VIII. COMBINAISONS DE L'OR AVEC LE CYANOGÈNE
A. CYANURES SIMPLES
Cyanure sous-aiircnx ou sous-cyanure d’or, Au*Cy. — Le cyanure sous-aureux se présente sous forme d’une poudre cristalline jaune, insoluble dans l’eau, l’alcool et l'éther, mais soluble dans l’ammoniaque, l’hyposulfite de soude et le sulfhydrale d’ammoniaque.
Il n’a ni odeur, iii saveur. 11 est inaltérable à l'air même sous l’action directe de la lumière solaire, pourvu qu’il soit bien sec.
La chaleur le dédouble en or métallique et en cyanogène qui se dégage.
Les acides azotique, chlorhydrique, sulfurique et sulfhydrique sont sans action sur lui, mais l'eau régale le dissout avec facilité.
Il n’est pas attaqué à la température ordinaire par la potasse caustique; mais à l’ébullition, il y a précipitation d’or réduit et formation d’aurocyanure de potassium.
Sa dissolution dans le sulfhydrate d’ammoniaque laisse précipiter du sesquisulfure d’or, lorsqu’on la décompose par un acide.
Enfin, il se combine avec les cyanures des métaux alcalins et donne des sels doubles que nous étudierons un peu plus loin.
Pour préparer le cyanure sous-aureux, on décompose l’aurocyanure de potassium par l'acide chlorhydrique ou l'acide azotique et on évapore lentement la liqueur au bain-marie. Le résidu, lavé à l’eau dans l’obscurité, puis séché, nonne le sous-cyanure d’or en grains jaunes et cristallins.
Cyanure aurique ou sesquieyanure «l’or, Au*Cy 5 . — Le cyanure aurique forme de nombreux sels doubles avec les cyanures métalliques, mais on n'a pas encore réussi à le séparer de ses diverses combinaisons, bien qu’llimly prétende l’avoir obtenu en décomposant l’auricyanure de potassium par l’acide chlorhydrique. Le corps que l’on obtient ainsi dégage, en effet, de l’acide cyanhydrique sous l’action de la chaleur, dégagement qui ne saurait avoir lieu avec le cyanure aurique, Au 8 Cy 5 , mais qui s’explique si l’on admet, avec Gmelin, qu’il se forme du cyanhydrate de cyanure aurique. La réaction serait alors exprimée par la formule suivante :
Au*Cy s ,KCy + I1C1 = KC1 + Au*Cy s ,HCy.
B. CYANURES DOUBLES
Le cyanure sous-aureux et le cyanure aurique se combinent avec les cyanures métalliques, pour donner des sels doubles que l’on peut représenter respectivement par les formules générales suivantes :
MCy,Au*Cy -+- nllO MCy,Au*Cy s 4-nHO.
M. Lindbom a, de plus, montré que les sels doubles sous-aureux étaient généralement susceptibles de donner avec le chlore, le brome et l’iode, des dérivés répondant à l'une des formules suivantes :
MCy.Au’CyCP 4- nHO MCyjAu'CyBr* 4- nHO MCy,Au*Cyl* 4- nHO.
L’OR. 80
On pourrait, théoriquement, considérer ces composés comme dérivant des sels auriques doubles, par la substitution de 2 équivalents de chlore, de brome ou d'iode à 2 équivalents de cyanogène; mais pratiquement cette substitution «est pas toujours possible, les cyanures auriques doubles n’étant pas, en général, attaqués par le chlore, le brome ou l’iode, ainsi que l'ont constaté Rammelsberg et Lindbom.
fl. CYANURES SOÜS-AÜREUX DOUBI.ES
Cyanure auroso-ammonique ou Aurocyanure (l'ammonium,
AzIPCy.Au’Cy. — Ce sel se présente en cristaux incolores anhydres, très solubles dans l’eau et l’alcool et solubles dans l’éther.
11 a une saveur métallique très prononcée. 11 se décompose partiellement à 100°, et complètement entre 200 et 250°.
Pour le préparer, on fait réagir une dissolution concentrée de sulfate d’ammonium sur l’aurocyanure de potassium ; on précipite le sulfate de potasse formé, ainsi que l’excès de sulfate d’ammonium, en ajoutant une grande quantité d’alcool; on filtre et l’on obtient l’aurocyanure d’ammonium par évaporation.
