J8 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
de la mine, reste sur place sans être utilisée. Ces minerais pauvres seront certainement repris lorsque les minerais riches seront épuisés et que l’on sera obligé d’employer sur place les méthodes métallurgiques européennes. La plupart des minerais frios sont exportés en Angleterre.
On nomme aussi pacos ou colorados les minerais calidos ou frios qui sont disséminés dans des argiles ferrugineuses.
En 1832, la province de Goquimbo (voy. la carte, fig. 15), dont dépendait alors le département de Copiapo, n’était pas exploitée ; depuis cette époque, pendant une vingtaine d’années, on a découvert chaquejour de nouvelles richesses métallurgiques dans les mines de Copiapo.
La plupart des mines d’argent du Chili se trouvent dans des régions qui
n’offrent pas trace de végétation et pas une goutte d’eau ; il faut faire trente lieues dans les sables, entre des montagnes arides et brûlantes, porter tout avec soi : munitions, combustibles, etc. (1). Il y a cependant aujourd’hui à Chafiarcillo près de Copiapo, une ville de plusieurs milliers d’habitants qui vit de cette vie factice. Dans les montagnes qui l’entourent, on a taillé sur le roc vif des plateaux sur lesquels reposent des centaines de maisons. C’est dans les cours de ces maisons que s’ouvrent les galeries des mines. Tout autour, perchés comme des nids d’aigles, se dressent de petites cabanes où viennent dormir les ouvriers mineurs quand ils sortent de leurs trous. Ils passent leurs journées à 300 ou 400 mètres de profondeur, travaillant à la clarté d’une lampe et employant tour à tour le pic et la poudre pour détacher et faire sauterie minerai.
La teneur des minerais est très variable ; on en exploite qui ne contiennent que rm d’argent; les minerais très riches sont à mais bien souvent on a trouvé, surtout au début, et à fleur de terre, des amas de chlorure d’argent très considérables, mélangés d’argent natif.
Il serait difficile de citer toutes les mines d’argent du Chili; sur une largeur de 40 à 50 kilomètres, parallèlement à la côte, et sur une longueur de plus de 400 kilomètres, on rencontre des exploitations très actives. On doit à Domeyko de nombreuses descriptions des plus importantes (2); nous empruntons à ce savant les deux figures 16 et 17, qui représentent le plan et une coupe de la montagne du Chafiarcillo. On y rencontre de très riches minerais calidos chloro-bromurés, mais, comme on le voit sur la coupe, tout minerai exploitable disparaît à peu de distance du sol. Les filons sont, en général, dirigés du nord au sud. Cette même disposition des raines métalliques se retrouve sur la figure 18, qui représente les mines d’Agua-Amarga, dans le département du Haut-Huasco, et dans celles de Tunas, voisines des précédentes.
^ Citons encore les mines d'Arquéros, province de Coquimbo, où l’on trouve 1 arquérite Ag®Hg, et celles de San-Antonio del Potrero-Grande, département de Copiapo, où Domeyko a découvert un amalgame natif Ag^Hg» et un séléniure double d’argent et de cuivre.
D après Roswag, les mines de Copiapo ont produit :
1 531 kilogrammes d’argent.
En 1830.
La production a encore augmenté pendant quelques années; ainsi, pendant es trois années 1851, 1852 et 1853, le rendement des 536 mines d’argent de la province d’Atacaraa a été le suivant :
(1) Girardin, Chimie
(2) Voy. Hotamment p. 453, 1862 et 1864.
élémentaire, 6« édit., t. II, p. 599 Annales des mines (1846), 4* série
t. IX;6» série,!. II, p. 123,
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
Kilogrammes. ^ Valeur eu francs.
Argent en lingots. 25“2 777,50 53 575 850
Minerais pacos (sulfures argentifères). 65 233 .21 271 710
Autres minerais. 80 718,50 4 386 875
Maltes cuivreuses. 21 386,.50 7 906 185
Cuivres argentifères. 4 300 1 495 760
Total... 427 415,50 88 6.36 380
Moyenne annuelle. 142 438 29 546 127
En 18.54, ces mines avaient procluit(l) 17 millions et demi de francs d’argent. Le principal port d’embarquement des minerais est la Caldera, à ’embouchure de la rivière Copiapo; il est réuni à Copiapo par un clieinin de fer. En outre, un certain nombre de minensis sont exportés par Coquimbo e par Valparaiso. Souvent, on les envoie d’abord de la Caldera ou de Coquimbo à Valparaiso, d’où on les expédie en Angleterre ou aux États-Unis.
b. Pérou et Bolivie. — La production de ces deux pays réunis est supérieure à celle du Chili; c’est encore dans les montagnes et vallées des Andes que l’on trouve les gisements argentifères; dans ces régions, la chaîne montagneuse s’élargit et couvre en s’étalant une surface considérable, coupée par des montagnes, des plateaux, des rivières et des lacs.
