‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 95 sur 157 · AUTRES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

AUTRES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES

Signalons encore quelques autres propriétés physiques moins importantes :

L’argent parfaitement poli réfléchit la chaleur et la lumière avec une grande intensité ; nous avons déjà indiqué que son pouvoir rayonnant est considérable dans cet état.

Lorsqu’il n’est pas poli, son pouvoir absorbant est 12, comme pour l’or, celui du noir de fumée étant 100. Son pouvoir réflecteur est alors de 88. On sait que c’est grâce à cette propriété qu’un vase en argent retient la chaleur d’un liquide plus longtemps que beaucoup d’autres, caractère qui est souvent utilisé.

L’argent est très sonore ; le son particulier de ce métal permet de le distinguer aisément des autres ; on le désigne sous le nom de son argentin.

Fournet (3) a montré que l’argent pulvérulent pouvait se souder et fonnw une masse compacte en s’agglomérant, lorsqu’on le chauffe à une température bien inférieure à celle de la fusion, et qu’on le soumet au martelage à plusieun reprises.

Clienot (4) a encore signalé une propriété plus extraordinaire de l’argent en

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éponge. 3 grammes environ de ce métal, comprimés à près de 300 atmosphères auraient produit une détonation très violente, analogue à celle des fulminates. Ce fait n’a d’ailleurs jamais été confirmé.

14“ ABSORPTION DE l’OXWÊNE PAR l’ARGENT.

Nous plaçons ici l’étude de cette propriété très curieuse de l’argent, car elle est intermédiaire entre les propriétés physiques et les propriétés chimiques de ce métal.

C’est une observation aussi vieille que la pratique même de la coupellation qui a appelé l’attention des métallurgistes d’ahord, puis des chimistes, sur la faculté que possède l’argent fondu, en présence de l’oxygène, d’absorber une certaine quantité de ce gaz. Lorsqu’en effet l’argent fondu a cédé à la coupelle la totalité du cuivre qu’il retenait, et qu’on le laisse refroidir lentement, on constate presque toujours qu’au moment où le bouton se solidifie complètement, il se produit à la surface une sorte d’ébullition accompagnée d’un dégagement (l’oxygène et, après refroidissement, on trouve que cette surface est couverte de petites végétations d’argent. Le métal, à l’instant où le gaz s’est dégagé, a été projeté violemment, et quelques gouttelettes d’argent peuvent même se répandre au dehors. C’est le phénomène bien connu du rochage; les essayeurs disent alors que le bouton d’argent roche, végète ou s'écarte. Il est évident que le rochage doit être soigneusement évité dans les essais d’argent à la coupelle, une petite quantité d’argent pouvant alors être perdue. En traitant des essais d’argent, nous verrons comment, par un refroidissement lent, on peut arriver à obtenir des bo.utons d’argent qui ne rochent point. Nous nous occupons seulement ici du phénomène en lui-même; son intérêt théorique est considérable.

Un essayeur de la Monnaie de Londres, Samuel Lucas, dans une lettre adressée à Dalton (1), en 1819, appela le premier l’attention sur ce phénomène.

D'après Lucas, « si on expose une grande quantité d’argent fondu à un courant de gaz oxygène ou d’air atmosphérique, et qu’ensuite on laisse ce métal se refroidir graduellement, sa surface se solidifie d’abord, ensuite elle se fendille ; une vapeur élastique s’échappe en grande quantité par toutes ces ouvertures, et pousse devant elle une portion du métal fondu qui se solidifie aussi et forme des protubérances. Cette ébullition dure un quart d’heure, une demi-heure ou même davantage, suivant que l’on opère sur des quantités plus ou moins considérables de métal, et suivant que le refroidissement a lieu plus ou moins vite. »

En 1830 (2), Gay-Lussac reproduisait cette expérience en maintenant l’argent fondu dans un tube de porcelaine traversé par un courant de gaz oxygène. A un certain moment, on arrêtait le courant du gaz et on laissait refroidir. Au moment de la solidification, il se dégageait une quantité considérable de gaz oxygène.

Gay-Lussac rapproche ce phénomène de l’absorption du phosphore par

(0 Ann. chim. phys. (2), t. XII, p. A02.

W Ann. chim. phys. (2), t. XLV, p. 221.

m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

l’argent ; Pelletier avait, en effet, montré antérieurement que l’argent en f ' absorbe une quantité de phosphore double de celle qu’il relient au moraeiiuî il se solidifie (1). Le même savant indique encore que l’argent pur peut seul absorber de l’oxygène; la présence de quelques centièmes de cuivre suffit pour rendre ce phénomène impossible ; il en est de même des traces de plomb ou d’or (2). Lucas et Gay-Lussac désignaient cette absorption sous lenomd’oxi/ilii. tion de l’argent, mais il est certain qu’ils n’entendent pas dire que l’oxygène dissous dans l’argent fondu est à l’état d’oxyde d’argent ; il s’agit d’une simple dissolution.

D’après Gay-Lussac, l’argent fondu peut laisser dégager 22 fois son volume d’oxygène en se solidifiant.