Cyanure auroso-potagsdque ou Aurocyanure de potassium,
KCy,Au*Cy. — Le cyanure auroso-potassique se présente en écailles nacrées ou en octaèdres rhomboïdaux absolument incolores.
Il a une saveur salée légèrement métallique.
Il est inaltérable à l’air et se dissout entièrement dans 7 parties d’eau froide eu dans la moitié de son poids d’eau bouillante. Il est peu soluble dans l’alcool et insoluble dans l’éther.
Sous l’action de la chaleur, il se décompose en donnant du cyanogène, de l'or métallique et du cyanure de potassium.
Les acides chlorhydrique, azotique et sulfurique étendus l’attaquent, et de l'acide cyanhydrique se dégage en même temps qu'il se précipite du cyanure aureux.
Les sels ferreux sont sans action sur les solutions du cyanure auroso potassique. L'acide oxalique, l’acide sullureux et le chlorure mercurique donnent, au contraire, dans ces mêmes solutions, mais à chaud seulement, un précipité de protocyanure d'or (Lindbom).
Le cyanure auroso-potassique se prépare facilement, en dissolvant de l’or fulminant fraîchement précipité et bien lavé dans du cyanure de potassium. La liqueur laisse déposer le cyanure double par refroidissement ou par concentration, si elle est trop étendue.
On peut encore l’obtenir, d’après Elsner, en chauffant l’or finement divisé avec une solution de cyanure de potassium ; la formule suivante rend compte de cette réaction :
2KCy -H Au 4- O + 110= KCy,AuCy -+- KO,HO.
Le cyanure auroso-potassique est principalement utilisé dans la dorure galvanique.
Cyanure auroso-potassique chloré, KCy,Au s CyCl* + 2H0. — Ce sel, très soluble dans l’eau, se présente en aiguilles incolores, perdant leur eau de cristallisation dans le vide et se décomposant à 160°.
On l’obtient par l’action directe du chlore sur l’aurocyanure de potassium et, mieux encore, par l’action de ce gaz sur la combinaison iodée ou bromée de l’aurocyanure.
Cyanure auroso-potassique hronié, KCy,Au ! CyBr’ H- 6HO. — Ce
corps se présente en aiguilles minces et jaunes qui perdent leur eau de cristallisation dans le vide et ne commencent à se décomposer que vers 150°.
On le prépare en faisant réagir le brome sur l’aurocyanure de potassium ; la liqueur, évaporée sur l’acide sulfurique, laisse déposer le cyanure double bromé.
Cyanure auroso-potassique iodé, KCyAu’Cyl* -+- 2HO. — Ce sel cristallise en aiguilles minces, d’une couleur brun foncé, solubles dans l'eau chaude et dans l’alcool et se décomposant déjà vers 90°.
On l’obtient par l’union directe de l’iode avec l’aurocyanure de potassium ou encore (Lindbom) en dissolvant l’iode dans une solution chaude d’auricyanure de potassium.
Cyanure auroso-sodique ou Aurocyanure de sodium, NaCy, Au*Cy. — Ce corps, d’après Lindbom, se présente en petites écailles anhydres, peu solubles dans l’eau froide et dans l’alcool et commençant à se décomposer vers 200°.
On le prépare, par double décomposition, en faisant réagir le sulfate de sodium sur le cyanure auroso-barytique.
Il se combine avec le brome, pour donner un cyanure auroso-sodique bromé, NaCy,Au*GyBr a 4- 4110, très soluble dans l’eau et perdant son eau de cristallisation à 100°.
Il se combine également avec l'iode pour donner un corps cristallisé en écailles brunes, qui perd la plus grande partie de son iode par dessiccation (Lindbom).
Cyanure auroso-barytique ou Aurocyanure de baryum,
BaCy,Au*Cy-f- 2H0. — Ce sel se présente en écailles blanches et brillantes, peu solubles dans l’eau froide et dans l’alcool et se déshydratant complètement vers 100“.
On le prépare par l’action de l’acide cyanhydrique sur un mélange de cyanure d’or et de carbonate de baryum, chauffé à une température voisine de 70°.
Cyanure auroso-barytique chloré, BaCy^u’CyCl*8H0. — On obtient ce sel par l’action du chlore sur l’aurocyanure de baryum. Il se pré-
L'OR
sente en prismes allongés, très solubles et perdant, dans le vide, la moitié de leur eau. (Lindbom.)