Les principaux centres de production de l’argent sont i Potosi, Huantajaya et Tasco, Chota et Giialcayoc, Cerro de Pasco et Yauricoclia, et La Paz.
« La montagne appelée le Hatun Potocchi, dont les Européens ont fait le Potosi, ressemble, dans son intérieur, à une ruche à miel, moins sa régularité, à cause du grand nombre de percements, de galeries, de fouilles qu’on y remarque. S’il était donc possible de bien enlever la croûte qui la recouvre, on
apercevrait une infinité de routes souterraines, percées sans suite et comme au hasard, selon la dÿ’ection des veines métalliiiues (2). »
Nous avons vu, dans le chapitre Historique, comment ces mines, dont le nom est employé encore pour désigner une richesse sans limites, ont été découvertes par l’Indien Gualpa, peu d’années après l’audacieuse invasion des Espagnols. Les exploitations du Potosi furent déclarées ouvertes le 21 avril 1545.
De 1545 à 1571, les minerais ne furent traités que par fondage. Les coiiquéranls espagnols, ne pouvant pas diriger les travaux métallurgiques, adoptèrent la méthode primitive que l’on suivait alors dans les mines de Pasco. On établissait sur les montagnes qui environnent la ville de Potosi, partout où le vent soufflait impétueusement, des fourneaux portatifs appelés guyras (d’autres écrivent liuayres). Ces fourneaux étaient des tuyaux cylindriques d’argiles, très larges, et percés d’un grand nombre de trous. Les Indiens y jetaient, couche par couche, du minerai d’argent, du charbon et une matière métallique appelée soroche, qui était de la galène ou peut-être du plomb ; le courant d’.air qui pénétrait par les trous vivifiait la flamme et lui donnait une grande intensité. Les premiers voyageurs qui ont visité les Cordillères parlent tous avec enthousiasme de l’impression
(1) Ann. mines (1855), 5* série, t. VIII, p. 543.
(2) Girardin, Chimie élémentaire, 6* édit., l. 11, p. 601, en note.
que leur avait laissée la vue de plus de six mille feux qui éclairaient la cime des montagnes autour de la ville de Potosi. Les masses argentifères obtenues étaient refondues dans les cabanes des Indiens, en se servant de l’ancien procédé, qui consiste à faire souffler le feu, par dix ou douze personnes à la fois, à travers des tuyaux en cuivre de 1 ou 2 mètres de long, percés, à leur extrémité inférieure, d’un très petit trou (voy. Girardin, d’après de Humboldt).
Cependant, en 1571, le procédé d’amalgamation, suivi déjà au Mexique, fut apporté à Potosi par Pero Fernandez de Velasco, qui entreprit de traiter les minerais par cette méthode. On l’emploie encore aujourd’hui, bien qu’elle ait l’inconvénient de faire perdre une quantité considérable de mercure, comme le remarquait déjà, en 1640, Alfonso Barba, ancien curé de Potosi.
La grande réputation de ces mines vient de la richesse extraordinaire qu elles présentaient au début; il n’était pas rare de trouver des affleurements qui fournissaient jusqu’à 40 et 45 pour 100 d’argent. Leur rendement diminua vers 1800, et la teneur des minerais ne fut plus alors que de 3 à 4 millièmes; n a décliné encore davantage depuis cette époque, et, aujourd’hui, les minerais a d ou 4 millièmes sont considérés comme très riches ; le rendement n’est plus, en moyenne, que de 1 à 2 millièmes, et souvent il atteint seulement 1/2 milleme. epen ant, bien que les gisements soient aujourd’hui beaucoup plus pauvres, dans les profondeurs des galeries, la production totale a augmenté à cau.e du développement considérable des travaux souterrains, ments ^explo^tés^* Parties des Andes du Pérou, il existe environ six cents gise-
à importants est celui de Cerro de Pasco et Yauricocha; il se trouve
métrés d altitude, a 40 lieues nord de Lima, près des sources du fleuve
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
des Amazones. Il a élé découvert en 1630. On y trouve surtout des pacos ou colorados, minerais ferrugineux contenant l’argent à l’état de chlorure et d’antiinoniure. On y exploite notamment deux filons, l’un de 114, l’autre de 123 mètres d’épaisseur. La ville de Mayabamba, entre Lima et Quito, sert d’entrepôt d’argent pour ces régions.
