‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahierChapitre 27 sur 38 · PHOTOGRAPHIE · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIE

Bien qu’un article spécial de VEncyclopédie chimique soitréservéà la photographie (1), il est Impossible de ne pas mentionner ici une des applications les plus importantes des sels haloïdes d’argent. Nous éviterons de décrire les innombrables méthodes et recettes découvertes en photographie depuis un demi-siècle et qui ont porté cet art à un haut degré de perfection ; notre but est simplement de montrer les relations qui existent entre ces procédés et les propriétés chimiques des sels d’argent.

La réaction chimique fondamentale qui sert de base à la photographie est la réduction des sels haloïdes d’argent par la lumière.

Le premier photographe fut donc le médecin allemand Schulze, qui, en 1827, remarqua qu’en saturant par un excès de craie de l’acide nitrique tenant en dissolution un peu d’argent, la bouillie qui en résultait se colorait en noir dans les parties exposées à la lumière, tandis que celles qui restaient dans l’obscurité se maintenaient blanches.

Mais, avant de passer aux procédés qui permettent d’obtenir les épreuves photographiques actuelles, remarquons que l’explication théorique de cette expérience primitive est encore bien incomplète.

Ce n’est pas que la coloration à la lumière du mélange de craie et d’azotate d’argent soit un fait exceptionnel. Il est au contraire assez général. Ainsi le nitrate d’argent en présence des matières organiques telles que le papier, le cuir, la soie se colore de la même manière. Celte réaction s’observe aussi avec l’oxyde d’argent, le chlorure, le bromure, l’iodure et beaucoup de sels organiques de ce métal. D’autres composés, l’oxyde de plomb, celui de mercure, le cinabre, le calomel, etc., changent de couleur par une exposition plus ou moins prolongée à la lumière solaire ou artificielle. Ces modifications sont connues de tous les chimistes.

On sait aussi que ce résultat dépend de certaines conditions que l’expérience apprend à connaître mais n’explique pas. Ainsi la coloration du chlorure d’argent se produit aussi bien lorsque ce corps est pulvérulent que lorsqu’il est fondu ; on l’observe sur le sel sec ou humide, chaud ou froid, dans l’air comme dans le vide. Ou a remarqué qu’elle ne se produit pas en présence des sels de sesquioxyde de fer, de l’eau de chlore; que des traces de bichlorure de mercure la retardent, que de plus grandes quantités de ce corps s’opposent absolument à sa manifestation. Inversement, la présence d’un excès d’azotate

(1) La Photographie, par Pabfl.

d’argent et surtout d’une matière organique telle que la gélatine, le tanin, la morphine, etc., ou de certains chlorures comme le protochlorure d’étain, la rend beaucoup plus rapide.

On a supposé que la cause de cette coloration est une réduction du sel métallique, que le chlorure d’argent, que l’on peut chauffer au rouge sans décomposition, se transforme sous l’influence des rayons solaires en dégageant du chlore et produisant soit un mélange d’argent et de chlorure ordinaire, soit un nouveau chlorure contenant moins de chlore. Le même phénomène chimique aurait lieu lorsque le bromure ou l’iodure d’argent se colorent à la lumière.

Ces transformations ont été étudiées surtout par H. Vogel (1) qui a constaté un dégagement de chlore et de brome pendant le changeinent de couleur du chlorure et du bromure. Le chlorure exposé à l’action de la lumière, sous une couche d’eau, met en liberté du cblore qui donne à l’eau une teinte jaune; à l’état sec, pendant qu’il noircit, il répand l’odeur du chlore. Il en est de même pour le bromure ; il suffit de disposer au-dessus de ce corps exposé à la lumière une feuille de papier ioduro-amidonnée pour constater la teinte bleue caractéristique.

Cependant H. Vogel, dans ses expériences, n’a pas pu vérifier quül se dégage de l’iode pendant ou après le changement de couleur de l’iodure d’argent à la lumière. De plus. Von Bibra n’a pu constater aucune différence de poids entre le chlorure d’argent blanc et le même sel noirci après insolation, ce qui indiquerait que la transformation chimique, si elle existe, ne porte que sur une très petite fraction de la matière.

