C. ALLUVIONS AURIFÈRES
L’essai des alluvions aurifères ne s'effectue jamais au laboratoire, à cause de l’impossibilité que présente le fractionnement des échantillons pris sur place et leur réduction à un volume permettant d’effectuer pratiquement leur transport.
Ces essais doivent donc être effectués aux lieux d’extraction même, et, à ce titre, leur description se placerait plus naturellement dans la III e Partie de notre travail ; mais, pour ne pas séparer les essais des divers types de minerais
L’on.
d’or, nous décrii’ons ici même les essais pratiques des alluvions aurifères, nous réservant de détailler, dans la II e et dans la 111° Partie de ce travail, tout ce qui est relatif à la définition, au classement, au mode de formation et à l’exploitation des alluvions aurifères.
Au point de vue spécial qui nous occupe, ces alluvions se divisent en deux classes principales :
1. Celles exploitées à ciel ouvert sous le nom de Placers, c’est-à-dire les alluvions modernes occupant le fond plat des vallées ainsi que le thalweg des cours d’eau, et les alluvions anciennes étagées sur le flanc de ces mêmes vallées, les unes et les autres n’étant recouvertes par aucune formation superficielle, et les alluvions anciennes recouvertes dans le fond des vallées actuelles par des alluvions modernes.
2. Celles exploitées souterrainement sous le nom de gravel mines ou mines de gravier et comprenant les alluvions anciennes occupant le lit d’anciennes vallées et recouvertes par des formations rocheuses d’origine volcanique (coulées laviques).
a. ÉCHANTILLONNAGE ET ESSAI SOMMAIRE DES PLACERS.
Généralités. — Les travaux de reconnaissance ou prospections qu’un ingénieur est appelé à entreprendre pour estimer là richesse d’un Placer ont pour but de prévoir les conditions d’avenir du gisement ; l’ingénieur ne doit pas seulement acquérir l’habileté manuelle dans le maniement de l’instrument de travail qu’il emploie d’ordinaire, la halée, mais encore et surtout il doit utiliser et traduire en données d’exploitation les indications que cet instrument primitif lui fournit.
Si les prospecteurs arrivent, par une longue pratique, non seulement à séparer du gravier contenu dans leur bâtée les grains d’or à peine visibles, connus sous le nom dè couleurs et à apprécier, d’après le nombre de couleurs, la richesse en francs ou en dollars d’un mètre cube du gravier qu’ils ont prospecté à la bâtée, s’ils se trompent rarement sur l'évaluation du poids et de la valeur de l’or, résidu des bâtées plus riches, on ne peut espérer acquérir cette expérience sans une longue étude comparative, tandis que le maniement de l’instrument de lavage, assez difficile à expliquer, s’apprend facilement par l'observation. Comme c’est toujours l’or en nature qui est le résidu définitif du lavage bien fait à la bâtée et qu’il est toujours possible d'emporter, en les classant et en les numérotant, les résidus des bâtées que l’on ne peut, faute d’habileté suffisante, amener à bonne fin, pour les peser et essayer au laboratoire, on doit surtout s’appliquer à laver sans pertes d’or, suivant les indications que nous donnerons ultérieurement, quitte à laisser mélangés, à l’or lui-même les pyrites, le fer oxydulé, l'oxyde d’étain, le wolfram, les gemmes diverses, qui, par leur densité considérable, sont d’un départdifficile.
Nous ne saurions trop recommander aux ingénieurs de procéder aux lavages
à la balée sans l’aide d’aucune personne, car toutes les supercheries sont à craindre dans un & prospection de placen.
Quant à la traduction en données d’exploitation des indications de la bâtée, la connaissance pratique des travaux similaires, qui ne s’acquiert que par une longue expérience, est absolument indispensable, car deux gisements pourront fournir des bâtées d'égale valeur alors que les rendements à l’exploitation seront tout à fait différents.
Le rendement au travail industriel varie dans des proportions énormes avec les différentes conditions du gile : Pente et volume de^l’eau disponible, forme et nature de la roche sous-jacente ou Bed-rock, quantité de gravier en gros fragments, facilité de débourbage, nature de l’or, qualité de la main-d’œuvre locale, sont autant d’éléments qui concourent au rendement final et le font varier dans des limites très étendues.
AlliivioiiM non recouvertes. — Le premier soin de l’ingénieur, dans une ‘prospection de placer doit être dresser une carte approximative du cours d’eau et de la vallée à prospecter. Puis il faut faire des tranchées et des trous de manière à traverser la couche de terre végétale stérile qui recouvre généralement l’alluvion aurifère et cette alluvion aurifère elle-même jusqu'il la roche de fond ou Bed-rock. Ces tranchées et ces trous doivent être pratiqués d’une façon systématique et en aussi grand nombre que le permet le temps à consacrer à la prospection.
La constatation de la richesse se fera dans chaque tranchée ou chaque trou par un certain nombre de bâtées, nombre variant avec l’épaisseur de la couche alluvionnaire. On doit avoir soin de noter, dans chaque endroit, l’épaisseur du déblai stérile et l’épaisseur de l’alluvion.
La quantité de terre lavée par bâtée dépend de l’instrument avec lequel on opère; dans l’Amérique du Nord le plat en tôle, ou Pan, est usuellement employé. Dans l'Amérique du Sud, en Chine et dans l’Extrême Orient, la bâtée en bois est préférée ; celle que l’on emploie à la Guyane, creusée dans un morceau de bois, a 0 m ,60 de diamètre et présente la forme d’un cône très aplati ; la quantité de terre lavée par bâtée, en Guyane, cstdelO litres environ; c’est à peu près la même quantité que l’on lave dans un pan américain de grandes dimensions.