On trouve aussi des pacos dans les mines de Ghota et Gualcayoc, découvertes en 1771.
Celles de Huantajaya et Tasco ont donné, en 1758, une masse d’argent natif de plus de 400 kilogrammes.
Enfin, sur les confins du Pérou et de la Bolivie, sur les flancs des montagnes qui entourent le lac Titicaca, se trouve le district de La Paz et Puno, auquel on peut aussi rattacher les exploitations de Tarapaca. Ce district est actuellement le plus riche de la Bolivie.
Ainsi, sur toute la chaîne des Andes, depuis Santiago jusqu’à Quito, se trouvent d’innombrables gisements exploités aujourd’hui sur place par amalgamation (minerais calidos) ou fournissant des minerais sulfurés, exportés immédiatement. La population est tout entière occupée aux travaux des mines ou aux opérations métallurgiques.
« Dans la plupart de ces districts métallifères (1), les ouvriers qui travaillent dans les mines ne reçoivent pas un salaire fixe; seulement, il leur est permis d’emporter, à la fin de leurs douze heures de travail, un capacho rempli du minerai qui est amoncelé devant la porte de la mine. Ce mode de payement donne lieu à un système d’échange dont on ne trouve d’exemple nulle part. L’Indien ou le métis, à la fin de sa journée, apporte au cabaret son tablier tout rempli de pierres. Il paie en morceaux de minerai, et il en est de même pour tout ce qui lui est nécessaire, Chaque marchand ou marchande est donc tenu de faire entrer dans les nécessités de son état la connaissance des minerais d’argent, étude longue et qui demande un coup d’œil éprouvé; car bien souvent, au premier aspect, rien ne distingue la pierre plus ou moins riche en argent de celle qui n’en contient pas. Rien n’est plus ordinaire que de voir une mai’chande de poissons, assise sur la porte de sa boutique, et, tout en surveillant le débit de sa marchandise, concasser du minerai, le réduire en poudre, puis le pétrir avec du mercure, le laver, le brûler, enfin le mettre à l’état de lingot, d
La production en argent du Pérou et de la Bolivie, en 1854, était de 160000 kilogrammes.
c. Confédération Argentine. — C’est encore dans les replis des Andes, mais sur le versant oriental, que se trouvent les riches mines de La Plata. Le principal district est celui de Catamarca; il comprend un très grand nombre d’exploitations disséminées depuis Cordova, au sud, jusqu’à Salta, au nord. Les plus importants gisements sont ceux de la Peregrina, où se trouvent des chlorures, et ceux de la Desideria, où l’on rencontre des galènes argentifères contenant de 1500 à 10 000 grammes d’argent à la tonne.
On cite encore les mines d’or de Santa-Maria, et ses mines de cuivre auro-
(1) Girardin, loc. cit., p. 606,
argentifères. Tous ces produits sont exportés par le port de Rosario, du .côté de l’Atlantique. La. plupart sont expédiés aux mines d’Angleterre ou des Étals Unis (1).
Le Brésil est surtout connu par ses gisements et sa production d’or. Rio-de- Janeiro en a exporté, en 1859, pour 13 130000 francs. Cet or natif est toujours argentifère. Dans le tableau publié par Delesse (2), en 1854, le Brésil û»ure seulement pour une production annuelle de 261 kilogrammes. La République de l’Équateur, la Colombie et la Nouvelle-Grenade produisent aussi beaucoup plus d’or que d’argent. Il est même remarquable que les gisements de ces deux métaux précieux soient ainsi exactement localisés, ceux qui fournissent de l’argent sont dans les montagnes des Andes, à l’est et surtout à l’ouest, depuis Santiago du Chili jusqu’à Quito (république de l’Equateur), tandis que les gisements d’or se rencontrent surtout dans la partie nord de ces montagne' jusqu’à l’isthme de Panama. Au delà, nous rencontrerons de nouveau, toujours sur le prolongement de la même chaîne principale, les immenses gisements d’argent du Mexique et des États-Unis.
Dans la portion intermédiaire des deux Amériques, l’État de Honduras fournit d’assez riches mines d’or et d’argent ; on en trouve aussi dans le département de San-Miguel (San-Salvador) ; ces mines ont produit, en 1858-1859, une valeur d’argent de 235000 francs.