Cyanure auroso-barytique bromé, BaCy.Au'CyBr* + ÎOHO. — Ce sel se présente en aiguilles allongées, très solubles dans l’eau et dans l’alcool et perdant, dans le vide et à 100°, les deux tiers environ de leur eau de cristallisation (Lindbom). Il s’obtient par l’action du brome sur l’auro-cyanure de baryum.
Cyanure auroso-barytique iodé, BaCy.Au’Cyl* + 10110. — Ce sel s’obtient en écailles brunes et brillantes par l’action de l’iode sur l'aurocyanure de baryum. Il est peu stable et se décompose déjà à la température ordinaire en donnant de l’iode. Chauffé à 70°, il perd la presque totalité de l’iode et de l’eau de cristallisation.
Cyanure auroso-strontique ou Aurocyanure de strontium,
SrCy,Au s Cy -!- 3H0. — Ce corps se présente, d'après Lindbom, en masses mamelonnées, composées de cristaux mal définis. Sa préparation est analogue à celle de l’aurocyanure barytique.
Cyanure auroso-strontiqne chloré, SrCy.Au’CyCl 1 4- 8110. — Ce sel se forme par l’action du chlore sur l’aurocyanure de strontium et se présente en prismes blancs et aplatis.
Cyanure anroso-strontique bromé, SrCyAu ! CyBr s + nHO. — Ce corps se présente en aiguilles jaunes, très solubles dans l’eau et dans l’alcool.
Il fond au-dessous de 100° et se décompose un peu au-dessus de cette température.
Cyanure auroso-strontique iodé, SrCy.Au’Cyl* + 10HO. — Ce sel se présente en écailles noirâtres, douées d’un éclat métallique et très peu solubles dans l’eau.
Cyanure auroso- calcique ou Aurocyanure de calcium,
CaCy,Au*Cy -f- 3HO. — Ce sel, préparé comme l’aurocyanure de baryum, forme des croûtes cristallines, très solubles dans l’eau; il perd à 100° la totalité de son eau de cristallisation.
Cyanure auroso-calcique bromé, GaCy.Au’CyBr* -f- 10110. — Ce corps, obtenu par l’action du brome sur l’aurocyanure de baryum, se présente en aiguilles jaunes très solubles (Lindbom).
Cyanure anroso-calcique iodé, CaCy.Au'Cyl 1 +10110. — Ce sel s obtient en écailles brunes ou noirâtres, douées d’un éclat métallique, par l’action de l’iode sur l’aurocyanure de calcium.
Cyanure auroso-cadmique ou Aurocyanure de cadmium.
CdCy,Au ! Cy. — Ce sel, obtenu par double décomposition en faisant réagir le sulfate de cadmium sur l’aurocyanure de potassium, se présente en petites écailles blanches, solubles dans l'eau bouillante.
Cyanure auroso-cadmique brome, CdCyAu ! CyBr* + 6110. — Ce corps se présente en aiguilles d’un brun jaunâtre, très solubles dans l’eau et obtenues par l’action du brome sur l’aurocyanure de cadmium.
Cyanure auroso-zincique ou Aurocyanure de zinc, ZnCy,Au ! Cy. — Ce sel, obtenu par double décomposition en faisant agir le sulfate de zinc sur l’aurocyanure de potassium, se présente en petites paillettes hexagonales commençant à se décomposer vers 250°.
Cyanure auroso-zincique chloré, ZnCy.Au^yCl* -H 7110. — Ce
corps cristallise en prismes blancs très solubles dans l’eau et s’obtient par l'action du chlore sur le dérivé bromô de l'aurocyanure de zinc.
Cyanure auroso-zincique bramé, ZnCy,Au*CyBr ! -+- 8H0. —Ce sel se présente en lamelles allongées jaunes, très solubles dans l’eau, perdant 7 équivalents d'eau à 100° et se déshydratant complètement à 120°.
Cyanure auroso-cobaltique ou Aurocyanure de cobalt. —
Ce sel affecte la forme de petits cristaux d’un jaune rougeâtre; il est peu soluble dans l’eau froide et dans l’alcool.
