‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 16e cahierChapitre 4 sur 92 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

L histoire de la chimie, en tant que science moderne, ne commence réellement qu en 1777, avec la découverte de Lavoisier et la théorie que ce puissant génie a su y rattacher, théorie qui donnait, pour la première fois, une explication conforme à la réalité des phénomènes chimiques.

Mais, longtemps avant cette époque, la pratique de la métallurgie et celle de la médecine et des arts domestiques avaient donné naissance, d'une part, à des recettes empiriques, grâce auxquelles ces diverses branches de l'activité humaine se sont développées, et, de l’autre, à des théories au moyen desquelles l’esprit humain, obéissant à sa tendance naturelle, cherchait à remonter aux causes premières des phénomènes. Toutefois, comme, à cette époque lointaine, les investigations n’étaient ni basées sur une interprétation exacte des faits observés, ni dirigées par la rigueur de la méthode expérimentale, elles n’ont pu aboutir qu’à des théories toujours imparfaites et souvent chimériques dont l’ensemble constitue Y Alchimie.

Les recherches pratiques comme les aspirations théoriques avaient surtout pour objet les métaux et s'adressaient plus spécialement à l’or, dont les qualités merveilleuses ont fait naître de tout temps le désir d’arracher ce précieux métal à ses gîtes naturels et d’en mieux connaître les propriétés, la nature intime et les transformations.

C’est l'élude même de ces transformations qui a conduit insensiblement les alchimistes à l'idée de la transmutation des métaux les uns dans les autres et en particulier à la recherche de la transmutation des métaux vils en or.

Cette conception, qui paraît aujourd’hui erronée, était née cependant d'une interprétation toute naturelle des phénomènes les plus simples de la chimie, tels que la combustion, l’oxydation lente, la fermentation. Ces phénomènes, en effet, montraient les transformations multiples que peuvent subir les corps naturels, et, d’autre part, les découvertes industrielles telles que l’extraction des métaux de leurs minerais, la teinture des étoffes, la fabrication des émaux et des verres colorés faisaient voir que des changements plus extraordinaires encore n’étaient dus souvent qu'à l'influence de très faibles quantités de matière agissant comme par une vertu occulte.

On s’explique ainsi facilement comment, de la fabrication des corps composés, qui paraissait déjà une transformation de la matière, on passa bien vite, par analogie, à l’idée de la transmutation des métaux ou des alliages que fournissait alors la métallurgie; l'extraction des métaux de leurs minerais présentait, en effet, des métamorphoses assez étonnantes pour autoriser toutes les hypothèses et exciter toutes les espérances.

« Le pouvoir du feu avait surtout frappé les premiers alchimistes. Us voyaient qu’à son aide on parvenait à faire passer les minerais de l’état terreux à l’état métallique; ils s’imaginaient que les terres subissaient alors un degré de perfection qui permettait d’en espérer un nouveau; ils en concluaient donc, qu’étant bien conduit, le feu devait amener les métaux à un état plus parfait, opérant ainsi leur conversion en argent et en or 1 . »

Plus lard, l'alchimie devint, surtout chez les Grecs, une véritable Philosophie de la Nature, et la transmutation des métaux apparut comme une conséquence logique de la doctrine de l’unité de la matière. La matière est conçue distincte de ses qualités, et l’on doit pouvoir faire varier le nombre de ces qualités ou même les faire disparaître.

Pour fabriquer de l’or, il suffira donc de connaître les formules et les procédés nécessaires pour produire, à volonté, la couleur jaune, la grande pesanteur spécifique, la malléabilité et la ductilité qui sont les qualités principales de ce métal. On supprimera les qualités opposées dans le corps que l’on voudra transformer, de façon à le réduire à la matière primitive et unique que l’on dotera ensuite des attributs du métal précieux, et l’on arrivera ainsi à réaliser sa transmutation en or.

C’est cette marche si logique de l’esprit humain, amené, par la vue des transformations multiples des corps composés, à l’idée de la transmutation des métaux et finalement à la doctrine profonde de l’unité de la matière, que nous allons exposer succinctement; en le faisant nous ne sortons pas de notre sujet l’histoire de l’alchimie étant, en effet, presque exclusivement l’histoire de la chimie de l’or.

Nous terminerons ensuite ce résumé historique en montrant que la science

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