‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahierChapitre 26 sur 38 · ARGENTURE DES PLAQUES OU LAMES DE VERRE · texte numérisé non relu

ARGENTURE DES PLAQUES OU LAMES DE VERRE

I a. Argenture des glaces et miroirs.

Cette opération peut être substituée à l’étamage des glaces au moyen de l’amalgame d’étain, et remplacer une des fabrications les plus dangereuses pour la santé des ouvriers.

On se propose de recouvrir le dos de la glace d’une couche brillante d’argent; cette couche vue à travers l’épaisseur de la .glace forme miroir, comme il arrive pour les glaces étamées.

On sait, depuis les travaux de Liebig, que l’aldéhyde a la propriété de réduire les dissolutions ammoniacales des sels d’argent à l’état métallique et

(1) Le gratle-boesses, par corruption gratte-bosse ou graite-brosse, est un pinceau en fils de laiton parfaitement dressés et qu’on a solidement réunis en les serrant sur presque toute leur longueur âu moyen d’une ficelle qu’on enroule autour d’un manclie en bois; le bout du pinceau est coupé très net et très droit.

(2) Ce procédé n’est pas très employé, la couche protectrice étant toujours très mince et ne préservant pas Tobjét pendant longtemps. D’ailleurs, on rend les surfaces argentées beaucoup moins altérables en les plongeant, après le brunissage, dans une dissolution de borax, puis les exposant dans un moufle au rouge-cerise, et les trempant enfin dans une dissolution très étendue d’acide sulfurique et séchant.

de former une couche brillante qui adlière fortement au verre. Cette couche est très mince ; son épaisseur peut èire inférieure à 1/300 de millimètre ; les rayons solaires la iraversent en prenant une teinte bleue.

Les propriétés physiques de l'aldéhyde ordinaire s’opposant à son emploi industriel, on a songé à utiliser d’autres aldéhydes, telles que celles contenues dans les essences de tliym, ou de girofle. Enfin on a substitué à ces corps des compo.sés non aldéhydiqiies, mais alcooliques, très avides d’o.xygène comme les précédents, tels que le glucose ou l’acide tartrique. La théorie de ces phénomènes a été donnée dans la première partie de cette étude. La réduction s’explique aisément par l’oxydation simultanée du composé organique employé. On comprend moins bien pourquoi le dépôt métallique, au lieu d’être pulvérulent, ce qui est le cas ordinaire, apparaît sous forme d’une couche homogène et brillante. C’est un fait d’expérience.

.\près les premiers essais de Liebig, au moyen de l’aldéhyde, Drayton (1) proposa en 1843 l’emploi des essences de girofle ou de thym. Son procédé a été appliqué industriellement.

On commence par dissoudre dans 80 grammes d’eau distillée 40 grammes d’azotate d’argent pur et neutre. On y ajoute : 1® 5 grammes d’une liqueur faite avec 25 parties d’eau distillée, 10 parties de sous-carbonate d’ammoniaque et 10 parties d’ammoniaque marquant 13 degrés ;

2° 2 grammes d’ammoniaque à 13 degrés;

3» 120 grammes d’alcool à 36 degrés.

On abandonne ensuite cette liqueur à elle-mèine pour qu’elle s’éclaircisse. Après l avoir décantée et filtrée, on y verse une goutte à’espjit de cassia par gramme de liqueur (2). On agite le mélange et on le filtre au bout de quelques heures. Avant de le mettre en contact avec la glace à argenter, on y ajoute 1/78 d’esprit de girofle (dissolution de 100 parties d’essence de girofle dans oOO parties d’alcool à 36 degrés).

La glace que l’on veut argenter doit avoir été préalablement nettoyée avec de la cendre, lavée et séchée à 35 ou 36 degrés.

On applique sur la glace bien propre le mélange précédent en le chauffant à 40 degrés environ.

.\près deux ou trois heures, le dépôt est suffisamment épais; on décante la liqueur qui sert pour de nouvelles opérations; le dépôt d’argent est lavé et séché.

R. Wagner (3) a proposé en 1857 d’employer les essences de rose ou de camomille, en ayant soin de les purifier par le bisulfite de soude pour en séparer des matières résineuses.

