‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 16e cahierChapitre 24 sur 92 · A. AZOTATES · texte numérisé non relu

A. AZOTATES

azotates simples. — Pelletier a montré qu’eu traitant l’hydrate aurique par de l’acide azotique concentré, on obtenait une dissolution jaune-brun d'azotate aurique. Cette dissolution est très instable ; elle se dédouble en hydrate aurique et en acide azotique, sous l’influence de la chaleur ou par addition d’eau. D’après Fremy, celte dissolution ne saurait être considérée comme une véritable combinaison saline d’acide aurique et d’acide azotique, car, soumise à l’évaporation dans le vide, elle n’abandonne pas de cristaux et l’acide aurique se dépose lorsque l’excès d’acide azotique s’est dégagé.

Plus récemment, Schotllænder a signalé l’existence d'azotates définis de sesquioxyde d’or et d'une série d'azotates doubles d’or et des métaux alcalins.

L’Azotate protohasique de sesquioxyde d’or, Au t 0 3 ,Az0 s -|-nH0, se présente sous forme d'une masse noire, brillante, que l’on obtient en faisant digérer, à 100°, l’hydrate aurique dans une solution d’acide azotique à 1,40 de densité, puis en évaporant dans le vide, en présence de la chaux sodée.

L’Azofate acide de sesquioxyde d’or, Au*0 5 ,r»AzO s 4- Az0 5 ,H0 ou Au’0 ! ,H0,4Az0 5 se présente en cristaux volumineux octaédriques, se décomposant sous l’action de l’eau pour donner de l'hydrate aurique. Il fond à 72°i en donnant une masse noire qui paraît être le sel neutre. A 100° il perd la moitié de son poids et donne un sel basique de couleur brune, pouvant être représenté par la formule Azü’.SAuW-f-2IIU. A 180° il se décompose partiellement et donne de l’or métallique.

Pour le préparer, on dissout l’bvdrate aurique dans de l’acide azotique à

1,49 de densité, en chauffant au bain-marie vers d00° environ. Lorsque la liqueur est devenue claire, on la décante et on la place dans un mélange réfrigérant : l’azotate aurique se dépose lentement en cristaux volumineux.

azotates DOUBLES. — L’azotate aurique forme, avec les azotates des métaux alcalins, deux séries de sels doubles : des sels neutres et des sels acides, que l’on peut représenter respectivement par les formules générales : M0,Au s 0 3 ,4Az0 s et M s 0 î ,Au ï 0 5 ,5Az0 s 4- AzO s ,HO.

Les sels neutres prennent naissance toutes les fois qu’on fait réagir, à chaud, un équivalent d’azotate acide de sesquioxyde d'or sur un équivalent d’azotate alcalin, en présence d’une faible quantité d’acide azotique concentré. Lorsque la proportion d’azotate alcalin dépasse celle qui est exigée pour la formation du sel neutre, il y a production de sel acide, mais en proportions variables suivant la densité de l’acide azotique en présence duquel on opère et suivant la quantité d’azotate alcalin introduit dans la liqueur.

C’est en se plaçant dans ces diverses conditions que Schottlænder, à qui nous empruntons tous ces détails, est parvenu récemment à préparer les azotates doubles d’or et d'ammonium, d’or et de potassium, d’or et de rubidium, d’or et de thallium : il n’a pu réussir, tout en opérant de la même manière, à obtenir des sels analogues avec les azotates de sodium, de magnésium, de zinc, de nickel et de cobalt.

L’Azotate neutre double d’or et d’ainnioniiini, AzH*0,Au*0 s ,4Az0 s , se présente en beaux prismes jaunes et transparents. Il est stable à la température ordinaire, mais déliquescent. Sa dissolution dans l’acide azotique, chauffée longtemps à 100°, devient brune, puis se décompose en laissant déposer une poudre brune amorphe, en même temps qu’on observe un léger dégagement gazeux. Cette poudre, traitée par de l’acide azotique à 1,5 de densité, devient jaune d’ocre; elle présente, d’après Schottlænder, la composition : Au s AzH*0,Az0 s H0, et pourrait être envisagée comme un azotate de (liaurosamine.

Sous l’influence de la chaleur cette poudre se décompose en faisant explosion.

L’eau bouillante la décompose également, en donnant de l’acide azotique et une poudre jaune essentiellement explosible.

L’Azotate acide double d’or et d'ammonium, 2(AzIl'0), Au’O 5 , 5Az0 5 -l-Az0 5 ,H0, se présente en grandes tables rhomboïdales ou en petits feuillets rhombiques de couleur jaune pâle. Sa dissolution dans l’acide azotique, chauffée à 100°, se décompose avec un léger dégagement gazeux et laisse déposer une poudre brune de même composition que celle que l’on obtient, dans les mêmes conditions, avec le sel neutre.