Quoi qu’il en soit, même en admettant, comme on a l’habitude de le faire, les résultats annoncés par H. Vogel, on ne sait pas si le produit coloré, contenant moins de chlore que le chlorure d’argent primitif, est un mélange de ce corps avec de l’argent réduit, ou bien si c’est un sous-chlorure chimiquement défini. Dans cette dernière hypothèse, on ignore la véritable formule du sous-chlorure qui prend naissance, car nos connaissances sur le premier degré d’oxydation de l’argent sont encore bien vagues.

On voit par là que l’élude chimique du phénomène fondamental qui sert de base à la photographie est bien incomplète, et il est d’autant plus remarquable de constater les progrès rapides d’un art dont les fondements scientifiques sont si peu solides.

Malgré l’importance de ce phénomène de la coloration à la lumière des sels haloïdes d’argent, la photographie n’aurait pu acquérir son importance actuelle sans la découverte des agents fixateurs et sans l’emploi de la chambre noire.

Nous ne décrirons pas la chambre noire, dont les dispositions fondamentales sont bien crtinues ; elle permet de diriger sur le sel d’argent disposé sur une plaque en couche mince et uniforme seulement les rayons lumineux provenant des parties éclairées de l’objet à reproduire. Aucun autre rayon ne pouvant pénétrer jusqu’à la plaque, celle-ci donnera un dessin exact et négatif de l’objet; négatif parce que les parties lumineuses seront reproduites en noir

(t) Benchte, t. VI, p. 86 et 1302 et I. VII, p. 545 et 1635, et Bull. Soc. chim. [2], i. I, p. 471.

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plus OU moins foncé, et les autres indiquées sur la plaque par les portions inaltérées du sel d’argent.

Mais ce dessin, au sortir de la chambre noire, doit être fixé, c’est-à-dire qu’il faut enlever le sel d’argent qui n’a pas été impressionné et conserver à leur place les parties qui sont noircies par la lumière. On pourra alors conserver et examiner au grand jour l’épreuve obtenue. Ce résultat est obtenu eu faisant agir sur l’image un dissolvant du chlorure d’argent, tel que l’hyposulfite de soude dissous, et enlevant ensuite par des lavages l’excès de ce sel. Si l’on admet l’explication de FI. Vogel, on conçoit que l’hyposulfite puisse dissoudre entièrement le chlorure non modifié ; quant aux parties noircies, si elles sont constituées par un mélange d’argent réduit et de chlorure inaltéré, ce dernier sera enlevé, et l’argent restera en couches plus ou moins épaisses; si elles sont formées par un sous-chlorure, le phénomène sera le même, car ce nouveau composé se transforme immédiatement, en présence de l’hyposulfate, en argent réduit et chlorure ordinaire qui se dissout. La théorie de la fixation des images ne présente donc pas de difficultés spéciales.

Nous avons dit que les épreuves ainsi obtenues étaient négatives. Pour qu’elles donnent une image exacte de l’objet à reproduire, il était nécessaire de les transformer en épreuves posftû es, dans lesquelles les noirs et les blancs de l’objet seraient respectivement noirs et blancs sur l’image. Cette modification a fait entrer la photographie dans le domaine de la pratique, en 1839, sous le nom de daguerréotypie.

Cette première forme de la photographie a été peu à peu abandonnée ; cependant elle a été ressuscitée il y a quelques années, lors de l’observation du passage de Vénus.

La préparation du daguerréotype comprend les opérations suivantes :

1” Une plaque d’argent ou simplement argentée est soumise à la vapeur d’iode; elle se recouvre d’une couche uniforme d’iodure d’argent sensible à la lumière;

2° Elle est placée dans la chambre noire et impressionnée ;

3° Au sortir de la chambre noire, on la soumet à l’action de la vapeur de mercure ; cette vapeur se fixe sur les parties où l'iodure d’argent a été réduit et laisse les autres inaltérées;

4° L’iodure d’argent en excès est enlevé par i’hyposulûte de soude. Après lavage, l’image apparaît, formée d’un fond sombre d’argent poli avec des parties plus ou moins blanches constituées par l’amalgame.

