INTRODUCTION
L’or se rencontre dans la nature à l’état natif avec toutes les qualités qu en ont fait, depuis une longue série de siècles, le métal précieux par excellence, celui auquel on applique la dénomination caractéristique de roi des métaux.
Aussi a-t-il, de tout temps, éveillé l’attention de l'homme et trouve-t-on des traces de son usage, non seulement dans les plus anciens documents de l'histoire, mais encore dans les restes légués par les temps préhistoriques, restes dans lesquels il est associé au cuivre et au bronze, et inaugure la première étape de la civilisation naissante.
Mais, tandis que le bronze et le cuivre étaient principalement affectés à la fabrication des armes et des outils exigeant de la résistance et de la dureté, l’or était réservé pour la parure et l’ornementation, et ses qualités essentielles, 1 inaltérabilité dans le temps comme dans l’espace, l'éclat et la malléabilité lui permettaient de prendre la première place dans les ébauches primitives do 1 art à son enfance, en attendant qu’il devint l’instrument de l’échange et le symbole de la richesse.
Toutefois, c’est surtout à partir du moment où les souvenirs de l’humanité sont fixés par l’histoire que nous pouvons mesurer, avec quelque précision, l'importance croissante que l’homme a attachée à l'usage et à la recherche de l’or.
On peut môme dire, à cet égard, que chacune des grandes phases de la civilisation a correspondu à un développement fortuit ou voulu de l’exploitation de ce métal précieux.
La race chinoise, qui la première a donné l’essor à l'industrie et créé les manifestations initiales de l'art, ou qui, tout au moins, possède les annales historiques les plus anciennes, est aussi celle qui nous fournit les premiers documents authentiques sur l’exploitation, l’élaboration et l'usage de l’or.
Nous savons ainsi que vingt-cinq siècles avant l’ère chrétienne l’empereur Hoang-Ti ordonna l’exploitation de l’or dans les montagnes de Kalou et de Yung- Hou et se servit de ce métal pour la fabrication des monnaies.
Vers les mêmes temps, les divers rameaux de la race sémitique, dans les centres multiples de leur prodigieux empire, ont associé l’or à toutes les manifestations de la puissance humaine comme & toutes les glorifications de la
divinité. Des populalions d'esclaves allaient extraire des alluvions de l’Inde, de l’Altaï et de l’Afrique équatoriale, les pépites et les parcelles d’or natif que d’habiles artisans et de merveilleux artistes accumulaient et répandaient à profusion, sous les formes les plus variées, dans les fabuleux trésors des temples de Khorsabad, de Ninive, de Thèbes, de Memphis et de Jérusalem.
Si l’interprétation que nous donnons aux textes anciens est exacte, l'or devait même se présenter, dans certaines régions privilégiées, avec une abondance relative telle que sa valeur ne différait guère de celle du bronze, car Hérodote nous raconte que, sur la côte occidentale de la Lybie, c’était avec des chaînes d’or que l’on attachait les esclaves et les prisonniers.
Quoi qu’il en soit de cette légende, les témoignages de l'exploitation active de l’or à cette époque abondent dans tous les auteurs qui ont fixé les souvenirs de ces lointaines périodes.
Strabon parle de l'exploitation des mines d'or dans l’ile de Meroë et de celle des mines d’or et d’argent situées sur le territoire de Sopeithès dans les Indes : Agatharsidès de Gnide cite les mines de l'Altaï, exploitées successivement par les Éthiopiens, les Mèdes et les Perses.
Dès cette même époque, la race aryenne inaugurait, dans l’Inde et sur les rives de la Méditerranée, le merveilleux développement dont les manifestations artistiques et philosophiques tiennent aujourd’hui encore la première place dans le patrimoine intellectuel de l'humanité.
Sous son influence, l’utilisation de l’or reçut une impulsion nouvelle, et le mythe héroïque de la Conquête de la Toison d'Or dans la Chersonèse cymbrique par Jason et les vaillants Argonautes est une saisissante image de la place importante qu’occupait la possession du métal précieux, si même il n’est pas, en outre, la révélation du procédé primitif employé pour l'extraction de l’or des graviers aurifères, procédé qui devait être ressuscité, trente siècles plus tard, par le lavage au blanketl dans les placers de l’Australie et de la Californie.
Grands amateurs de merveilleux et plus artistes qu’industriels, les Grecs urent moins des exploitants de mines que des orfèvres incomparables, qui surent tirer, surtout après l’épanouissement de leur influence en Orient, à la suite des fabuleuses conquêtes d’Alexandre, un admirable parti des richesses que la race sémitique avait accumulées ou préparées au moment de l'apogée de sa puissance, et dont elle continuait à utiliser les sources dans le monde entier par l’intermédiaire des Phéniciens, les plus aventureux de ses fils.
Les temples de Délos, de Delphes, de Thèbes et d'Ephèse reçurent à leur tour les richesses autrefois entassées dans les sanctuaires sémitiques. Grâce à cette accumulation, à laquelle venaient s'ajouter d’importantes réserves monétaires, ils devinrent de véritables trésor d’État et purent même jouer le rôle de Banques de Dépôts et de Crédit, les grandes transactions commerciales entre les différentes parties de la Grèce et l’Asie Mineure s'effectuant — ainsi qu'il ressort de découvertes toutes récentes — à l’aide de versements opérés dans ces temples qui délivraient, en échange, de véritables lettres de crédit sur les autres sanctuaires.
Bien différente fut l'action des Romains, cette race privilégiée issue du croisement des populations sémitiques de l’Étrurie, des peuplades autochtones des