‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 96 sur 157 · IL — PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE L’ARGENT · texte numérisé non relu

IL — PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE L’ARGENT

C’est en étudiant chacun des composés que l’argent forme avec les autres corps simples, que nous arriverons à connaître toutes les propriétés chimiques de l’argent. Nous donnerons seulement ici un résumé de ces caractères.

Dans la classification de Thénard, modifiée par Régnault, l’argent est placé parmi les métaux précieux ou nobles, à côté de l’or, du platine, de l’iridium ces quatre corps simples ayant la propriété commune de ne s’oxyder dans l’air sec à aucune température et de former des oxydes réductibles par la chaleur seule (1).

On doit cependant faire immédiatement quelques réserves au sujet de l’inoxvdabilifé de l’argent en présence de Pair. En effet, lorsqu’on décharge une forte batterie électrique entre deux feuilles d’argent très minces, des vapeurs se condensent sous la forme d’une poudre brune qui contient de l’oxyde d’argent. De même, d’après Vauquelin (2), lorsqu’on place de l’argent sur un charbon rouge et qu’on dirige sur le métal un courant d’oxygène, l’argent brûle avec une flamme dont la base est jaune, le milieu pourpre et le sommet bleu; les fumées qui se dégagent sont formées d’oxyde d’argent. Sainte-Claire-Deville et Debray ont encore fait voir qu’il se produit une grande quantité d’oxyde d'argent lorsqu’on soumet l’argent à la température énorme du chalumeau à gaz oxygène et hydrogène. Cette température ne doit pas être inférieure à 2500 degrés. On peut donc admettre qu’aux températures auxquelles on soumet habituellement les métaux l’argent est inaltérable à l’air, c’est-à-dire vers 1000 à 1500 degrés au maximum.

Cependant, on connaît quelques résultats qui paraissent contraires à cette affirmation. Ainsi, Proust a pu obtenir de l’oxyde d’argent en chauffant le métal au moyeu du dard d’un chalumeau à bouche qui donne une température bien inférieure à celle du chalumeau oxyhydrique. De même, on a trouvé de l’oxyde d’argent dans les fumées de condensation des fours à manche où le» traite le plomb argentifère.

Roswag, dans son article de la Métallurgie de l’argent (3), traite cette question de l’oxydation de l’argent spécialement au point de vue métallurgiq''® et arrive aux conclusions suivantes : .

1° L’argent chauffé au-dessous de la température de 1000 degrés, qu> peu supérieure à celle de sa fusion, ne s’oxyde pas à l’air ni même en près d’un excès d’oxygène presque pur;

(1) L’argent pur jaunit un peu à l'air, mais on attribue ce changement à une sulfur superficielle.

(2) Ber/.élius, Traité de chimie (1846), t. II, p. 476.

(3) Encyclopédie chimique, p. 18 et suiv

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS. 247

2“ Silatempél’ature devient notablement plus élevée, une portion de l’argent peut se volatiliser et ses vapeurs s’oxydent alors en présence de l’air; mais ces conditions sont exceptionnelles dans les opérations ordinaires de lacoupellation;

3“ L’argent n’est pas volatil avant sa fusion, ni même jusque vers 1100 degrés, température qüi est rarement dépassée ;

4» L’argent mélangé à d’autres métaux (plomb, zinc, etc.) plus volatils que lui peut être volatilisé par entraînement en très petite quantité, à une température inférieure à HOO degrés, et même au-dessous de la température de fusion de l’argent pur.

Nous avons indiqué plus haut la propriété.curieuse que possède l’argent pur d’absorber, pendant sa fusion en présence de l’air, une faible quantité d’oxygène qu’il abandonne en grande partie au moment de la solidification, mais dont il retient cependant quelques traces, même à la température ordinaire. Nous avons admis que c’était une simple dissolution et considéré cette propriété comme purement physique.

Quoi qu’il en soit, il est certainement très remarquable de rencontrer un métal dont l’oxyde se décompose complètement en argent et oxygène à une température relativement basse et qui, à partir de 1000 degrés, retrouve une très grande affinité pour l’oxygène. Quelques auteurs (1) proposent de considérer l’oxyde d’argent comme ayant une stabilité thermiquement périodique, et se demandent même si l’absorption de l’oxygène à la température de la fusion du métal ne correspond pas à la formation d’une certaine dose d’oxyde qui resterait mélangé à l’argent et se décomposerait ensuite au-dessous de 1000 degrés.

L’argent, qui paraît avoir très peu d’affinité pour l’oxygène à la température ordinaire, s’oxyde cependant très rapidement en présence de certains composés très oxydants, c’est-à-dire dans lesquels l’oxygène est fixé avec peu d’énergie. On cite notamment l’acide azotique, qui transforme immédiatement l’argent en azotate d’oxyde d’argent. Mais il convient de remarquer que cette réaction s’explique surtout ici par la chaleur considérable qui se dégage dans l’union de l’oxyde avec l’acide azotique en excès. On peut alors isoler l’oxyde de sa combinaison en traitant la dissolution de l’azotate par une base alcaline qui dégage plus de chaleur que l’oxyde d’argent pour former un azotate.

On explique de la même manière l’action de l’acide sulfurique concentré sur l’argent.

D autres corps oxydants, tels que le nitrate ou le chlorate de potasse, dont les produits de décomposition ne pourraient pas s’unir à l’oxyde d argent formé, ne provoquent pas l’oxydation du métal. Le plomb argentifère peut ainsi être fendu dans un mouffle avec du nitre; le plomb s’oxyde complètement, tandis que l’argent reste inaltéré.