Malgré la découverte de substances accélératrices, la lenteur de l’impression de la plaque à la chambre noire est le principal inconvénient de ce procédé. En outre, l’image est miroitante, et d’un effet peu agréable à l’œil.

11 ne peut être ici question des nombreux procédés imaginés dans le but de remplacer la plaque d’argent par des feuilles de papier impressionnables. Ce sont des méthodes intermédiaires. Arrivons immédiatement aux procédés actuels du collodion et du gélatino-bromure, sur plaques de verre.

Mais ici nous rencontrons encore bien des questions théoriques importantes auxquelles la science n’a pu donner encore de réponses satisfaisantes.

Et d’abord l’expérience apprend que la sen.sibililé à la lumière des sels haloïdes d’argent est très différente, suivant la nature des substances mélangées. Comme nous l’avons dit plus haut, on sait depuis longtemps que certains sels métalliques les rendent inaltérables ou retardent leur transformation, que d’autres exagèrent leur sensibilité. Mais ce sont surtout les substances organiques qui par leur mélange avec les sels d’argent permettent de réduire dans des proportions considérables le temps de pose. On s’est adressé successivement à l’albumine, au collodion, à la gélatine, puis, dans ces dernières années, à la gélatine émulsionnée.

S’il est difficile de s’expliquer les différences considérables que fournissent ces diverses substances, on peut au moins comprendre que ces composés organiques hydrogénés sont particulièrement propres à accélérer l’impression des chlorure, bromure et iodure d’argent par la lumière. En effet, le corps simple halogène (chlore, brome, iode) qui se dégage pendant l’impression doit s’éliminer d’autant plus rapidement qu’il rencontre, antérieurement mélangées, des substances ayant de l’hydrogène disponible et toujours prêtes à former des dérivés de substitution chlorés.

Mais l’emploi de ces substances a permis de découvrir deux faits tout à fait inattendus et dont l’explication est beaucoup plus hypothétique.

D’abord, il n’est pas nécessaire, lorsque le bromure (ou chlorure, ou iodure) d’argent est ainsi mélangé avec un de ces composés, que l’impression se prolonge dans la chambre noire jusqu’à ce que l’image négative apparaisse sur la plaque. Après leur exposition dans l’apparéil, les couches d’albumine, de collodion ou de gélatine bromurées ne portent aucune image visible. On "peut les conserver dans cet état pendant très longtemps; puis, lorsqu’on veut faire apparaître le dessin négatif, on fait agir sur cette plaque, en apparence homogène, un corps que l’on appelle développateur ou continuateur. Ce corps est du genre de ceux que l’on appelle en chimie des réducteurs, c’est-à-dire une substance passant facilement à un degré d’oxydation supérieur en présence de l’eau et mettant ainsi en liberté une dose d’hydrogène équivalente à celle de l’oxygène absorbé. On a recours à l’acide pyrogallique, au sulfate de protoxyde de fer, à l’acide oxalique. On conçoit que l’hydrogène, ainsi disponible, puisse se fixer sur le brome du bromure d’argent et achever la réduction de ce corps. Cependant il y a ici un fait très remarquable au point de vue chimique, et qui reste à peu près sans explication. On doit admettre d’abord que l’exposition très courte (quelques centièmes de seconde avec les nouveaux procédés) de la plaque sensible dans la chambre noire, a dû suffire pour produire une image, c’est-à-dire une réduction proportionnelle très faible dans les différentes parties de la plaque. Cette impression est tellement faible qu’elle n’est pas visible, même dans les portions qui correspondent aux détails les plus éclairés de l’objet. Puis, l’expérience prouve que l’action du liquide continuateur est proportionnelle à celle produite par la première transformation dans les autres parties de la plaque, c’est-à-dire beaucoup plus rapide dans les portions qui correspondent aux détails les plus lumineux de l’objet. Enfin, on constate qu’une plaque non exposée dans la chambre noire n’est pas influencée par ces liquides ; leur action a donc besoin d’être amorcée par la première impression

E.N'CÏCLOP. CHIM. 10

qui n’a pas cependant laissé de traces visibles, et ils n’agissent pas sur les parties qui correspondent aux détails absolument noirs de l’objet.

