acide antimonique et antimoine appartenant à l’argent antimonié sulfuré, qui correspond à l’excès de soufre (par différence).

Perte au feu (au rouge naissant).

D’après Domeyko, ce minéral serait un produit de transformation de l’argent sulfo-antirnonié noir de Caracoles (stéphanite).

Il est éviilemment impossible et inutile de traduire en formule chimique les résultats des analyses précédentes.

4° Chloro-iodure d’argent avec sulfure d’argent et sulfure de fer.

C’est encore dans la mine Julia de Caracoles que Domeyko a trouvé ce minéral (2) qui n’est certainement qu’un mélange provenant d’une association assez étrange de chloro-iodure et de sulfure de plomb avec une gangue de carbonates de plomb et de chaux.

Les mineurs de Caracoles le désignent sous le nom de negrillos.

Il forme des masses amorphes, noires, tirant un peu sur le bleuâtre, tendres, poreuses, parfois spongieuses, et toujours enveloppées d’une croûte plus dure,

II) Domeyko fait remarquer que la perte au fou ne représente pas certainement la proportion de l’eau, à cause de la décomposition partielle que peut subir au rouge naissant l’acio® antimonique et des changements qui doivent en résulter.

(2) Ann. mines [7J, t. X, p. 16.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

jaunâtre. Les masses noires elles-mêmes ne sont pas homogènes. Doraeyko donne, pour leur composition, d’après plusieurs analyses :

Iode. 3,57 \ / lodure d’argent. 6,61

Chlore. 1,58/ (Chlorure d’argent... 6,32

Argent.. 40,47 > formant | Sulfure d’argent. 37,56

Soufre. 6,45 \ / Sulfure de plomb 12,15

Plomh. î / \ » i

Carbonate de plomb. 33,06

Carbonate de chaux.

La croûte jaunâtre qui enveloppe ces masses noires ne contient ni argent ni iode; elle est très hétérogène, et se compose surtout de carbonate et d’oxychlorure de plomb.

5'> Chloro-iodure d'argent et de mercure.

Ce minerai qui paraît avoir une composition mieux définie se trouve à Caracoles.

D’après Domeyko (1), il est amorphe, jaune, noircit à la lumière; de structure grenue, passant au compact. On peut le broyer facilement.

L’analyse a donné :

Mercure. 18,0

Argent. 14,8

Iode. 9,3

Chlore. 4,7

Gangue (par différence). 53,2

La gangue contient du sulfate de baryte et du sulfate de plomb. En ne considérant que les proportions relatives de chlore, d’iode, de mercure et d’argent, Domeyko pense que tout le mercure est combiné à l’iode pour former un sous-iodure, et tout le chlore à l’argent, pour donner :

Chlorure d’argent. 19,5 pour 100

Sous-iodure de mercure. 27,3 —

ce qui correspond à peu près à la formule :

AgCH-HgM.

Il paraît que ce minerai est très abondant dans les mines de Caracoles, mais fiu on l’avait confondu jusqu’à ces dernières années avec les autres minerais chlorurés d’argent et envoyé avec eux aux usines d’amalgamation.

(D Ann. mines [7], t. X, p. 31.

6° lodure double d’argent et de mercure.

Domeyko a décrit cet iodure double sous le nom de tocornalite. On le rencontre dans les mines de Chafiarcillo. Il est amorphe, jaune pâle, tendre, passant à la lumière au vert grisâtre, et à la fin au noir. Sa composition est:

Argent. 33,80

Mercure. 3,90

Iode. 41,77

Résidu de silice (gangue). 16,65

Les proportions relatives d’argent, de mercure et d’iode conduiraient à la formule :

HgM + 8AgI.

7” Sulfures d’argent et d’autres métaux, riches en argent.

Il convient encore de citer dans ce dernier paragraphe deux autres minerais riches et rares signalés également par Domeyko et le minerai du Germanium, l’argyrodyte.

Sulfure d’argent mercuriel séléniteux de Caracoles. — Il provient de la mine d’argent la Descubridora où il est assez abondant.

Il est noir, éclatant, cristallisé. Domeyko y a trouvé deux parties :

Sulfate de chaux hydraté (par différence).. 68,89

i soluble dans C Argent. 22,32

l’acide nitrique ( Soufre. 3,39

acide nitrique ( Antimoine. 1,19

Soufre. 0,96

La partie soluble dans l’acide nitrique a exactement pour composition AgS- C’est donc du sulfure d’argent presque pur, avec de petites quantités de mercure, d’antimoine et de soufre, et une gangue séléniteuse. Cependant le mode de cristallisation particulière de ce minerai ferait penser qu’on doit en faire une espèce à part.

Fahlerz ou cuivre gris très riche en argent de Huanchaca, en Bolivie- - Ce cuivre gris, signalé par Domeyko, contient 12 à 13 pour 100 d’argent, et

(1) La perte correspond à de l’eau et à un peu d’iode.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS. 87

constitue la partie la plus riche des minerais très abondants des mines de Huanchaca.

Il forme, comme beaucoup d’autres cuivres gris, des petits cristaux tétraédriques biseautés et d’autres dont les biseaux ont pris toute leur étendue. Mais ces cristaux sont rares et se cachent ordinairement dans les cavités d’une niasse amorphe, d’un gris d’acier, à structure grenue. Les minéraux associés, qui sont la galène, le sulfure d’antimoine, la pyrite et la blende, ne renferment que de très faibles proportions d’argent.

Nous n’insisterons pas davantage sur ce cuivre gris exceptionnellement riche en argent, nous réservant de revenir avec plus de détails sur ce genre de composés, ordinairement peu argentifères, en traitant des minerais courants et pauvres.

Argyrodyte (1). — Pendant l’été de 1875, on a découvert dans la mine dite du « Prince du Ciel », à Freiberg, un minerai d’argent riche, d’apparence particulière, très rare, auquel on a donné le nom d’argyrodyte.

L’analyse fournissait :

Mercure. 0,21 pour 100

Argent. 73 à 75 —

Soufre. 17 à 18 —

• Arsenic, fer. traces

et indiquait constamment une perte de 6 à 7 pour 100.

La différence est due à un nouvel élément, le Germanium, corps simple, analogue à l’antimoine. Malgré la grande richesse en argent de ce minerai, sa très grande rareté fait qu’on ne l’a recherché que pour en extraire le germanium.

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