Oa vapeur d’eau est décomposée en petite quantité par l’argent fondu ; il se flégage alors de l’hydrogène, tandis que l’oxygène correspondant reste en dissolution dans l’argent. Ce phénomène, signalé pour la première fois par Régnault, nnutre dans les cas de dissociation de l’eau étudiés par Sainte-Glaire-Deville.

(t) Schutzenberger, Traite de chimie générale, t. I, p.

Dans ces conditions, l’eau .étant dissociée, ce n’est pas la vapeur d’eau, mais un mélange de ce corps avec un peu d’hydrogène et d’oxygène qui agit sur l’argent fondu, et celui-ci absorbe ce dernier gaz comme il l’absorberait s’il était seul

L’ozone humide, même très dilué, oxyde l’argent et le transforme en oxjdé d’argent noir. C’est même une des réactions les plus sensibles de l’ozone. Peutêtre se forme-t-il du peroxyde d’argent.

D’après Berthier, l’argent en poudre s’oxyde lorsqu’on le chauffe en présence du minium, de l’oxyde de cuivre (CuO), du bioxyde de manganèse, du sulfate et du nitrate de cuivre, du sulfate et du nitrate de plomb, de l’acide arsénieux.

L’argent ne se combine ni avec l’azote ni avec l’hydrogène, mais il donne directement des combinaisons avec le chlore, le brome, l’iode, le soufre le sélénium, le phosphore et l’arsenic ; avec les trois premiers, la réaction a même lieu à froid.

L’argent est sans action sur le sulfure de carbone à l’obscurité; à la lumière il donne un peu de sulfure d’argent.

Les alcalis caustiques et leurs carbonates sont sans action sur l’argent; on met souvent à profit cette inaltérabilité de l’argent dans les laboratoires, où l’on emploie des vases d’argent pour obtenir la fusion des alcalis.

Lorsqu’on chauffe l’argent précipité et divisé avec un excès d’acide chlorhydrique, on obtient un dégagement d’hydrogène et une formation de chlorure d’argent; cependant l'action est très lente.jllôme à froid elle se produit peu à peu et, en ajoutant beaucoup d’eau à l’acide, il se produit un trouble de chlorure. L’eau l’égale donne une réaction plus rapide.

Les acides bromhydrique et iodbydrique fournissent un dégagement sensible d’hydrogène et des cristaux de bromure etd’iodure identiques aux crislaux naturels. L’acide fluorhydrique est sans action.

L’acide azotique donne même à froid et en dissolution étendue du bioxyde d’azote et du nitrate d’argent. L’acide sulfurique concentré et chaud fournit du sulfate d’argent et de l’acide sulfureux ; en dissolution étendue il ne réagit pas, même à chaud.

L’acide çhromique aqueux donne, avec l’argent divisé, du chromate d’argent.

L’hydrogène sulfuré noircit immédiatement l’argent en présence de rhonndité et forme du sulfure d’argent. Cette réaction est très sensible ; on sait que les vases d’argent dont la surface a été polie se ternissent immédiatement et ’ deviennent bruns ou noirs sous l’influence de traces de ce gaz. Les sulfure* alcalins agissent de la même manière. Ces objets peuvent reprendre leur éc a primitif lorsqu’on traite leur surface par une lessive de potasse ou une dissou tion de permanganate de potasse.

Le sel marin en fusion attaque l’argent eu donnant un peu de d’argent. Au contact de l’air, l’eau salée dissout une certaine quantité à l’état de chlorure, en devenant elle-même alcaline. Il en est de même du ammoniac et du chlorure de potassium.

L’argent divisé se dissout à chaud dans le sulfate de sesquioxyde de fer, ® par refroidisssment, le sulfate d’argent formé se décompose en sel primitif. Le métal se dépose alors en formant une poudre cristalline fine.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

L’argent s’allie avec un grand nombre de métaux et forme avec la plupart de ces corps des alliages dont un grand nombre sont de véritables combinaisons, et dont plusieurs sont utilisées dans l’industrie. Les alliages d’argent et d’or, d’argent et de mercure, d’argent et de cuivre sont les plus importants. Il suffit, dans la plupart des cas, d’ajouter l’argent à l’autre métal en fusion. Les amalgames se forment dès la température ordinaire. Presque tous ces caractères font ranger l’argent dans la famille des métaux précieux, à côté du mercure et de l’or; cependant, nous verrons plus loin que d’autres considérations ont' déterminé beaucoup de chimistes à le placer à côté des métaux alcalins ; son oxyde, notamment, se comporte presque comme un alcali.

La plupart de ces réactions seront reprises dans les chapitres suivants, lorsque nous étudierons en détail les principaux composés auxquels elles donnent naissance. Pour terminer cette revue d’ensemble des caractères chimiques de l’argent, nous résumerons ici les données thermiques que nous possédons sur les principaux composés binaires de l’argent (1) :

Cal.

Ag sol. -[- O gaz. = AgO sol. 3,5

.4g2soi. + 03 gaz. = Ag203 sol. -t- 10,5

Ag sol. + Cl gaz. = AgCl sol. -f- 29,5

Ag sol. -j- Br gaz. = AgBrsol. amorphe, -j- 24,7 à 27,7

Ag sol. -1- Br gaz. = Agllr cristallisé. .. -f- 27,7

Ag sol. I gaz. = Agi amorphe. -j- 14,1 à 19,7

Ag sol. -j- I gaz. = Agi cristallisé. -j- 19,7

Ag sol.-j-S sol. = AgS sol. -j- 1,5

Ag sol. -j- Se sol. = AgSe amorphe. ... -j- 1,2

Ag sol. -j- Se sol. = AgSe cristallisé. .. -j- 2,6

Ag sol. + Cy gaz. = AgCy sol. -P 3,6

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