Dans la prospection d'un placer il convient de distinguer :
1° Les bâtées faites au thalweg ;
2° Les bâtées faites sur les bords de la crique ;
3° Les bâtées do la base do la couche alluvionnaire en contact avec le Bedrock.
La bâtée, dans une prospection, doit servir d’unité aussi bien pour l'évaluation de la richesse que pour celle du rendement. Mais, par suite des observations précédentes sur les éléments qui font varier ce dernier, on ne doit pas évaluer le rendement au mètre cube ou à l’hectare d’après la seule contenance d’une balée de 10 litres et d’après les dimensions reconnues à la couche alluvionnaire. Cette évaluation conduirait le plus souvent â de grandes déceptions.
Nous donnons ci-après un tableau supposé qui fera comprendre sous quelle forme une prospection doit être résumée.
Prospection du placer A.
Crique B — affluent de la rivière C, crique vierge de tout travail; — eau pour 2 sluices. — Pente 2 °/ 0 ; — très boisée — couche sablonneuse se débouchant bien — déblai stérile de 0 m ,80 ; — large marécage.
Bâtée moyenne. 2« r ,50
Longueur à laver. 1400 mètres.
Instrument à employer. 2 sluices.
Rendement des sluices en valeur de bâtée. 260 bâtées.
Avancement par jour. 2 mètres.
Produit journalier. 650 grammes.
Durée du travail. 28 mois.
Production totale. 455 kilogr.
Produit brut à 3 francs le gramme . . . 1,565,000 francs.
Alluvions recouvertes. — Les alluvions aurifères qui se trouvent dans les vallées des grands fleuves de la Sibérie doivent être considérées comme un des types les plus classiques d’alluvions aurifères recouvertes par des couches absolument stériles et plus récentes.
L’échantillonnage, dont nous allons indiquer la méthode, a pour double but de détei miner la richesse moyenne de l’alluvion et de mesurer la masse de minerai disponible en étudiant ses conditions d’exploitation.
L'examen du gîte commence par l'établissement d’une carte détaillée du gisement avec courbes de niveau, rivières, ruisseaux, etc. On fonce ensuite, normalement au thalweg, une série de lignes de puits dont l’espacement varie de 50 à 200 mètres. L’écartement entre les lignes de puils est de 100 à 200 mètres. La section des puits est ordinairement de 1 mètre carré.
Le fonçage des puits présente souvent de grandes difficultés, les graviers étant généralement aquifères. Dans ce cas, on fait le puits assez large pour y installer deux hommes, ou pour placer une petite pompe à côté de l’ouvrier qui fonce le puits. On maintient le terrain avec des planches et on met autant de monde que possible pour arriver rapidement au Bed-rock. On dépasse rarement 8 mètres de profondeur. Le prix de revient d’un puits varie de 55 à 175 francs; dans les parties marécageuses près du thalweg, on remplace quelquefois les puits par de petits sondages lubés.
On met en tas séparément, près de la bouche du puits, la terre végétale, la tourbe, les sables stériles, et finalement les graviers aurifères. Les graviers sont alors essayés au moyen de l’auge sibérienne, et les résultats des essais sjnt marqués, avec la coupe des terrains recoupés, sur un poteau planté ù l’orifice du puits.
Dans toutes les exploitations d'alluvions en Sibérie, on reconnaît ainsi, en
amont des travaux en cours, une surface suffisante pour alimenter l’exploitation pendant au moins un an. Cette quantité d’or reconnue avec une grande approximation constitue la plus sérieuse garantie des travaux ultérieurs de ces exploitations.
b. ÉCHANTILLONNAGE ET ESSAI DES MINES DE GRAVIERS.
Les lits de rivières anciennes recouvertes par des coulées de laves qui constituent les mines de graviers ne peuvent être, par leur nature même, soumis à des prospections simples comme lorsqu’il s’agit de placers. Nous indiquerons dans la deuxième partie de cet ouvrage les travaux de longue haleine qui sont destinés à s'assurer du cours de ces chenaux, à en fixer les rives ou rims et à atteindre leur thalweg par des tunnels.
Si l’on a affaire à une mine ouverte, le mieux est, pour s’assurer de sa valeur, de ne pas s’en tenir à des halées effectuées sur des prises d’essai faites dans tous les points abordables, mais d’effectuer des lavages véritables au sluice sur une série de wagonnets ou car-loads.
Là encore nous devons mettre en garde contre les fraudes dont l’histoire des mines offre de nombreux exemples.
Si la mine n’est pas ouverte, il y a seulement lieu d'examiner les résultats produits par des portions exploitées du môme chenal souterrain et d’essayer d’en tirer des conclusions.
La richesse parait assez uniformément répandue dans un même chenal pour qu’on puisse déduire d'un examen comparatif de sérieuses probabilités ; mais, vu la difficulté de décider, à priori, si telle partie d’un terrain déterminé est ou non sur le parcours d’un chenal connu ou exploité dans le voisinage, ou si seulement on se trouve sur des affluents qui peuvent ne pas avoir la même importance ni la même richesse, on doit recommander surtout l’élude topographique de la contrée et la fixation très exacte sur une carte des rims du chenal présumé. Cette élude prime de beaucoup l’étude chimique.
Comme la quantité d’or peut descendre très bas, ainsi que nous le verrons au chapitre de l’exploitation de ces graviers, une des raisons qui relèguent en outre au second plan l’étude au point de vue de la constatation de la richesse, c’est que l’exploitation est limitée principalement par la quantité d’eau dont on dispose et par la facilité d’évacuer ou de disposer les déblais. Nous ne croyons donc pas devoir nous étendre plus longuement ici sur ce sujet.