Liebig a recommandé le procédé suivant (4) :

(1) Dingl. Polyt. Journ., t. XCII, p. .i72 ; t. XCIII, p. 137; l. XCVI, p 91 et t p. 292 et 458

(2) On donne ce nom à un mélange à parties égales d’alcool à 36 degrés et d’huile essentielle de laurus cassia. — La description de ce procédé est empruntée au Traité de chimie de Pelouzeat Fremy, t. III, p. 1189(1865).

(3) Jahresb. der Chem. Technol., 1858, p. 190.

(4) Wurtz, Dictionnaire de chimie, t. 1, p, 382, art. Argenture, et Journ Tùr vraht

L’/iem., t. LXVIll, p.316. ' ^

10 grammes de nitrate d’argent fondu sont dissous dans 200 grammes d’eau distillée et additionnés d’ammoniaque en quantité juste suffisante pour redissoudre le précipité. On ajoute peu à peu à la liqueur 450 centimètres cubes d’une lessive de soude bien exempte de chlorure et du poids spécifique de 1,035. Tl se produit alors un abondant précipité brun noir que l’on fait disparaître au moyen de quelques gouttes d’ammoniaque. Enfin on étend d’eau distillée le mélange jusqu'à ce qu’il occupe 1450 centimètres cubes. On y verse ensuite goutte à goutte une dissolution étendue de nitrate d’argent jusqu’à ce que la dernière goutte ajoutée y fasse naître un précipité permanent.

On prépare en outre une solution de 1 partie de sucre de lait dans 10 parties d’eau que l’on mélange immédiatement avant de s’en servir avec huit à dix fois son volume de la liqueur d’argent précédente.

La surface du verre doit avoir été soigneusement nettoyée et lavée à l’alcool ; on la place dans une cuve de manière qu’elle soit partout à 1 centimètre et demi du fond. Puis on verse la liqueur préparée dans la cuve, jusqu’à ce qu’elle baigne uniformément toute la surface inférieure du verre. La réduction commence immédiatement après l’addition du sucre de lait. Il se dépose sur le verre 2s'',2 d’argent par mètre carré ; le reste tombe au fond de la cuve ou s’attache à ses parois. On lave soigneusement la glace argentée avec de l’eau distillée et on la sèche en évitant de la frotter.

Pour préserver la couche métallique des accidents auxquels l’expose sa minceur excessive, Liebig la recouvre d’une couche de cuivre qu’il fait déposer par les procédés ordinaires de la galvanoplastie. La réussite de l’opération dépend de l’adhérence de l’argent, dont l’épaisseur doit être assez faible pour que l’on voie à travers le disque du soleil avec une teinte bleue d'argent.

Lüwe (1) propose de remplacer la dissolution de soude de Liebig par une liqueur de glucosate de chaux préparée en dissolvant dans 5 kilogrammes d’eau 50 grammes de sucre de raisin et 20 grammes de chaux vive. On l’ajoute à 1/G de son volume de la solution de nitrate d’argent ammoniacal exempte d’ammoniaque en excès.

Thomson et Mellish recommandent de laisser pendant deux ou trois jours en contact avec la glace une liqueur formée d’un mélange de 30 grammes d’ammoniaque, 00 grammes d’azotate d’argent, 90 grammes d’alcool et 90 grammes d’eau, et d’une dissolution de 15 grammes de glucose dans 500 centimètres cubes d’alcool étendu de 500 centimètres cubes d’eau.

llill (2) emploie de préférence comme réducteur le glucose avec un peu de mannite et d’éther. Massé se sert d’acide nitrique. Delamotte propose une solution potassique de coton-poudre, ou de nitro-mannite, ou encore d’acide nitropicrique.

Toutes ces recettes donnent de bons enduits, très brillants et sans taches lorsqu’ils sont récents. Mais peu à peu les glaces laissent voir des taches d’un brun rougeâtre, provenant de ce que l’argent en se précipitant à la surface du verre entraîne avec lui des corps qui se résinifient à la longue au contact de

(t) Dingl. Pohjl. Journ., t. CXL, p- 204.

(2) Ibid., t. CXL, p. 75.

l’air. On évite presque constamment cet inconvénient en employant le procédé suivant imaginé par Petitjean, et qui est exploité en grand à Paris et à Genève (1).