L’Azotate neutre double d’or et de potassium, KOjAuW.AAzO 5 , se présente en cristaux rliomboédriques jaune d’or et très brillants. On le prépare, comme tous les sels neutres, en faisant réagir, à chaud, un équivalent

L’OR. 55

d azotate de potassium sur un équivalent d’azotate aurique, en présence d’une faible quantité d'acide azotique concentré; par évaporation dans le vide sur la chaux sodée, la liqueur laisse déposer les cristaux de sel double.

L’Azotate acide double d’or et de potassium, 2KO,Au ! O s ,5AzO s + AzQ 5 ,II0 se présente en prismes courts, d’une couleur vert pâle, se décomposant sous l’action de l'eau.

On l’obtient en faisant réagir 2 parties de salpêtre sur 1 partie d’azotate aurique acide, en présence d'une petite quantité d’acide azotique pur, puis évaporant la liqueur dans le vide sur la chaux sodée. Schottlænder a montré que c e sel exige, pour se former, une proportion d'azotate de potasse croissant avec la densité de l’acide azotique en présence duquel on opère. Ainsi, avec un acide à 1,4 de densité, le sel acide double commence déjà à se former lorsqu’il y a un peu moins de 2 équivalents de salpêtre en présence de 1 équivalent d’azotate aurique acide, tandis qu’avec un acide à 1,5 de densité il faut au moins 5 équivalents de salpêtre pour 1 équivalent d’azotate aurique.

En dissolvant l’azotate acide double dans de l’acide azotique concentré, Schottlænder a obtenu, cristallisé en petits prismes à 4 pans, un sel intermédiaire répondant à la formule 2[K0,Au*0 5 ,4Az0 s | -|- 2KO,Au*0 3 ,5AzO s + Az0 5 II0.

L’Azotate neutre double d*or et de rubidium, Rb0,Au*0 5 ,4Az0 s , se présente en cristaux jaunes et transparents et se prépare comme le sel neutre de potassium.

L’Azotate acide double d’or et «le rubidium, 2RbO,Au , O s ,5AzO s -+- Az 0 5 ,II0, se présente en petits feuillets rhombiques ou en prismes à 6 ou 8 pans de couleur jaune clair. 11 se prépare comme le sel acide de potassium.

1/Azotate neutre double d'or et de thallium, TlO.Au’CF.AAzO 5 , se prépare comme les autres sels neutres et s’obtient cristallisé sous forme de petits prismes hexagonaux de couleur jaune verdâtre. Si l’on fait agir sur l'azolate aurique un excès d’azotate thalleux, on obtient de l’azotate thallique et de l’or métallique :

3(T10,Az0 5 ) + 2(Au*O s ,5AzO s ) = 3(T10 s ,3Az0 s ) -t- 4Au.

Cette réaction montre que l’on ne saurait obtenir l'azotate acide double d’or et de thallium en suivant le mode général de préparation des autres sels acides, et, de fait, Schottlænder n’a pu réussir à le préparer. Ce même chimiste a obtenu un azotate basique double d’or et de thallium 6Au , 0 5 ,2T10 5 ,3Az0 5 ,15H0, en décomposant par l’eau l’azotate thallique en présence de l'azotate aurique acide.

B. SULFITES

Les sulfites alcalins agissent sur les aurates alcalins pour donner des sels doubles que l'on envisage : tantôt comme des sulfites ou des liyposulfites doubles, tantôt, au contraire, comme des composés de constilulion spéciale auxquels on a réservé le nom d'aurosulfiles.

Sulfite double d’aurosainmoiiium et d’ammoniaque — Ce sel

se présente, d’après Haase, en petites tables rhomboïdales blanches et soyeuses.

IL est stable en présence de l’ammoniaque qui le dissout en partie, à chaud, et le décompose, à l’ébullition, en précipitant de l’or métallique. 11 est difficilement soluble dans l’eau pure qui, par une action prolongée, finit par le décomposer entièrement, en donnant de l’or métallique. Les acides le détruisent, en précipitant de l’or et en dégageant de l’acide sulfureux.

Pour le préparer, on verse goutte à goutte une solution neutre de chlorure d'or dans une dissolution chaude de sulfite d'ammonium additionnée d’ammoniaque concentrée. 11 se produit d'abord un précipité d’or fulminant, qui se redissout ensuite dans la liqueur. En continuant à ajouter du chlorure d’or, on précipite le sulfite ammoniacal double et, par refroidissement, la liqueur laisse déposer encore une certaine quantité de ce sel.

