PREMIÈRE PARTIE
extraction de l’argent des minerais.
On a vu précédemment combien sont différents les minerais d’argent ; n®" seulement le métal précieux s’y trouve en proportions diverses, mais il
I/ARGENT ET SES COMl'OSÉS.
associé à d’autres corps simples ou composés qui sont tantôt des substances combinées, tantôt des gangues simplement interposées.
Celle diversité dans la nature des minerais suffirait à expliquer la diversité des procédés métallurgiques ; mais elle a aussi sa raison d’être dans une autre cause tout industrielle et économique ; nous voulons parler des différences de situations qui résultent pour l’industrie de la position géographique des mines. Dans une région habitée et desservie par de nombreuses voies de communication, où le minerai peut être exploité sur place et le métal facilement exporté audehors, où le combustible et la main-d’œuvre sont à bon compte, où les autres réactifs employés se trouvent sur place, on pourra exploiter des minerais même très pauvres et par des procédés relativement compliqués. Au contraire, dans des pays déserts, où il n’existe pas de routes, où l’on trouve à peine une population suffisante pour l’extraction du minerai, on ne peut utiliser que les portions riches, qui, seules, peuvent payer des frais d’exploitation et de transport, et l’on est obligé de s’adresser aux procédés métallurgiques les plus simples, eu s’exposant à perdre une partie du métal.
D’après Roswag, voici le prix de l’extraction et du transport en Europe des rainerais de Sicasica et d’Ornro, en Bolivie :
Extraction du minerai. 80 » au minimum.
Transport jusqu’au port d’embarquement.. 467 80
Fret, assurance, frais du débarquement
jusqu’à Hambourg. -90 »
Transport de Hambourg aux usines. 25 »
Soit au total. 662 80
Ce total, en prenant pour la valeur du kilogramme d’argent 170francs, représente 3''8,800 d’argent. D’où il suit que les minerais, à une teneur de moins de 3'‘s,800par tonne, on 0,38 pour 100, ne peuvent être transportés au dehors. Ils doivent donc ou bien être traités surplace par des procédés moins parfaits ou être abandonnés.
D’autre part, en suivant toujours le raisonnement de Roswag, et prenant ses chiffres pour base, on peut aussi calculer le prix de revient de l’argent traité sur place. Dans ces régions, il n’existe pas encore d’usine de fusion, et le procédé de l’amalgamation est seul usité.
L’extraction du minerai et son transport à l’usine d’amalgamation peut être évalué par tonne à 138 francs ;
Son traitement par le mercure à 130 francs;
Soit au total 268 francs.
En réalité, ce nombre doit être multiplié par le coefficient 1,22, qui exprime le rapport —, parce qu’il faut traiter un peu plus d’une tonne de minerai pour extraire tout l’argent contenu dans une tonne, par l’amalgamation, la perte étant au moins de 18 pour 100 et le rendement au plus de ïqq. Le total devient donc 327 francs.
136 EKCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
De plus, il faut faire entrer en ligne de compte les frais du transport de l’ar gent en Europe, et aussi un impôt énorme de 17 fr. 80 par kilogramme d’argent prélevé par le gouvernement péruvien sur l’argent exporté (1); ces frais sè décomposent ainsi :
Transport terrestre et maritime, en Angletere, ou en France, ou en
Allemagne. 1 fr. 50 par kilogramme d’argent.
Impôt. 17 80
Commission. » 70
Total.... 20fr. »
Ce chiffre, multiplié par le même coefficient 1,22, s’élève à 24 fr. 40.11 vient en déduction du prix de 170 francs par kilogramme d’argent que nous avons pris comme base, et le réduit à 145 fr. 60.
En divisant 327 francs par 145,60, on voit que le minerai doit contenir par tonne pour couvrir les frais de l’amalgamation et permettre l’exportation de l’argent qu’il contient.
Donc tout minerai dont la richesse n’est pas supérieure à 2'’3,24 d’argent par tonne, soit 0,224 pour 100, doit être rejeté aux lialdes et ahandonné.
C’est pour ces raisons qu’il s’accuinule depuis des années, auprès des mines, des amas considérables de minerais considérés comme n’ayant aucune valeur, et qui contiennent de 2 à 3 kilogrammes d’argent à la tonne, alors qu’en Europe on traite avec avantage des minerais renfermant seulement 150 grammes et même 100 grammes à la tonne, c’est-à-dire vingt ou trente fois moins.
Nous diviserons le résumé que nous voudrions présenter du traitement métallurgique des minerais en six parties ou sections :
D' Section. — Traitement mécanique.
2' Section. — Traitement par le plomb ou par les matières plombeuses. 3' Section. — Traitement par te mercure ou amalgamation.
4= Section. -- Traitement par d’autres réactifs.
5“ Section. — Désargentation des plombs argentifères.
6' Section. — Désargentation des cuivres argentifères.
Nous nous occuperons tout d’abord du traitement mécanique qui s’appliqua à tous les minerais d’argent, à l’exception des plombs et cuivres argentifères, et qui a pour but d’amener le minerai dans un état physique favorable, soit en le séparant de la gangue, soit en le réduisant en fragments de petites dimensions.
Certains minerais sont traités par le plomb qui s’unit à l’argent; l’alliage se
(I) On peut s’étonner de l’existence d’u 10 pour lUO de la valeur de l’argent; elle donner beaucoup de minerais qui seront tusion seront établies dans ce pays.
m impôt de cette nature qui représente plus de a évidemment pour conséquence de faire abanpeut-êlre repris plus tard lorsque des usines par
VARGENT ET SES COMPOSÉS
sépare des autres éléments du minerai et est traité ensuite comme plomb argentifère. Nous étudierons ces réactions dans la deuxième section.
La troisième sera consacrée aux procédés très variés et très répandus de l’amalgamation, qui consistent à former un amalgame d’argent qui est ensuite distillé.
La quatrième section comprendra tous les traitements qui ne rentrent pas dans le cadre de la deuxième et de la troisième.
Quant à la désargenlation des plombs et des cuivres argenlifères, elle doit faire l’objet d’une étude spéciale. En effet, un grand nombre de minerais contenant des quantités notables de plomb ou de cuivre ne pourraient être traités comme minerai d’argent, parce qu’ils ne contiennent qu’une dose d’argent très petite; on commence donc par isoler le plomb ou le cuivre; mais, comme le métal précieux se trouve réuni tout entier dans le plomb ou dans le cuivre, on traite de nouveau ces deux métaux pour en extraire l’argent lorsque ce traitement secondaire, qui vient ainsi se greffer sur le premier, peut couvrir les frais qu’il entraîne.
Tout naturellement, la deuxième section comprendra seulement l’ensemble des procédés employés pour unir l’argent au plomb, soit par l’emploi du plomb métallique, soit en se servant des matières plorabeuses; le résultat de ces opérations étant la.production d’un plomb argentifère, la deuxième section s’arrêtera là, l’extraction de l’argent de ce plomb argentifère devant faire l’objet de la cinquième section (désargentation des plombs argentifères).
Il est bien entendu qu’on ne doit rechercher dans les pages qui suivent que des indications générales sur les procédés employés et non des détails complets sur les méthodes suivies dans chaque usine. S’il nous a paru nécessaire de donner le principe des réactions qu’il est utile de connaître, même au point de vue de l’étude chimique de l’argent, nous n’avons pas la prétention de refaire le travail si remarquable que M. Rosvvag a publié à part, avec une compétence indiscutable, dans une autre partie de ['Encyclopédie.
PREMIÈRE SECTION