On prépare deux dissolutions argentiques; pour faire la première, on prend 100 grammes de nitrate d’argent que l’on traite par 02 grammes d’ammoniaque concentrée, de 0,870 à 0,880 de densité, et 500 grammes d’eau distillée. On filtre et on étend la solution de 10 fois son volume d’eau distillée, à laquelle on ajoute goutte à goulle, en agitant fortement, d’acide lartrique dissous préalablement dans 30 grammes d’eau distillée. C’est la liqueur n” 1.

La liqueur n” 2 est préparée de la même manière, sauf que la quantité d’acide tartrique doit être doublée.

Après avoir décapé la glace avec de la potée d’étain blanche, délayée dans de l’eau, que l’on étend sur toute la surface avec un tampon en peau de chamois, on laisse sécher. Quelques minutes après, on essuie avec une autre peau de chamois ou un linge doux ; la glace ainsi nettoyée est disposée sur un râtelier à claire-voie, et avec un rouleau ou cylindre en caoutchouc, baigné dans l’eau distillée, que l’on passe et repasse trois ou quatre fois sur la glace, on enlève tous les atomes de poussière qui pourraient rester attachés au verre, lequel doit être très pur et très propre, puis on place la glace sur une toile métallique chaulfée de 40 à 50 degrés, recouverte f'une toile cirée ou vernie.

La glace étant placée horizontalement, on verse sur toute sa surface la liqueur n” 1 (environ 3 millimètres d’épaisseur, et autant que la capillarité peut en retenir sur le verrej; au bout de sept à dix minutes, le dépôt commence à se former, et dix à quinze minutes après le travail est fait; la couche d’argent est parfaitement formée, et déjà l’opacité serait suffisante pour former une belle glace. On soulève alors la glace d’un côté, et on lave avec de l’eau ordinaire un peu tiède pour enlever la poudre non adhérente au verre.

Enfin on remet la glace dans sa position horizontale, et on y verse la liqueur n°2; en douze ou quinze minutes, le dépôt est complet; on lave encore en inclinant la glace, on fait sécher la couche d’argent, et on la recouvre d’une peinture composée de minium, d’huile siccative et d’essence; quatre à cinq heures après, la peinture étant sèche, on peut livrer la glace au commerce.

Cependant il vaut mieux recouvrir la glace d’une seconde couche de peinture pareille à la première, ce qui demande encore quatre à cinq heures pour le séchage.

On a remarqué dans ces opérations que l’acide tartrique qui a été insolé, ou qui est dissous depuis longtemps, est plus actif que celui dont la dissolution a été tenue à l’ombre ou récemment préparée.

Au lieu d’employer la double couche de peinture pour préserver le dépôt d’argent, on peut le recouvrir de cuivre par la méthode galvanoplaslique ordinaire (2).

Ce procédé Petitjean fournit des glaces très brillantes; même au bout de quelque temps il ne s’y forme pas de taches brunes comme lorsqu’on emploie

(1) Voy, E. Kopp. Piépertoire de chimie appliquée, t. I, p. 321 (1859).

(2) Liebig. Répertoire de chimie appliquée, 1. I, p. 322 (1859).

les aldéhydes. Mais la couche a toujours une légère teinte jaunâtre qui modifie d’une manière fâcheuse la couleur des objets. En outre, l’adhérence de l’argent au verre n’est pas très considérable ; aussi voit-on souvent dans des glaces qui reçoivent la lumière directe du soleil la couche d’argent se détacher du verre, sur une étendue plus ou moins grande, par suite de la dilatation de l’argent. On peut donner à ce métal une adhérence beaucoup plus parfaite et obtenir une teinte pareille à ceux des miroirs à amalgame d’étain, en versant sur le dépôt d’argent, dès qu’il s’est précipité, une dissolution étendue de cyanure de mercure dans le cyanure de potassium. Une portion de l’argent déplace du mercure qui amalgame immédiatement le reste. On recouvre ensuite la glace d’une couche de peinture ou de vernis.

b. Argenture des miroirs de télescopes.

Ici le but que l’on se propose d’atteindre est un peu différent. Il s’agit de recouvrir d’une couche extrêmement mince et très brillante d’argent un miroir de verre qui sert uniquement de support à l’argent. Ce n’est donc pas la face du dépôt qui touche le verre sur laquelle la lumière doit se réfléchir, mais la face extérieure. De là quelques différences dans les manipulations, le principe de l’argenture étant toujours la réduction du sel d’argent par un composé organique avide d’oxygène.