Le précipité séché dans le vide répond, d’après Haase, à l'une ou l’autre des deux formules suivantes :

Azll*O.SO ! +3(AzH 5 Au0.S0 î )-|- 5110 2(Azll*O.SO l ) 4-5(AzII 5 Au 0.S0 s ) -4- 2 110;

c'est le sulfite AzIPAuO.SO* qui constitue le sulfite d'aurosammonium. On pourrait encore préparer le sulfite double auroammoniacal par l’action directe du sulfite d'ammonium sur l’or fulminant.

Aurosiiliito «le potassium. — Ce sel est connu sous forme de longues aiguilles jaunes, insolubles dans l'alcool et dans les liqueurs alcalines.

L’eau le décompose, surtout à l'ébullition, en donnant de l’acide sulfureux et une solution incolore qui laisse déposer de l'or. Les acides provoquent la même décomposition. Sous l’action de la chaleur, il se dédouble en or et sulfate de potasse.

On le prépare en versant, goutte à goutte, du sulfite de potassium dans une dissolution alcaline d’aurate de potasse ; la solution -se colore d'abord en brun, puis laisse déposer l’aurosulfile en fines aiguilles jaunes.

Cet aurosulfite peut être représenté par la formule suivante :

Au‘0 5 .3S0‘ + 5 (KO.SO*) -f- 5110.

11 a donc la composition d’un sulfite double, mais on peut encore le consi-

L’OR. 57

dérer comme une combinaison d'aurate et de bisulfite de potassium en écrivant la formule précédente comme suit :

KO.Au’O 5 + 4 (K0.2S0 8 ) -+- 5110.

D’après Fremy, si l’on consulte le mode de production, les propriétés et la composition de l’aurosulfite de potassium, on est porté à considérer ce sel comme résultant de la combinaison de la potasse avec un acide ternaire formé d’or, de soufre et d'oxygène. D’après Haase, l’aurosulfite est un sulfite aureux double.

Aurosulflte de sodium. — Ce sel se présente sous la forme d’un précipité rouge-orangé, très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et qui est représenté par la formule Au’O.SO* -+- 5 (NaO.SO 5 ) -+-110. 11 est décomposé par les acides et donne de l’acide sulfureux et de l’or métallique.

Sa dissolution neutre n’est pas précipitée par l’hydrogène sulfuré, mais, par l’addition d'un acide, on obtient dans les mêmes conditions nn précipité de sulfure d’or (Haase).

Les sels de calcium, de magnésium, de zinc, de cuivre ne donnent rien en liqueur neutre ; l’azotate d’argent donne un précipité blanc qui jaunit peu à peu.

On prépare l'aurosulfite de sodium en décomposant l'aurosulfite de baryum par le carbonate de sodium ; il se précipite du carbonate de baryte et, dans la liqueur incolore, on ajoute de l’alcool pour séparer l’aurosulfite.

AurosullUe de baryum. — C’est un corps rouge-pourpre, altérable à l’air et représenté, d’après Haase, par la formule Au’OSO*-^(BaO-SO 1 )-|-nH0.

Pour le préparer, on verse du bisulfite de sodium dans une dissolution alcaline bouillante d'aurate de sodium. 11 se forme, d’abord, un précipité jaune qui se redissout ensuite en donnant une liqueur incolore, tenant en dissolution de l’aurosulfite de sodium. Dans cette liqueur omajoute du chlorure de baryum, qui précipite l'aurosufite de baryum.

Hyposullite d’or et de sodium, Au’OS’O* + 5(NaO, S 1 0*)-+-4H0. — L'hyposulfite d’or et de sodium, connu dans le commerce sous le nom de Sel de Fordos et Gélis, se présente en fines aiguilles blanches, très solubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool possédant une saveur sucrée, et se décomposant sous l’action de la chaleur en or métallique et sulfate de soude.

L'acide azotique le décompose vivement et de l’or métallique se dépose.

Les dissolutions métalliques le décomposent également et le sesquichlorure d’or lui-même, employé en excès, l’oxyde en transformant tout le soufre en acide sulfurique et en mettant l’or en liberté.

L’hydrogène sulfuré et les sulfures alcalins forment dans sa dissolution un précipité noirâtre.

Contrairement à la presque totalité des sels d'or, il n'est réduit, ni par le chlorure stanneux, ni par le sulfate ferreux ni par l'acide oxalique.

Ni l’acide chlorhydrique, ni l'acide sulfurique ne donnent dans sa dissolu-

Page 1