2“ Amérique du Nord.
a. Mexique. — Malgré la très grande richesse des nombreuses mines de l’Amérique du Sud, c’est encore le Mexique qui se trouve en tête des pays producteurs de l’argent. Pour en donner une idée, disons immédiatement que, sur un total de près de 1 200000 kilogrammes d’argent extraits dans le monde entier, le Mexique figurait, il y a quarante ans, pour 536 000, près de la moitié. D’après Delesse, en 1854, il fournissait 653000 kilogrammes. La production américaine totale était de près de 1000000 de kilogrammes. Ces mines sont exploitées avec succès depuis plus de trois siècles, et elles l’étaient même avant la conquête espagnole. Les gisements sont encore placés dans ces vallées et ces hauts plateaux des montagnes qui forment l’arête des deux Amériques et dont de Humboldt disait, au commencement de ce siècle : « L’abondance de l’argent est telle dans la chaîne des Andes, qu’en réfléchissant sur le nombre des gîtes de minerais qui sont restés intacts, ou qui n’ont été que superficiellement exploités, on serait tenté de croire que les Européens ont à peine commencé à jouir de cet inépuisable fond de richesse que renferme le nouveau monde. » Saint-Clair-Duport disait de même, en parlant des mines du Mexique, dans son Traité des métaux précieux, en 1843j « Les gisements travaillés depuis trois siècles ne sont rien auprès de ceux qui restent à explorer. »
La Sierra-Madre du Pacifique occupe le centre de cette zone métallifère
(1) Voy. Ann. mines (1866), 6* série, t. IX, p. 634.
(2) Ibid. (1857), 5“ série, t. XII, p. 854.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
immense du Mexique, qui comprend les quatre cinquièmes de la surface du pays. Elle est limitée, d’une part, par les côtes de l’océan Pacifique, de l’autre, par une ligne idéale (tracée sur la carte de la figure 20) qui joindrait Paso del Norte à Tehuantepec. Cette surface n’a pas moins de 2000 kilomètres de longueur sur 600 kilomètres de largeur; elle est équivalente au double de celle de la France.
On trouve, dans toute cette région, des filons métalliques très irrégulièrement distribués, soit sur les hauts plateaux, soit dans les vallées. Les gîtes des plateaux ont été tout d’abord exploités et ce sont eux qui ont reçu le plus grand développement, non pas qu’ils soient plus riches, mais surtout parce que le climat y est plus favorable. Quelques-uns sont situés à 2800 mètres d’altitude.
Dans chaque localité, il existe un système isolé de filons, quelquefois facile à saisir; il se compose d’un faisceau de filons directeurs et d’un second faisceau de filons croiseurs; d’autres fois, c’est, au contraire, un réseau de veines métalliques d’un arrangement très compliqué, et il est rare que deux localités voisines ne présentent pas entre elles une très grande dissemblance de gisement (1). Quelquefois ces filons sont très larges et d’un prodigieux rendement. Près de Guanaxato, se trouve le fameux filon, exploité surtout au commencement de ce siècle, à Yalenciana et ailleurs, dont de Humboldt disait qu’il fournissait à lui seul le quart de l’argent produit par le Mexique et le sixième de l’argent des deux Amériques. Le filon de la Bisca'ina, qu’on exploite à Real del Monte, a plusieurs mètres d’épaisseur; celui de la Veta madré, à Guanaxato, est ordinairement épais de 8 mètres; quelquefois il l’est de 50, et on l’a exploité sur une longueur de 13 kilomètres ; d’autres filons ont 5, 7 et 10 mètres, et, par places, le double.
Les différentes concessions, ou reales, n’ont pas toutes, à beaucoup près, la même importance; plus des neuf dixièmes de l’argent total extrait chaque année proviennent du vingtième des reales; les autres, réunies, donnent le dernier dixième.