On argentait anciennement les miroirs de télescope par la méthode de Steinheil et Foucault, mais le procédé le plus employé aujourd’hui est celui de A. Martin (1), au sucre interverti. Nous croyons devoir le produire ici textuellement :

« On prépare quatre solutions qui, conservées isolément, ne subissent aucune altération :

« i” Une solution de 40 grammes de nitrate d’argent cristallisé dans 1 litre d’eau distillée ;

« 2° Une solution de 6 grammes de nitrate d’ammoniaque pur dans 100 grammes d’eau ;

« 3“ Une solution de 10 grammes de potasse caustique (bien exempte de carbonate et de chlorure) dans 100 grammes d’eau;

« 4° On fait dissoudre 25 grammes de sucre dans 250 grammes d’eau; on ajoute 3 grammes d’acide tartrique; on porte à l’ébullition, que l’on maintient pendant dix minutes environ pour produire l’inversion du sucre, et on laisse refroidir. On ajoute alors 50 centimètres cubes d’alcool, pour empêcher la fermentation de se produire plus tard, et on étend avec de l’eau pour former le volume de 1/2 litre, si l’argenture doit être faite en hiver, ou plus si l’opération doit être faite en été.

« Nous prendrons pour exemple d’argenture celle d’un miroir de 10 centimèlres’de diamètre. On verse à la surface du verre, que l’on a épousseté â l’aide d’un pinceau en blaireau, quelques gouttes d’acide nitrique concentré, et, à

(1) Les Mondes, t7 juin 1875, p. 285.

liO ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

l’aille d’un tampon de beau coton cardé, e.vempt de corps étrangers, on nettoie le verre avec soin, on le rince à l’eau et on l’essuie avec un linge fin bien propre. On fait ensuite sur la même surface un mélange de volumes à peu près égaux de la solution de potasse (n° 3) et d’alcool, et l’on s’en sert pour nettoyer le verre avec une touffe de coton. Ce liquide, de consistance un peu sirupeuse, a la propriété de mouiller le verre sans se retirer sur les bords, comme le ferait un autre liquide. Ou plonge la face ainsi couverte du miroir dans un vase contenant de l’eau de pureté moyenne; on la frotte bien avec un blaireau pour faire dissoudre la couche alcaline, et on renverse la surface nettoyée sur une assiette dans laquelle on a mis de l’eau pure, en ayant soin qu’entre la surface et le fond de l’assiette, il y ait au moins 1/2 cenlimètre d’épaisseur d’eau, ce que l’on obtient en soutenant le miroir avec trois petites cales de bois ou de baleine, et, par un léger balancement, on entraîne le liquide du lavage précédent.

<i Dans un verre à pied de grandeur convenable, on verse :

« 15 centimètres cubes de la solution de nitrate d’argent n” 1 ; 15 centimètres cubes de la solution de niirate d’ammoniaque n" 2.

«. Dans un second verre, on mélange :

« 15 centimètres cubes de la solution de potasse n" 3; 15 centimètres cubes de la liqueur de sucre interverti n” 4-, et on verse dans le premier verre.

« Ce mélange est introduit dans une petite assiette, et l’on y porte rapidement le miroir resté sous l’eau; on maintient ce dernier à 1/2 centimètre du fond, comme on l’avait fait pour l'eau, et l’on agite doucement d’une manière continue. Si les liquides ont été bien préparés, la transparence du mélange n’est pas altérée lorsqu’on y verse le mélange de potasse et de sucre. Ce liquide définitif doit, au bout d’une demi-heure environ, se colorer en jaune rosé, jaune brun, puis noir d’encre. A ce moment l’argent commence à se déposer sur les bords de l’assiette avec une couleur de platine; le verre s’argente ensuite, suivant une couche bien régulière, sans marbrures prononcées; on continue à agiter de temps à autre, et, lorsque le liquide, qui est devenu trouble et grisâtre, se couvre de plaques d’argent, l’opération est terminée. On retire le miroir, on le lave avec soin sous un filet d’eau suffisamment abondant, et, après avoir passé rapidement de l’eau distillée à la surface, on le laisse bien sécher sur la tranche en l’appuyant sur des doubles de papier buvard. La surface apparaît alors brillante et recouverte seulement d’un léger voile que l’on enlève très facilement à l’aide d’un tampon de peau de chamois portant un peu de rouge fin d’Angleterre. Mais, si la potasse est bien décarbonatée, et le nettoyage de la surface bien fait, l'argenture est parfaitement brillante et polie sous ce voile, et il n’y a pas lieu d’insister sur le frottement au tampon.