11 perd la presque totalité de son eau de cristallisation, soit dans le vide, soit à 100° ; il se déshydrate complètement à 150° et se décompose à 310°:
On le prépare en faisant réagir, l'une sur l’autre, des dissolutions d’aurocyanure de potassium et d’azotate de cobalt; la liqueur laisse déposer, par évaporation spontanée, les cristaux d’aurocyanure de cobalt.
Cyanure auroMO-cobaltique brome, CoCy,Au*CyBr* + 9110. — Ce corps s’obtient par l'action du brome sur l'aurocyanure de cobalt et se présente sous forme de prismes aplatis d’un brun jaunâtre, peu solubles dans l’eau et plus solubles dans l’alcool.
11 se déshydrate à 100° et commence à se décomposer vers 120°.
Cyanure auro»o*cobaltlquc iodé, CoCy,Au*Cyl* 4- 10H0. — Ce sel, assez instable, se présente en prismes d'un brun noirâtre et perd déjà de l’iode par dessiccation dans le vide.
b. CYANURES AURIQUES DOUBLES.
Cyanhydrate de cyanure aurique ou Acide auricyanhydrique, Cy,Au s Cy s . — L’acide auricyanhydrique se présente en tables ou lames incolores, renfermant 12,26 pour 100 d’eau. Il est soluble, en toute proportion, dans l’eau et très soluble dans l’alcool et l'éther.
L'OR
•1 fond à 50° dans son eau de cristallisation, mais, à une température plus élevée, il se décompose en donnant d'abord de l'acide cyanhydrique, puis du cyanogène et un résidu d’or métallique renfermant plus ou moins de paracyanogène.
Pour le préparer, on se sert du précipité obtenu en versant de l’azotate d argent dans une dissolution d’auricyanure de potassium. On lave avec soin ce précipité, après l'avoir recueilli sur le filtre, puis on le met en digestion dans de l’eau et on le décompose par l’acide chlorhydrique en quantité assez faible pour qu'il n'en reste point à l’état libre dans la liqueur après la décomposition. On filtre alors la liqueur et on l’évapore à sec dans le vide, en présence de l’acide sulfurique.
Lindbom a obtenu l'acide auricyanhydrique en dissolution, en décomposant l’aurocyanure de baryum par l’acide sulfurique. Mais ces dissolutions sont instables et laissent dégager de l'acide cyanhydrique, aussitôt qu'on veut les concentrer.
Cyanure auricn-aininonique OU Auricyanure (l'ammonium,
AzH'Gj'jAu^y 3 4- 2110. — Ce sel cristallise en tables incolores, très solubles dans l’eau et dans l’alcool, mais insolubles dans l’éther.
Sous l’action de la chaleur, il devient blanc-laiteux et se décompose, au delà de 100°, en dégageant du cyanure d’ammonium.
On le prépare en dissolvant, jusqu a saturation, de l’hydrate aurique dans une solution de cyanhydrate d’ammoniaque, puis filtrant et évaporant la liqueur ainsi obtenue. Cette liqueur se recouvre d’une petite pellicule jaune et laisse déposer une masse cristalline qui, reprise pa.r l'eau, donne, par évaporation spontanée, l'auricyanurc d’ammonium.
Cyanure aurico-potassiqiie ou Auricyanure (le potassium,
KCy.Au’Cy 3 -)- 5110. — Ce sel se présente sous forme de grands cristaux tabulaires incolores, très solubles dans l’eau chaude et l’alcool, mais moins solubles dans l’eau froide.
Ces cristaux perdent, à l’air sec, 2 équivalents d'eau, mais ne se déshydratent Pas complètement avant 200°. Ils commencent à se décomposer vers 280°, entrent en fusion au rouge sombre, mais ne peuvent être décomposés complètement, même sous l’action d’une température fort élevée.
Le chlore et le brome sont sans aclkm sur l’auricyanure de potassium ; mais l'iode, ainsi que nous l'avons déjà vu, se dissout dans une solution chaude de ce corps, en déplaçant 2 équivalents de cyanogène et en donnant naissance au composé KCy,Au ! CyI'. D’après Lindbom, pour préparer l’auricyanure de potassium, il faut faire réagir du cyanure de potassium sur une solution parfai- •ement neutre de sesquichlorure d'or. Si la solution de perchlorure était acide, H se formerait de l’aurocyanure de potassium et de l’or fulminant avec dégagement d’un gaz que Lindbom suppose être de l’acide carbonique.