XPAITEMEKT PAR LE PLOMB ET PAR LES MATIERES PLOMBEUSES
Nous parlerons seulement dans cette section du traitement par voie sèche au moyen du plomb métallique ou des matières plombeuses, réservant les traitements par voie humide pour la quatrième section. Encore ne nous occuperons-nous que des minerais d’argent proprement dits, réservant le traitement des iriattes pour les cinquième et sixième sections.
Le traitement des minerais d’argent par le plomb et les matières plombeuses est fondé sur la propriété que possède le plomb de dissoudre l’argent lorsqu’il atteint la température de sa fusion (-f 330 degrés), de sorte que de l’argent métallique mélangé de gangue se dissout dans le plomb fondu et se sépare de cette gangue. L’alliage ainsi obtenu, plus ou moins riche en argent, que l’on appelle plomb d'muvre, est ensuite enrichi par des procédés spéciaux de manière à contenir une quantité convenable d’argent, quantité déterminée par expérience, puis cet alliage riche est enfin soumis à la coupellation, qui élimine le plomb et laisse de l’argent à peu près pur.
Il suit de là que le traitement des minerais d’argent par le plomb ou les matières plombeuses comprend trois opérations successives :
1° Réaction des minerais sur le plomb ou les matières plombeuses, ou préparation du plomb d’œuvre ;
2“ Enrichissement du plomb d’œuvre;
3“ Coupellation.
Après cette dernière opération, l’argent contient encore un peu de plomb (2 pour 100) ; il est nécessaire de le raffiner.
1° PRÉPARATION DU PLOMB d’ŒUVRE.
Lorsque, à la suite des traitements mécaniques cités plus haut, on a rassemblé une quantité suffisante de minerais d’argent très riches et surtout ne contenant que très peu de sulfures ou d’antimoniures, on peut mettre en œuvre lè procédé du traitement métallurgique le plus simple, qui est la dissolution de 1 argent dans le plomb fondu. . j j
Le minerai contenant, par exemple, l’argent à l’état natif est plonge dans u plomb maintenu en fusion dans un chaudron, à une température un peu supérieure à 500 degrés. L’argent se dissout, et la gangue, en se séparant, remonte à la surface du bain. . .
Quelquefois ôn mélange le minerai avec une certaine quantité d aplutmant : Lrai ou goudron, chaux à Tétat de lait épais, argile en bouillie claire, et on sèche le mélange avant de l’introduire dans le bain. D’autres fois on laisse tomber le bain de plomb fondu sur un mélange de minerai et de flux, dans un
chaudron de fonte chauffé au rouge sombre. On écume le bain dès que les crasses sont en quantité suffisante; celles-ci sont considérées comme des minerais pauvres, car elles contiennent encore un peu d’argent, et traitées comme tels par des procédés plus compliqués.
Souvent on purifie ce premier alliage au moyen de ce qu’on appelle le perchage au bois ou le polen. On introduit dans le bain fondu des perches de bois qui produisent un bouillonnement et facilitent l’oxydation des métaux et la production des crasses, en même temps que les arséniures forment des fumées d’acide arsénieux.
Même lorsque l’argent est uniquement contenu dans le minerai à l’état natif il ne se dépouille pas complètement, surtout si la température n’est pas assez élevée (600 à 700 degrés), pour produire au moins le ramollissement des gangues. Aussi doit-on toujours traiter les crasses qui se produisent. Ces imperfections font que ce procédé extrêmement rapide n’est pas très répandu. Le plomb d’œuvre obtenu contient environ de 6 à 7 pour 100, quelquefois un peu plus; rarement, et c’est le maximum, 17 pour 100 d’argent. Il est destiné à être directement coupellé ou bien enrichi par pattinsonnage ou zingage.
Nous venons de dire que dès que les minerais contiennent une portion notable d’argent à un autre état qu’à celui d’argent natif, le traitement précédent n’est plus que difficilement applicable. On doit alors soumettre ces minerais à un traitement métallurgique plus compliqué, soit en les fondant dans des fours spéciaux avec des réactifs convenables, soit en les grillant préalablement pour les traiter ensuite après grillage ; ce dernier procédé est surtout utile pour les minerais sulfurés et pour les mattes.
La fonte des minerais qui peuvent être traités sans grillage préalable, peut s exécuter quelquefois dans des creusets en graphite ou en terre réfractaire; c est le cas le plus simple. On mélange alors le minerai avec des proportions variables de flux, composé de borax, potasse, soude, litharge, verre pilé, fer métallique, etc., et d’un excès de plomb en grenailles. La température est assez élevée pour que les scories deviennent liquides et entraînent à la partie supérieure les matières étrangères, tandis que l’argent reste combiné au plomb. On ajoute de nouvelles portions de ce dernier métal dans les creusets, si cela est nécessaire, pour que la richesse de l’alliage corresponde à un titre convenable. Roswag {loc. cit.) nous aprend que ce procédé est fort usité en Espagne, au Mexique, et qu’on l’emploie également en Chine.