Tous ces faits sont certainement très mal expliqués. On doit à Moser et à Niepce de Saint-Victor un certain nombre d’expériences qui avaient pour but d’en donner la théorie et qui n’ont abouti qu’à faire connaître des phénomènes analogues aussi extraordinaires et aussi inexplicables.

C’est ainsi que Moser a remarqué, en 1842, qu’une surface polie qui a été en contact à certaines places avec d’autres objets, possède la propriété pendant un certain temps de fixer, soit chimiquement, soit mécaniquement, les vapeurs d’une manière différente aux places touchées et à celles qui ne l’ont pas été. Si Ton écrit sur une p.aque de verre avec une baguette de bois, qui n’en raye pas la surface, la condensation de l’haleine fait apparaître des caractères ; une pièce de monnaie, posée pendant quelques heures sur une plaque de verre ou de métal, laissera son empreinte que l’haleine fera apparaître sur le verre, les vapeurs d’iode ou de mercure sur le métal. Il n’est même pas nécessaire que l’objet touche la plaque ; il suffit du voisinage immédiat.

D’après Niepce de Saint-Victor, une plaque de verre ou d’acier dépoli, ta tranche d’une assiette de porcelaine fraîchement cassée, après quelques heures d’exposition au soleil, noircissent le chlorure d’argent dans l’obscurité absolue. Une gravure conservée pendant quelques jours à l’obscurité, et insolée pendant un quart d’heure, couverte à moitié par un écran opaque, donne à l’obscurité, lorsqu’on l’applique sur du papier sensible, une reproduction en noir des blancs de la partie insolée.

Il semble donc que la lumière peut ainsi être emmagasinée par certaines substances blanches ou de couleur claire. Mais l’explication de ces faits est encore fort incomplète.

En outre, la découverte du procédé actuel au gélatino-bromure a établi un autre fait aussi extraordinaire :

On prépare le gélatino-bromure en dissolvant dans de l’eau un bromure alcalin, de l’azotate d’argent et de la gélatine. Il se forme du bromure d’argent nsoluble qui reste en suspension dans la gélatine et de l’azotate alcalin que l’on élimine en lavant la gélatine prise en gelée après refroidi.ssement. Mais dans cet étal le bromure d’argent est très peu sensible aux rayons lumineux, bien que le mélange intime avec la gélatine ail déjà augmenté cette sensibilité. On doit le modifier physiquement par une opération particulière qui produit le mûrissement de la solution gélatineuse. C’est ce qu’on nomme Vémulsion. L’expérience à appris que ce traitement devait avoir lieu avant le lavage de la gélatine bromurée. Il consiste à faire agir la chaleur ou l’ammoniaque, le plus souvent les deux à la fois, sur cette substance. Après addition d’ammoniaque, on maintient la solution à 100 degrés pendant quelque temps, ou bien on l’abandonne pendant plusieurs jours à la température ordinaire. Peu à peu la sensibilité de la préparation augmente; on suit la marche du phénomène en étendant un peu du liquide sur une lame de verre et regardant la couche à travers une flamme éclairante de gaz ou de pétrole; elle paraît rouge au début,, puis bleue, et enfin gris-lavande. Cette dernière teinte correspond à une sensibilité beaucoup plus grande que la première.

Cette transformation n’est encore expliquée que par des hypothèses, mais sa découverte a permis de faire entrer dans la pratique courante les plaques au gélatino-bromure que l’on emploie aujourd’hui pour obtenir les épreuves instantanées.

