I. PROPRIETES GENERALES
L’or est un des métaux les plus inaltérables. L’air, l’eau, l'oxygène pur et même l’ozone sont sans action sur lui, ainsi que les acides sulfurique, chlorhydrique et azotique, mais il est attaqué par Taci te sélénique, qui se transforme en acide sélénieux, ainsi que par l’acide iodhydrique, ce dernier n'agissant toutefois qu'en présence de l'éther (Nicklès). Un mélange d'acide chlorhydrique et d’acide azotique, mélange auquel on donne le nom d'eau régale, l'attaque avec rapidité et le transforme en chlorure; d'une manière plus générale, cette réaction est produite par le mélange de l’acide chlorhydrique avec les acides oxygénés tels que les acides chromique, sélénique, etc., capables de lui faire dégager du chlore. Les acides iodhydrique et bromhydrique mêlés avec l’acide azotique donnent également des eaux régales qui dissolvent l’or en le transformant respectivement en iodure et bromure.
L’or est attaqué directement, même à froid, par le chlore à l’état de gaz ou en solution aqueuse, ainsi que par le brome; mais l’iode est sans action à froid et exige l’intervention de la pression, de la lumière solaire et d’une température de 50°. Il est attaqué également, d'après Nicklès, par les perchlorures, perbromures et periodures instables, particulièrement lorsqu'ils sont éthérés; toutefois le perchlorure de fer, pourvu qu'il soit exempt de chlore libre ou de vapeurs nitreuses, n’agit sur l’or ni à chaud ni à froid.
En obtient encore la dissolution de l’or, surtout à l’état pulvérulent, en faisant agir, à chaud, un mélange d’acide sulfurique et d’acide azotique concentrés; mais la dissolution laisse le métal se précipiter dès qu'elle est étendue d’eau. L’eau oxygénée, additionnée d'acide chlorhydrique, dissout également l’or (Eairley).
Enfin, on peut opérer la dissolution de l'or en employant une lame d’or comme électrode positive et une lame de platine comme électrode négative, dans Téleclrolyse d'un mélange de 4 parties d'acide sulfurique et de 1 partie d’acide azotique. D’après Berthelot, en se servant d’une lame d’or comme électrode positive dans l'électrolyse de l'acide sulfurique étendu, l'or se dissout et se dépose au pôle négatif sous forme d'une poudre brune, composée d’or et d’oxyde sous-aureux. Dans les mêmes conditions, l’or est dissous par l'acide azotique et se dépose sous forme d'un précipité violet au pôle négatif, mais il n’est attaqué ni par l’acide phosphorique étendu ni par les liqueurs alcalines (Berthelot).
L’OR
Les alcalis en fusion attaquent l’or au contact de l'air ; le nilre fondu l’attaque également, môme à l’abri de ce contact; en revanche, les chlorates alcalins sont sans action sur lui.
L’or ne se transforme en sulfure que sous l’influence des persulfures alcalins, le soufre libre et l’hydrogène sulfuré n’ayant pas d’action sur lui, ni à froid, ni à chaud.
Le phosphore, l’arsenic et l’antimoine se combinent, au contraire, avec lui à chaud; enfin il est encore attaqué, par voie de fusion, à l’aide des borates et des silicates alcalins.
L’or précipité est légèrement soluble dans une dissolution de sels de fer au maximum.
A côté de ces actions immédiates et rentrant dans le cadre ordinaire des opérations de laboratoire, l'or subit encore des actions, en quelque sorte infinitésimales, de la part d’une foule de corps, lorsque ces actions se prolongent pendant un temps extrêmement long.
Ainsi, Sonstadt a reconnu que l’eau de mer contient de l’or, en certains points du moins, dans une proportion évaluée par lui à 1 grain par tonne, correspondant à une valeur d’environ 20 centimes par mètre cube.
D’autre part, de récentes expériences, faites par T. Eggleston, ont montré que le nombre de ces actions était beaucoup plus considérable qu'on ne l’avait supposé jusqu’ici, et que, malgré son inaltérabilité apparente, l'or était attaqué, à la longue, par une certaine quantité de sels dans lesquels, jusqu’à présent, on l'avait considéré comme insoluble.
Tels sont, en commençant par les corps dont l'action est le plus intense, le bromure de potassium, l'iodure de potassium, l’acide azotique, l’azotate d’ammoniaque ; un résultat analogue a été obtenu : à froid, avec un mélange de nitrate d’ammoniaque et de chlorhydrate d’ammoniaque, avec le sulfure de potassium et le cyanure de potassium ; à chaud, avec le sulfhydrate d’ammoniaque et le sulfure de sodium.
Dans la même série d’expériences, T. Eggleston a montré quelles étaient les actions qui pouvaient précipiter l'or de ses combinaisons, en dehors des réactifs et des réducteurs ordinaires de la chimie. Ce sont les matières organiques contenues dans l'atmosphère ou dans les eaux courantes, et même celles qui se trouvent à l’état fossile dans l'écorce terrestre. La lumière facilite d'ailleurs ces réductions, et augmente dans de notables proportions leur rapidité. Nous aurons à revenir sur ces intéressantes expériences à propos de la formation de l’or dans les placers.