‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 4 sur 157 · INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE

L’histoire de l’argent et de ses composés se confond pendant bien des siècles avec celle de l’or et avec l’histoire de la chimie elle-même. On sait notamment que, pendant longtemps, les alchimistes s’étaient proposé pour but de transformer les métaux vils, tels que le plomb, le fer, le cuivre, l’étain, le mercure, en métaux précieux, tels que l’or et l’argent. Ces deux corps occupent donc une place considérable dans les écrits et les expériences des anciens chimistes. Nous savons même aujourd’hui, grâce aux recherches de Kopp et de Hœfer et aux publications plus récentes de Berthelot, que les idées alchimiques ont trouvé leur origine dans des théories plus anciennes transmises par les civilisations antérieures à celle du moyen âge.

Cette idée fondamentale d’une transmutation possible des métaux vils en or et en argent qui, pendant tant de siècles, a obsédé l’esprit humain, était née cependant d’une interprétation bien naturelle des phénomènes que l’on avait sous les yeux. On voyait, en effet, les corps naturels subir des transformations apparentes multiples, sous l’influence de la combustion, de l’oxydation lente, des mélanges et de la fermentation. Tous ces phénomènes, dont la nature est en réalité très différente, se confondaient dans l’esprit des chercheurs qui voulaient en donner une interprétation hâtive. Le plomb, par exemple, se changeait, par fusion et oxydation, dans la coupelle, en un bouton très petit d’argent. Nous savons, aujourd’hui, que ce fait est dû uniquement à ce que le plomb primitif est toujours faiblement argentifère; mais cette explication ne pouvait évidemment être devinée immédiatement, et il est tout naturel que les premiers chimistes aient vu dans cette expérience une transmutation du plomb en argent.

Si cette explication est fausse, et s’il est vrai que les théories des alchimistes

(1) Ce chapitre a été rédigé en mettant à contribution principalement les données de Hœfer {Histoire de la chimie), celles publiées récemment par Berthelot et le chapitre liistorique de Cunienge et Fuchs sur l’or {Encyclopédie chimique).

ont singulièrement retardé les grandes découvertes de la chimie moderne, nous devons cependant reconnaître que les observations faites par nos devanciers ont beaucoup contribué au grand mouvement scientifique de la fin du siècle dernier. Dans tous les cas, nous constaterons que la marche des idées a été ce qu’elle devait être. Ces théories primitives sont nées, comme le dit Berthelet (1), comme les nôtres, d’une inclinaison invincible de l’esprit humain vers le dogmatisme. La plupart des hommes ne supportent pas de demeurer suspendus dans le doute et l’ignorance ; ils ont besoin de se forger des croyances, des systèmes absolus...

La théorie de la transmutation des métaux est devenue plus vraisemblable encore chez les Grecs et les Romains, dont les philosophes considéraient la matière comme unique et différant seulement d’un cas à l’autre par ses qualités. Ces qualités pouvant se transformer et même disparaître, il devenait tout à fait raisonnable d’admettre que, pour fabriquer de l’argent, par exemple, il suffirait d’enlever au plomb les qualités que ce métal possède et qui ne sont pas celles de l’argent, et de lui ajouter celles qui lui manquent.

Nous ne saurions ici, après les maîtres éminents que nous avons cités, faire l’histoire complète de l’alchimie. Nous devons cependant présenter un résumé des connaissances que possédaient sur l’argent et sur ses composés ceux qui nous ont précédés.

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