Indiquons rapidement le principe des procédés au collodion et au gélatinobromure.

Le collodion est une dissolution de pyroxyle ou coton-poudre dans un mélange d’alcool et d’éther. On prend ordinairement 6 litres d’alcool pour 9 litres d’éther et 300 grammes de coton-poudre. Cette dernière substance est un dérivé nitré de la cellulose; les chimistes ont cru pouvoir distinguer plusieurs espèces de ses composés, suivant le nombre de groupes nitriques qu’ils contiennent. Les photographes ont proposé un grand nombre de procédés de préparation du pyroxyle pour collodion ; ils consistent presque tous à traiter le coton par un mélange d’acides azotique et sulfurique, ou d’acide sulfurique et de nitrate de potasse. Les proportions seules varient suivant les auteurs.

La dissolution de coton-poudre dans l’alcool éthéré doit être préparée à l’avance, parce qu’elle subit pendant les premiers mois une modification de nature encore inconnue après laquelle la liqueur s’épaissit un peu et donne des effets constants. Un collodion préparé depuis peu de temps fixe mal l’iodure qui est nécessaire pour le sensibiliser et donne des effets irréguliers. C’est encore un fait assez mal expliqué.

Le collodion est ensuite mélangé avec la liqueur d’iodure, c’est-à-dire avec une dissolution alcoolique de divers iodures et bromures. En général on n’emploie pas les chlorures, sauf dans certains cas spéciaux. Mais la nature, le nombre, et les proportions de ces iodures et bromures varient beaucoup. Ainsi on a proposé les solutions suivantes :

Y i Alcool à 82 degrés.

I lodure de potassium.

JJ ( Alcool à 82 degrés.

( lodure de cadmium.

Alcool à 82 degrés.

„ ) lo.lure d’ammonium.

■ I lodure de calcium.

V Bromure d’ammonium.

Alcool à 95 degrés.. . :...

, ; lodure de sodium.

■ ) lodure de cadmium.

\ Bromure de cadmium.

70 centimètres cubes.

2 grammes.

70 centimètres cubes.

70 centimètres cubes.

loi',2

Oo',7

275 centimètres cubes.

5 grammes.

Le mélange de collodion ioduré est étendu en couche mince et homogène sur une glace bien polie et propre; cette opération, toujours délicate, est rendue plus facile par l’emploi de certains appareils qu’on trouvera décrits dans les Traités de photographie.

Le collodion fait prise rapidement, par suite de l’évaporation partielle de l’alcool et de l’élher et forme au-dessus de la glace une couche solide, mais

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, encore molle et pâteuse, au bout d’une minute environ. C’est à ce moment que l’on procède à sa sensibilisation.

Elle s’opère en mettant la couche iodurée en contact avec une solution d’azotate d’argent. On prend par exemple :

Eau distillée. tOO centimètres cubes.

Azotate d’argent. 7»'',5

le sel d’argent devant être neutre ou légèrement acide; en aucun cas il ne doit être alcalin. Le contact ne doit durer qu’une minute environ. La couche devient opaline.

Le bain d’argent doit avoir été préalablement saturé d’iodure d’argent, ce qu’on obtient en y ajoutant quelques gouttes d’iodure de potassium, agitant et filtrant.

La plaque sensibilisée doit être, après l’action du bain d’argent, placée sur un support incliné où l’excès de liquide s’écoule; puis on l’introduit dans le châssis de la chambre noire. Le temps nécessaire à l’obtention de l’épreuve négative sur collodion ne peut être précisé. 11 varie d’une fraction de seconde à une minute. La sensibilité dépend de la nature du collodion, de la composition des liqueurs employées, de l’éclairage et de l’objectif de l’appareil.

Au sortir de ta chambre noire, le collodion ne porte encore qu’une image latente, qui doit être révélée, comme nous l’avons dit plus haut.

