B. ANALYSE SCIENTIFIQUE DES PRODUITS D'ART
Les produits d’art de l’or sont extrêmement nombreux et peuvent être classés de la manière suivante :
1° L’or métallique, tel que le fournissent les usines à or ouïes ateliers d’affinage ;
2“ Les alliages ;
5° Les produits chimiques, tels que le chlorure d'or, le pourpre de Cassius, etc., qui sont utilisés dans les arts ;
4° Les produits, tels que malles crues ou mattes grillées, plombs d’œuvre, concentrés, fumées, fonds de coupelle, etc , etc., donnés par les usines qui traitent les minerais aurifères;
5° Les rejets de tous genres, tels que regrets d’orfèvre, lissés d'établis, poncés d’or, etc., fournis par les ateliers où l’on élabore le métal précieux.
Parmi tous ces produits, il n’est guère que l'or métallique et les alliages que l’on soumette, au laboratoire, à un examen analytique détaillé.
L'OR
Les produits chimiques ainsi que les rejets d’ateliers ne sont jamais analysés complètement, et l’on se borne à déterminer leur valeur commerciale par des essais spéciaux dont la description appartient h la 5" partie de la Docimasie.
Les produits donnés par les usines ne sont eux-mêmes examinés qu’au point de vue de leur teneur en métal précieux, teneur que l’on détermine par l’un des procédés par voie sèche que nous avons décrits antérieurement. Toutefois, et afin de régler et d’apprécier la marche des opérations métallurgiques qui donnent naissance à ces divers produits, on effectue quelquefois dans les usines l'analyse complète de ces derniers. Mais cette analyse est toujours conduite sans tenir compte de la présence de l’or, et dès lors la description des procédés qui permettent de l’effectuer n’appartient pas à la docimasie de ce métal précieux. En résumé, nous n'avons à examiner ici que la manière dout on doit conduire au laboratoire l'examen de l’or métallique cl celui des alliages formés par ce métal.
Or métallique. — On peut distinguer deux classes d’or métallique :
1° L’or brut, tel qu'il est livré par les usines à or aux ateliers d'affinage ;
2° L’or raffiné provenant des ateliers d'affinage.
L’or brut n’est jamais pur ; il renferme toujours de l'argent et des proportions variables de corps étrangers tels que l'arsenic, l’antimoine, le cuivre, le fer, le plomb, le bismuth, etc., etc.; sa composition variant d’ailleurs nécessairement avec les minerais dont il a été extrait et le mode de traitement appliqué à ces derniers.
L’or raffiné est généralement très pur et son titre ne descend jamais audessous de 998 millièmes, mais il renferme encore des traces d’argent et de quelques métaux communs.
La détermination des métaux étrangers contenus dans l’or brut présente un intérêt spécial au point de vue de l'affinage, car les difficultés de celte opération métallurgique et la marche qu'il convient de lui imprimer dépendent essentiellement de la nature et de la proportion de ces métaux.
11 y a également intérêt à faire l'analyse de l’or raffiné afin de constater la présence de certains corps, tels que l’arsenic, l’antimoine, le plomb, le bismuth, etc., dont quelques traces suffisent, ainsi que nous l’avons vu antérieurement, pour altérer complètement les propriétés physiques du métal précieux. L’analyse de l’or raffiné et celle de l’or brut se font d’ailleurs par les mêmes procédés; nous nous contenterons donc d’exposer ici d’uue manière générale comment doit être conduite 1 analyse d'un lingot d'or dans lequel on suppose exister de l’argent, de l’arsenic, de l'antimoine, du cuivre, du plomb, du bismuth et du fer.
L'analyse comprend deux séries d’opérations :
• 1° On détermine l’or, l’argent et les métaux étrangers;
2“ On détermine à nouveau, et par un autre procédé, l’or et l’argent, la pre-
mière série d'opérations ne permettant pas d’obtenir les deux métaux précieux, et surtout l’or, avec une exactitude suffisante.
1“ Détermination de l’or, de l’argent et des métaux étrangers. — On
prélève une prise d’essai d'un poids assez fort, 4 à 5 grammes environ, s’il s’agit d’un lingot d’or brut, et 7 à 8 grammes s’il s'agit d’or raffiné. On lamine la prise d’essai de manière à l’amener à l’état de feuille extrêmement mince, et on l’attaque par l’eau régale en chauffant à 60 degrés environ. On prolonge l’attaque très longtemps et, lorsque la dissolution est complète, on expulse l'acide azotique par ébullition prolongée avec de l’acide chlorhydrique. On ajoute alors d gramme d’acide tartrique, on étend d’eau et on laisse le chlorure d’argent se rassembler ; on le lave par décantation, puis on le dissout par l'ammoniaque, afin de s’assurer si tout l’alliage a été attaqué ou s’il n’y a pas eu un peu de chlorure de plomb entraîné en môme temps que le chlorure d'argent ; s’il y a un résidu, on l’attaque de nouveau par l’eau régale et on opère comme il a été indiqué antérieurement à propos des alliages d'or et d'argent (p. 107). On réunit les liqueurs ammoniacales renfermant l’argent, on sature l’ammoniaque par l’acide azotique et on pèse le chlorure d’argent avec les précautions ordinaires.
Dans la liqueur renfermant en dissolution l'or, l'arsenic, l’antimoine, le plomb, le bismuth, le fer et le cuivre, on précipite l’or par l’acide oxalique, on le pèse après calcination.
Dans la solution acide on ajoute alors de l’ammoniaque et du sulfhydrate d’ammoniaque: les sulfures de fer, plomb, bismuth et cuivre précipitent, tandis que l’arsenic et l’antimoine restent dissous à l'état de sulfosels. On lave par décantations le précipité des sulfures avec de l'eau chargée de sulfhydrate, on jette le précipité sur un filtre et on achève de laver avec de l'eau pure.
On décompose alors la liqueur sulfhydratée par de l’acide chlorhydrique étendu, et on lave par décantations le précipité de soufre, de sulfure d’arsenic et de sulfure d’antimoine ainsi obtenu ; on jette le précipité sur un filtre taré, on le sèche à 100 degrés et on pèse : l’augmentation do poids du filtre donne le poids du soufre, de l’arsenic et de l’antimoine.
Sur une portion du précipité, on dose le soufre, en procédant comme nous l'avons indiqué antérieurement (p. 142); on en déduit la quantité de soufre contenu dans le précipité total, et par différence on obtient l’arsenic et l’antimoine.
Si l'on veut séparer ces deux corps, le procédé le plus simple consiste à traiter le précipité du soufre et des sulfures par de l’acide chlorhydrique un peu concentré, en chauffant à 60 degrés environ. Le soufre et le sulfure d’arsenic restent comme résidu ; on les lave par décantation, puis on les fait passer sur un filtre taré, on achève de les laver avec de l’eau pure, on sèche à 100 degrés et on pèse. On détermine ensuite le soufre en opérant comme on sait, et par différence on obtient l’arsenic. On rapporte le poids de l’arsenic ainsi trouvé pour une fraction du précipité au poids total de ce précipité, et comme on connaît déjà la proportion de soufre que ce dernier contient, on en déduit par différence le poids de l’antimoine.