Ce phénomène ne se présente pas seulement avec l’argent et l’o.xygène ou l’argent et le phosphore; on l’observe également avec la litharge et l’oxygène. La litharge fondue en présence de l’air absorbe aussi beaucoup d’oxygène, qu’elle abandonne brusquement au moment où elle se solidifie. On si»nale également l’absorption de l’acide sulfureux gazeux par l’argent. Quant à l’absorption de l’hydrogène par le palladium, le sodium et d’autres métaux, elle est due à de véritables combinaisons ; ce ne sont plus des phénomènes puremenl physiques. On peut enfin rapprocher de ces faits les résultats des expériences de Dumas qui, en chauffant au rouge l’aluminium et le magnésium, a constaté que ces métaux dégageaient un peu plus de leur volume d’hydrogène (3).

D’après les recherches de Levol (4), le phénomène du rochage est bien düà l’absorption de l’oxygène à une température supérieure à celle de la fusion du métal, et à son départ brusque au moment où l’argent reprend l’état solide.

Mais, d’après ce savant, il n’est pas exact de dire qu’une petite quanlilé d’or empêche le bouton d’urgent de rocher ; il est nécessaire que la proportion de l’or contenu atteigne a peu près la moitié en poids de l’argent. Dans tous les autres cas, c’est-à-dire lorsque l’argent domine, le bouton roche, et l’on constate en outre que la partie éjectée est toujours beaucoup moins riche en or que la portion d’alliage restante. Au contraire, la présence de quelques millièmes de cuivre suffit pour s’opposer à la manifestation du phénomène du rochage.

On peut se demander si l’oxygène, occlus au moment de la fusion, se dégage complètement lorsque l’argent prend l’état solide, ét si, dans le lingot de métal, il n’en reste pas encore des traces. L’intérêt de cette question est assez considérable au point de vue théorique, parce que la détermination de l’équivalent de l’argent a une importance fondamentale en chimie, et que, si le métal solide retient un peu d’oxygène occlus et en retient des quantités variables, ce phénomène peut modifier les résultats et empêcher qu’ils aient toute la concordance désirable.

C’est précisément en comparant les données obtenues par Berzélius, Marignac, Stas, Gay-Lussac et H. Rose, dans leurs recherches sur l’équivalent e l’argent, et en constatant entre ces données des variations inexplicables, q®

(1) Voy. plus loin : Phosphure d’argent.

(2) Voy. aussi Chevillol, Ann. chim. phijs. (2),

XIII, p. 299.

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Dumas eut l’idée de soumettre cette question à l’expérience. Ses recherches sur ce sujet constituent le dernier travail de notre grand chimiste (1).

De l’argent grenaillé, parfaitement pur, puis refondu avec un peu de borax et de nitre était, après complet refroidissement, placé dans un ballon de porcelaine vernie que l’on faisait communiquer avec une trompe de Sprengel.

Le ballon étant chauffé entre 400 et 500 degrés, il s’est dégagé un gaz qui a continué à se rendre dans des éprouvettes sur le mercure, la température ne dépassant pas le rouge sombre. Lorsque le dégagement du gaz eut cessé, on enleva tout le gaz contenu dans l’appareil, et on chauffa davantage pour faire fondre l’argent (vers 1000 degrés). Aucun nouveau dégagement de gaz ne se manifesta.

Le gaz dégagé était de l’oxygène pur; son volume était de 57 centimètres cubes à 0 degré, et 760 millimètres de pression, pour 1 kilogramme d’argent. Ces nombres correspondent à peu près à 2 volumes d’oxygène pour 3 volumes d’argent.

On peut d’ailleurs augmenter notablement le volume de gaz occlus en ayant soin de soumettre l’argent, pendant sa fusion, à une atmosphère très oxydante, par exemple en projetant à sa surface, de temps en temps, un peu de nitre. On a obtenu ainsi, dans une expérience, 158 centimètres cubes d’oxygène pour

1 kilogramme d’argent, soit environ 5 volumes pour 3 volumes d’argent, et même, dans une autre, 174 centimètres cubes, ce qui correspond à peu près à

2 volumes de gaz pour 1 volume de métal.

De ces expériences, on peut conclure :

1” Que l’argent absorbe pendant sa fusion, en présence de l’oxygène, environ ■24 fois son volume de ce gaz ;

2” Qu’au moment où il se solidifie, il se dégage brusquement à peu près 22 volumes d’oxygène ;

3“ Que le métal solide ainsi obtenu ne perd plus d’oxygène dans le vide à froid ;

4° Qu’il en perd encore, très lentement, de 1 à 2 volumes, lorsqu’on le chauffe entre400 et 600 degrés;

5° Qu’à partir du rouge cerise, ce dernier dégagement s’arrête.

Lorsque nous nous occuperons de la détermination de l’équivalent de l’argent, nous aurons à examiner quelles conséquences ces expériences peuvent avoir à ne point de vue. Nous signalons seulement ici le phénomène de l’occlusion.

Nous pourrons encore citer, parmi les propriétés physiques de l’argent, celle •lu il possède de produire ce que l’on désigne sous les noms de fulguration, de ^oruscation ou diéclair, à la fin des coupellations. A ce moment, le bouton d argent contenu dans la coupelle prend instantanément un éclat singulier qui annonce la fin de l’essai. Cependant, on remarque que l’argent tout à fait ttempt de cuivre ne produit jamais d’éclair et, d’après les recherches de

n''ol (2), ce phénomène serait dû à la présence de l’oxyde de cuivre dans la

6) J- pharm. chim. (4), t P) Ann. chim. phys. (3),

t. XV, p. 58.

coupelle. On ne peut donc pas l’allribuer à une propriété spéciale de l’argent D’ailleurs, nous aurons l’occasion d’en faire une étude plus complète lorsa nous décrirons les détails des essais d’argent

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