La richesse des minerais n’est même pas extraordinaire; la moyenne du rendement est de 1800 à 2000 grammes par tonne de minerai, c’est-à-dire 2 millièmes environ; les minerais à 3 et 4 millièmes sont considérés comme très riches. Mais l’immense quantité de matières que fournissent ces puissants filons permet d’arriver, même avec une aussi faible proportion de métal, à de très beaux bénéfices et à un rendement considérable. La rencontre de minerais très riches constitue ce qu’on appelle dans le pays une bonanza. Durât {Géologie appliquée) nous apprend que ces sortes de bonnes fortunes ont, à différentes époques, enrichi les exploitants et porté très haut la réputation des mines. « Leur souvenir, quelquefois rafraîchi, est un mobile bien plus puissant pour le mineur mexicain que le produit courant de son industrie. Aussi doit-on mettre au nombre des causes déterminantes qui ont entretenu Jusqu’à nos jours la production de l’argent dans cette contrée, non point la richesse absolue des mines, mais bien plutôt cet appât de la fortune aiguisé des chances du
(1) Pour plus de détails sur la géologie du Mexique, voy. Burat, Géologie appliquée, et Laur, Ann. mines (1871), 6' série, t. XX, p. 38 et suiv.
hasard, et la multiplicité des gisements qui est telle que tous n’ont pas été
effleurés. »
Les méthodes de traitement employées au Mexique sont principalement :
l» L’amalgamation à chaud, dans laquelle on réduit les minerais par le cuivre métallique, agissant en pi’ésence d’une dissolution de sel marin concentrée et bouillante. C’est la méthode du cazo (1); elle convient surtout pour le traitement des minéraux argileux dits colorados, qui contiennent l’argent à l’état de chlorure, bromure et iodure ;
2“ L’amalgamation à froid ou méthode du patio (2), dans laquelle les minerais, réduits en poudre fine et pâteuse, sont longtemps broyés par le piétinement des hfiules (3), sous l’action simultanée du sel marin, du sulfate de cuivre
et du mercure. Ce procédé convient surtout pour les minerais quartzeux dits negros, qui contiennent l’argent à l’état de sulfure. Ce sont les plus répandus; ils fournissent les quatre cinquièmes de l’argent produit dans tout le Mexique.
On emploie également, mais plus rarement, la fonte au four à cuve, en
(1) Caz>o, chaudron.
(2) PatiOj cour fermée, aire.
(3) D’après Girardin, on voit dans le musée géologique de Jermyn-Street, à Londres, uo lingot d’argent du poids d’environ 250 grammes, qui a été retiré, à Mexico, de l’estomac dun® mule. C’est chose assez commune que la présence de l’argent dans l’estomac ou les intestins des mules employées aux travaux des mines du Mexique; ou l’attribue à la manie qu’ont ces animaux de manger de la boue qui contient à la fois du sel qui les attire, et de l’argent qni s’accumule en certaine quantité sans trop les faire souffrir.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
présence de matières plombeuses oxydées, ou bien l’amalgamation en présence (lu fer dans des tonnes tournantes, après un grillage chlorurant à la température du rouge.
On trouve en outre, au Mexique, des galènes argentifères (métals de Fuego) qui sont très abondantes, mais peu e.xploitées.
Il est assez difficile de classer méthodiquement les districts argentifères du Mexique, car ils se succèdent presque sans intermédiaires, du sud au nord, en suivant la direction générale indiquée sur la carte (fig. 20) par la ligne ponctuée.
Au sud de Mexico, se trouvent les gîtes d’Oaxaca, qui sont exploités depuis très longtemps et contiennent en outre quelques mines aurifères.
Puis le district de Tasco, à 100 kilomètres au sud de Mexico. Puis, immédiatement au nord de Mexico, la région très riche de Real del Monte.
Dans le district de Guanaxato et Guadalajara, se trouvent les mines de Veta madré, Valenciana, Catorce, etc. Le filon de la Yeta madré (veine mère) est surtout célèbre; on y exploite le minerai jusqu’à une profondeur de plus de 600 mètres et sur une longueur de 13 kilomètres. A Guadalajara, se rencontrent des gîtes auro-argentifères. Les produits des mines de cette région sont exportés par le port de San-Blas, sur le Pacifique.
Citons encore les gisements très importants de San-Luis-de-Potosi et de Zacatecas, ceux de Balanos et de Durango.
Enfin, le district de Chihuahua et de Sinaloa, où l’on trouve de l’or argentifère qui s’exporte par le port de Mazatlan.
C’est à San-Luis-de-Potosi que fut inventé, en 1557, le procédé d’amalgamation.
b. États-Unis. —• C’est encore sur le prolongement des Andes, dans les différentes chaînes des Montagnes-Rocheuses, que se rencontrent, aux États- Unis, les principaux gîtes d’argent. Les plus connus sont ceux de la Californie et de l’État de Névada. La Californie est traversée du nord au sud par la grande chaîne de la Sierra-Névada; c’est surtout sur le versant occidental, du côté du Pacifique, que l’on trouve les mines d’or et d’argent, principalement les mines d’or, dont le rendement a été prodigieux à certaines époques. A ”203 kilomètres de cette arête montagneuse, et justement en son milieu, se trouve le port de San-Francisco, auquel aboutissent les deux rivières du Sacraeiento et de San-Joachim, dont les sources sont au nord et au sud de la Sierra- Névada et qui suivent la montagne sur une longueur de 7 à 800 kilomètres avant de se rejoindre pour gagner la mer.