Les révélateurs les plus employés sont le sulfate de protoxyde de fer et l’acide pyrogallique. Les liqueurs qui contiennent l’un ou l’autre de ces réactifs peuvent avoir des compositions très différentes; elles doivent être acidulées par l’acide acétique ou l’acide formique, et d’une concentration déterminée. Les plaques y sont plongées d’un seul coup. En quelques instants on voit apparaître en noir les parties qui correspondent aux détails les plus éclairés de l’objet; les autres s’ajoutent peu à peu. C’est l’image négative.

Lorsque le dessin est suffisamment venu, on lave la plaque avec soin, puis on la fixe.

Le fixage de l’épreuve s’opère en trempant la plaque dans une dissolution de cyanure de potassium, de sulfocyanure d’ammonium, ou mieux d’hyposulfite de soude, qui enlève le chlorure d’argent inaltéré. La couche, jusqu’alors opaque ou translucide, devient peu à peu transparente.

On retire la plaque, on la lave, on la laisse sécher à l’air. Enfin on la vernit, pour rendre la couche plus résistante.

Le procédé que nous venons de décrire est au collodion humide. Il nécessite la préparation et la sensibilisation de la plaque au moment même où l’on doit en faire usage, ce qui est souvent un inconvénient. Pour le supprimer, on a proposé de remplacer ces plaques par des plaques au collodion conservé humide ou au collodion sec.

Pour conserver le collodion humide pendant plusieurs heures, et même pendant plusieurs jours, on peut ajouter au collodion une substance déliquescente ou visqueuse (miel, glycérine, etc.); pour préparer le collodion sec, on enlève avec soin l’excès de nitrate d’argent que peut retenir la gélatine, et on la

recouvre d’une couche préservatrice. Dans ces conditions, le collodion peut être conservé pendant assez longtemps sans perdre sa sensibilité photographique. Les procédés recommandés pour obtenir ces deux espèces de plaques sont très nombreux.

Mais, quelle que soit la méthode employée, elles présentent toutes ce caractère commun de donner des images sur collodion et des images négatives ou clichés.

Pour transformer ces dessins négatifs en épreuves positives, on emploie un procédé très différent de celui qui permet d’oblenir les daguerréotypes. Profilant de la transparence de la plaque de verre qui sert de support, on dispose sur l’image négative une feuille de papier sensible et sec, et on place le tout dans un châssis-presse. La lumière solaire pénétrant à travers le verre forme sur le papier des noirs dans les parties où il n’y a pas d’argent réduit; dans les autres son action est plus ou moins empêchée par le dépôt plus ou moins abondant de métal. Il en résulte des blancs et des gris, et le dessin se reproduit, en positif, sur le papier. Il suffit alors de fixer à l’hyposulfite l’image positive. Un seul cliché peut aussi fournir un très grand nombre de dessins.

Le papier sensible que l’on emploie est à grain très fin; il doit être au préalable albuminé, c’est-à-dire recouvert d’une couche d’albumine, puis trempé dans une dissolution de chlorure de sodium ou d’ammonium. Ces deux opérations peuvent même se faire en même temps. Enfin les feuilles de papier albuminées et chlorurées sont plongées dans un bain de nitrate d’argent. Le papier est séché dans l’obscurité.

Après l’exposition à la lumière sous le châssis, on lave à l’eau la feuille de papier pour lui enlever l’excès de nitrate d’argent qu’elle retient et l’acide azotique mis en liberté. Ensuite on la plonge dans un bain de chlorure d’or qui a pour effet de transformer la teinte rougeâtre du dessin en une teinte plus ou moins violacée ou grise. On emploie de préférence une liqueur ayant à peu près la composition suivante :

Eau. 1000 grammes.

Azotate de soude fondu. 30 —

(fiilorure d’or ou clilorure double d’or et de potassium. 1 —

La coloration de l’image se modifie rapidement au début, surtout lorsque le bain d’or est récent. Après quelques minutes, le dessin a pris la teinte bleue ou violette que l’on désire obtenir. On lave la feuille de papier, et on la plonge dans le bain d’hyposulfite :

Eau. 1000 grammes.