Lorsque le minerai ne peut être traité au creuset, et que la nature de la combinaison qu’il contient l’exige, il faut opérer un traitement analogue dans des appareils de forme plus compliquée, appelés fours à manche, dans lesquels le minerai, mélangé de flux, est soumis à la fois à l’action d’une température élevée et à celle d’un violent courant d’air, amenés par des tuyères un peu analogues à celles des hauts fourneaux.
Le four à manche affecte d’ailleurs bien des formes différentes, suivant les pays où on 1 emploie. Nous n’en décrirons qu’une, pour donner une idée du traitement qui se fait dans ces appareils. C’est celle du four castillan dont nous empruntons le dessin et la description à l’article de Roswag (Métallurgie BE L argent), si souvent cité dans ce chapitre.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
M est le gueulard; A' le plancher de chargement; A'B l’escalier pour monter à ce plancher; G le carneau des fumées; D la cheminée intérieure du four à manche, en briques réfractaires; E, E', E" les tuyères destinées à amener le vent, en communication, par la conduite souterraine 00' et par les tuyaux en fonte verticaux (1) FO et F'O', avec le ventilateur soufflant ; F, F', valves pour régler le vent.
L’appareil est soutenu par les colonnes en fonte AG, A'G'. Le minerai est mélangé de charbon, de litharge et de scories plombeuses, dont une partie
provient d’opérations précédentes. Il arrive, en effet, fréquemment qu un traitement fait avec des minerais donne des scories contenant encore assez (l’argent et même d’or (s’il s’agit de minerais aurifères), pour qu on puisse les faire repasser dans un autre traitement.
On comprend que, dans ce procédé, l’union de l’argent au plomb se fait à peu près comme dans le procédé de l’imbibition directe. Sous 1 influence du combustible mélangé (charbon ou coke), les matières plombeuses oxydées
^ (1) D’après Roswag (Métallurgie de l’argent, p. 183, note), le nom de four a man^h^en des mots espagnols horno de manga ; manga est le cylindre en cuir qu. établit la '.aison d ‘“ïau F avec la base en t<Me de la tuyère, dans la plupart des fours espagnols, cylindre qui ■■cssemble à la manche d’un habit.
158 ENCYCLOKÉDIE CHIMIQUE.
(lilharges) donneat du plomb métallique. Les minerais d’argent (argent natif sulfures, arséniures, antimoniures) se séparent en donnant de l’argent quj s’unit au plomb et fournit le plomb d’œuvre, tandis que les autres éléments et les gangues passent dans les scories. On remplace aussi quelquefois les litharges par des galènes qui donnent aussi du plomb métallique; mais il faut arors ajouter du fer métallique ou des minerais de fer qui s’emparent du soufre et fournissent des mattes. Ces mattes peuvent être encore assez argentifères pour être grillées et traitées ensuite comme minerais d’argent par des procédés analogues. Enfin on utilise aussi comme matières plombeuses, pour remplacer les litharges, dont le prix est trop élevé et les galènes dont la présence complique le traitement, des nombreux produits oxydés, intermédiaires et secondaires, fournis chaque jour par les appareils de coupellation, de pattinsonnage onde zingage, tels que abstrichs, abzugs, fonds de coupelle, crasses de réduction, crasses noires et autres.
Dans beaucoup de cas, la nature du minerai oblige les fondeurs à le griller préalablement; on élimine ainsi une grande partie du soufre, de l’arsenic et autres éléments unis à l’argent et, en outre, on désagrège plus complètemenl la masse des minerais, ce qui facilite le traitement. Le minerai est grillé, soit dans des fours spéciaux, soit en tas à l’air libre ; il est ensuite traité au four à manche. Enfin, certains rainerais, pauvres en argent et contenant une grande quantité de matières étrangères, sont fondus avec des pyrites qui entraînent des sulfures métalliques et tout l’argent contenu. On sépare ainsi, dans cette première fusion, la majeure partie des gangues, et on obtient les mattes cms argentifères. Ces mattes crues sont grillées.à plusieurs reprises, puis le résidu de ce grillage est traité au four à manche, comme on l’a indiqué précédemment.
On voit que les diverses méthodes employées pour obtenir le plomb d’œuvre sont assez différentes dans leurs détails, tout en offrant toujours les mêmes caractères généraux. On trouvera, d’ailleurs, leur description complète dans les articles spéciaux souvent cités, de la Métallurgie de l’argent et de la Métallurgie DU PLOMB.