En remontant le cours de ces deux rivières, on rencontre un très grand nombre de placers provenant des débris de la Sierra. L’or plus ou moins argentifère qui en provient est exporté principalement par le port de Sacramento, voisin de San-Francisco.
Dans les mêmes montagnes, mais dans les parties plus élevées, on trouve d’autres gisements d’or, puis les gisements d’argent de la haute vallée de Salinas, ®| la fameuse mine de mercure de New-Almaden. On cite aussi les mines d’argent de Los Angelos, sur la côte, au sud de San-Francisco. Les gîtes de l’Etat de Névada sont également situés dans la Sierra-Névada, mais sur le encyclop. chim. ^
versant oriental. Le seul important est celui de Vashoe, où l’on trouve le
célèbre gisement de Comstock, découvert il y a trente ans.
A celte époque, quelques orpailleurs de Californie, en quête d’inconnu franchirent la Sierra et vinrent s’établir dans les environs du lac Vashoë. L’un d’eux, Comslok, en juin 1859, découvrit par hasard, sur un placer, une pierre grisâtre et pesante; c’était du minerai d’argent. L’effet de cette découverte fui immense, et une émigration formidable se produisit; une ville entière, Yirginia- City, fut édifiée en quelques mois. Le fameux filon était formé d’une masse quartzeuse jaunâtre, contenant une certaine quantité d’or natif au-dessus.
Il fut établi au début que chaque exploitant pourrait s’approprier à la surface 200 pieds linéaires du filon de Comstock, avec une étendue indéfinie en profondeur.
Cependant ces premières exploitations étaient encore très primitives elle rendement n’était que de 267 500 francs en 1859 et de 535 000 en 1860 ; mais à partir de 1861, le filon fut mieux connu et travaillé méthodiquement, et dès lors il se produisit en faveur de ces mines un entraînement analogue à celui qui éclata au commencement de la découverte de l’or.
Ce filon est aujourd’hui celui qui; relativement à son étendue, donne le plus d’argent. Il a environ 548 mètres de largeur sur 5 kilomètres de longueur,eta produit, en 1867, près de 90 millions de francs d’argent. Les travaux occupent plus de 5000 ouvriers. Le filon a une tendance uniforme à l’expansion en ■s’approfondissant (1).
Les minerais consistent en sulfures d’argent associés à des sulfures d’antimoine, de plomb, de cuivre, etc... Ils y forment des amas, des colonnes ou des bandes au milieu de la roche qui les renferme, et, dans le commencement des exploitations, on trouva plusieurs dépôts ou bonanzas exceptionnellement riches qui avivèrent les espérances jusqu’à l’exagération et qui ont donné lieu plus tard à de vives déceptions; l’or et l’argent natif sont souvent associés aux minerais (2).
Le rendement annuel varie de 300 à 400000 kilogrammes d’argent (3).
A côté de ces deux districts importants des États-Unis, on peut citer encore quelques gisements exploités, tels que ceux de Madison, dans l’État de Wisconsin, près de la région des lacs.
Enfin, on trouve, dans les mines du lac Supérieur, du cuivre natif qui contient une certaine proportion d’argent. D’après Hautefeuille, sa composition serait :
Cuivre. 09,280
Argent. 5,452
Mercure. 0,619
Gangue. 25,248
(1) Voy. Ann. mines (1868), 6' série, t. XIII, p. 500.
(2) Voy. Production des métaux précieux en Californie, par P. Laiir (1862), p, 59 à 9i.
(3) Ce cliilïre n’est pas compris dans le total que nous avons attribué à r.4mérique, Çi' pai-lant du Mexique, l’évaluation que nous avons donnée se rapportant à une époque anterieure à celle de la découverte du filon de Comstock.
W ^oy. 1 article Métallurgie du cuivre, de VEncyclopédie ckimiqttey p. 19-1-
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
Tels sont les principaux gisements de minerais d’argent ; cette production est, comme on l’a vu, très inégale dans les diverses régions. On peut s’en rendre e.xactement compte en consultant les tableaux généraux qui suivent :