Hyposulfite de soude. 250 —»

On laisse agir pendant plusieurs minutes, ordinairement dix minutes. Puis on retire l’épreuve positive et on la soumet pendant plusieurs heures à des lavages au moyen d’un courant d’eau froide. Enfin on la laisse sécher.

Le procédé au gélatino-bromure ne diffère du précédent que par la prépa-

ration de l’émulsion; les moyens employés pour révéler ou développer l’image négative, pour la fixer, et pour obtenir les épreuves positives sur papier sont les mêmes.

Nous indiquerons seulement ce que présente de particulier ce procédé au point de vue de la préparation et du mûrissement de l’émulsion.

On fait quatre solutions différentes (1) :

1» Eau distillée. 250 centimèlres cubes.

Nitrate d’argent. 50 grammes.

.\mmoniaque. En quantité suffisante pour redissoudre le précipité formé.

2“ Eau distillée. 250 centimètres cubes.

Bromure d’ammonium. 40 grammes.

lodure de potassium. i —

3" Gélatine tendre. 50 grammes.

Trempée pendant une heure ou deux, rincée, puis égouttée et fondue dans son eau d’absorption.

4“ Gélatine dure. 25 grammes.

Ammoniaque. 25 centimètres cubes.

Cette gélatine est fondue comme la précédente, puis on y ajoute la quantité d’ammoniaque indiquée.

On mélange à basse température la solution 2ài/6 de la solutions. La gélatine devra être aussi froide que possible sans cependant faire prise. On agite vivement, puis on ajoute dans l’obscurité la solution 1 froide. On agite et on maintient au bain-marie à 35 degrés pendant une demi-heure ; enfin on ajoute la solution 4 et on continue de chauffer à 35 degrés pendant un qu<art d’heure.

A ce moment l’émulsion est faite; le bromure d’argent formé reste en suspension dans la liqueur gélatineuse. Si on étend un peu de cette émulsion sur une lame de verre et qu’on regarde à travers une flamme blanche de gaz ou de pétrole, la couche paraîtra d’un rouge orangé. A ce moment le bromure est encore peu sensible; il le devient beaucoup plus par le mûrissement qui le modifie physiquement.

Le procédé le plus simple pour mûrir l’émulsion consiste à la verser dans une cuvette en couche de 2 à 3 centimètres et à l’abandonner à elle-même dans la plus complète obscurité. Elle se modifie peu à peu, et chaque jour on en étend un fragment sur une lame de verre et on observe qu’elle apparaît devant un bec de gaz d’abord rouge orange, puis bleu verdâtre, bleu foncé et enfin grislavande. Cette dernière teinte indique le maximum de sensibilité. L’émulsion est alors lavée, filtrée, puis étendue sur la plaque. On abrège beaucoup le mûrissement de l’émulsion en la maintenant au bain-marie de 95 à 105 degrés ; la transformation s’opère alors en quelques heures.

La sensibilité des plaques au gélatino-bromure est beaucoup plus grande que

0) D’après Fabre-Domergue, Guide du photographe (Bibliothèque des actualités industrielles), p. 7 etsuiv. (1888).

celle du collodion, mais très variable; le temps de pose est réduit de 5 à 100 fois. Elles permettent d’obtenir aisément, avec des objets bien éclairés, des épreuves instantanées en ,4 ou même ào de seconde.

Les détails précédents donnent une idée des principales opérations do la photographie et des procédés les plus employés aujourd’hui. Les traités spéciaux devront être consultés si l’on veut connaître les mille précautions très minutieuses qui sont indispensables pour obtenir de bonnes épreuves; on y trouvera aussi des détails sur l’emploi récemment recommandé de l’iiydroquinon comme révélateur, et aussi sur l’héliogravure, la photolypie et le procédé au charbon.

ENCYCLOPfiDlE CHIMIQUE.

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