« Les principaux accidents qui peuvent se produire par suite de titrage inexact des liquides sont le^ suivants ; Si, dans le mélange des solutions de nitrate d’argent et de nitrate d'ammoniaque, la quantité de ce dernier est insuffisante, il se fera un précipité brun lorsqu’on ajoutera le mélange de potasse et de sucre. Si elle est en excès, le liquide définitif reste bien limpide, il est vrai, mais il se colore en passant par des tons violacés ; la lumière blanche réfléchie à la surface de séparation du verre et du liquide, avant que l’argent apparaisse.

est colorée en violet, et l’argenture qui se produit alors est tardive, très mince, terne, jaune par transparence, et n’arrive jamais à épaisseur suffisante. Lorsque la solution ammoniacale est bien titrée, l’image réfléchie a des tons bruns ; l’argenture se produit au bout de cinq minutes environ, et donne une couche bleue par transparence, bien brillante par réflexion, des tons verdâtres à la réflexion avec des marbrures persistantes, provenant d’un nettoyage insuffisant du verre. Aucun de ces inconvénients ne se présenle si l’on a suivi exactement la marche indiquée ci-dessus. La présence du carbonate dans la potasse peut, s’il est abondant, donner un précipité blanc qui se colore très rapidement lorsqu’on y verse le sucre; l’action réductrice se passe alors plutôt dans le liquide que sur la surface du verre; même en petite quantité, le carbonate donne des plaques mates sur l’argenture, et le tampon ne les polit jamais bien.

« Le degré de concentration de la solution de sucre a aussi de l’importance. Si elle est trop faible, l’action est lente et incomplète; mais il est facile d’augmenter la dose pendant le cours même de l’opération. Si elle est trop forte, l’action est trop rapide et se passe surtout dans le liquide; elle est difficile à modérer. Il y a toujours lieu de faire un essai préliminaire, attendu que la concentration du réducteur doit être en rapport .avec la température extérieure.

« Enfin, il faut éviter, quand on sort le miroir de l’eau pour le plonger dans la liqueur à argenter, que l’eau ne se retire du bord; il eu résulterait sur celui-ci des taches d’argent mat et non adhérent à la surface. »

A. Martin décrit .aussi, dans le même mémoire, l’opération appelée par Foucault la demi-argenture. La surface extérieure de la lentille de verre qui a reçu cette demi-argenture réfléchit vers l’espace la plus grande partie des rayons calorifiques, tandis que les r.ayons lumineux continuent leur route pour donner naissance à l’image ordinaire. La température de rim.age du soleil fournie par une lunette est alors assez peu élevée pour qu’un verre coloré, destiné à éteindre à volonté l’intensité lumineuse, ne puisse être altéré, comme cela aurait lieu avec un objectif non argenté.

D’après A. Martin, on peut obtenir cette demi-argenture avec le procédé qu’on vient de décrire, en arrêtant l’opération au moment où l’argent commence à apparaître sur le verre; on retire celui-ci du bain, on le Lave bien à l’eau distillée, et l’on fait sécher; mais il ne faut pas alors appliquer le tampon. Quelques essais permettront de reconnaître le moment où le verre doit être retiré du bain, pour donner une argenture qui réfléchisse une quantité de lumière plus ou moins considérable aux dépens de la lumière transmise.

L’argenture de la porcelaine, du parchemin et du papier s’opère par des procédés très différents, généralement avec l'argent en coquille. On obtient ce produit en broyant des rognures ou des feuilles d’argent sur une glace avec du miel ou une dissolution épaisse de gomme arabique, qu’on sépare ensuite avec de l’eau chaude. L’argent très divisé qui reste est ordinairement déLayé dans une solution concentrée de gomme arabique, et étendu en couches minces dans des coquillages. Pour l’enluminure, on le met en suspension dans un peu d’eau et on l’applique au pinceau sur le papier ou le p.archemin; pour la peinture sur porcelaine, on ajoute un fondant et l’on porte au four. Dans tous les cas, la couche d’argent mate doit être traitée par le brunissoir qui la rend brillante.

Page 1