‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 16e cahierChapitre 69 sur 92 · C. DESCRIPTION ET MODE D'EMPLOI DES APPAREILS DESSAIS SOMMAIRES · texte numérisé non relu

C. DESCRIPTION ET MODE D'EMPLOI DES APPAREILS DESSAIS SOMMAIRES

Bâtée, Pan, Augettc. — Nous venons de voir que les essais sur place des matières aurifères se font avec des appareils de lavage ; on réalise en petit les opérations qui, sur une grande échelle, sont mises en pratique pour recueillir l'or, soit dans les graviers qui, par leur nature même, présentent des matières désagrégées, soit dans les quartz ou autres roches qui exigent une pulvérisa-

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tion préalable ; dans les deux cas on utilise, pour la séparation par l’eau, le principe de toute préparation mécanique, c’est-à-dire la différence de densité des matières à séparer, et, en particulier, la différence très considérable entre la densité de l’or et celle des matières qui l’accompaguent.

Cette différence permet d’utiliser les appareils les plus sommaires; partout où l’on a un peu d’eau à sa disposition, on peut reconnaître et même doser l’or à l’aide d’une simple corne de bœuf fendue, d’un plat en bois ou en fer, ou même d’une pelle.

Chaque contrée aurifère possède son type de bâtée, consacré par la tradition et par l’usage que l'on a appris^ à en faire. La corne, Yaugette, représentée

Fig. 15. Fig. 16.

(fig. 15 et 16), la bâtée sud-américaine en bois (flg. 17), la bâtée en bois hongroise, le pan américain (fig. 18), ont, dans leurs pays, des partisans. Nous

Fig. 17.

Fig. 18.

donnons notre préférence au simple ustensile de ménage américain en fer battu, par la simple raison que, dans les expéditions toujours un peu aventureuses des prospections, il est bon de simplifier son bagage et d’avoir un outil solide, pouvant servir en cas de besoin aux usages culinaires. Voici de quelle façon nous avons appris à nous en servir.

Le pan est rempli aux deux tiers de sable aurifère et on le plonge, soit dans une cuve, soit dans un trou rempli d’eau, soit dans la partie tranquille d’un cours d'eau.

Le contenu est débouché à la main, puis le pan pris à deux mains, et incliné légèrement à l’extérieur, est agité de façon à donner un mouvement giratoire au contenu. De cette façon on expulse d’abord les matières fines. Au bout d’un certain temps les pierres sont enlevées et les rognons d’argile écrasés à la main.

On abaisse alors le côté extérieur du pan et, par une série de mouvements assez difficiles à expliquer et par des immersions graduées et successives, on parvient à faire enlever par l’eau, qui s’introduit dans le pan pour s’en échapper

ensuite, toutes les matières légères de la masse, matières légères qui sont sans cesse ramenées à la surface d'après les lois qui régissent toute préparation mécanique de minerais.

Ce n’est que par l’habitude que l’on arrive à bien exécuter les secousses qui classent les matières par ordre de densité dans le pan, comme cela a lieu sur la table ou le crible à secousses, que l’on arrive à juger la quantité d’eau à introduire à chaque immersion pour l'entraînement du stérile et, enfin, à n’avoir plus dans la cavité formée par l’intersection des parois du pan avec son fond, qu’un mélange d’or plus ou moins fin et de pyrites.

A ce moment, si l’on n’a pas l’expérience nécessaire, il est plus prudent soit de recueillir la totalité du résidu après l’avoir égoutté et l’avoir laissé sécher, pour le soumettre à un essai ultérieur au laboratoire, soit de l’amalgamer dans le pan même; c'est ce que l’on doit toujours faire si on a de l’or fin, car les petites paillettes, malgré leur densité, sont, à cause de leur forme, difficiles à séparer complètement de la pyrite.

Lorsqu'on n'a pas à craindre l’entraînement de l’or parmi les pyrites, on procède à la séparation complète en puisant une petite quantité d'eau à laquelle on donne, en inclinant alternativement le pan de côté et d’autre, un mouvement tel qu’elle parcoure en tournant le creux circulaire et passe à chaque fois sur la petite quantité de pyrites aurifères. Bientôt on voit à la queue de cette masse apparaître la couleur caractéristique de l’or et, en prolongeant le mouvement, on arrive à entraîner les pyrites en les séparant de l’or. On n’a plus alors qu’à s’en débarrasser en les entraînant au dehors par l’immersion de la partie du pan où elles se sont rassemblées.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, un bon prospecteur juge à l’œil de la quantité d’or qu’il recueille par bâtée et, par comparaison du volume de gravier sur lequel il opère, volume qui est généralement de 10 litres ou 10 décimètres cubes, il peut calculer, en multipliant par cent, le rendement au mètre cube.

Amalgamation. — Si l’amalgamation doit être opérée, on y procède dans la bâtée même, soit que l’on attende, pour ajouter le mercure, que l’on ait mené assez loin le lavage, soit que, par suite de la présence d’or très divisé et par crainte de le perdre, on conserve une certaine quantité de stérile dans la masse.

Dans le premier cas, il faut très peu de mercure et on le divise en promenant le doigt sur la masse jusqu’à ce que tout l’or ait disparu. Pour le rassembler on répète ie lavage giratoire dont nous avons parlé plus haut et, si tout se rassemble en une gouttelette unique sans laisser de grains d’amalgame, on n’a qu’à faire couler cette gouttelette au dehors et à la recueillir dans un vase quelconque.

Si l’amalgame ne se rassemble pas bien, c’est que la quantité de mercure est insuffisante et qu’il faut en ajouter.

Dans le second cas, il faut ajouter au moins 10 grammes de mercure, humecter la masse et faire une bouillie épaisse. On triture la bouillie dans le pan lui-même, pendant un temps plus ou moins long, avec un morceau de

L'Oit.

bois présentant une surface inférieure plane, de manière à diviser le mercure en parcelles presque invisibles et à le mettre en contact avec l’or disséminé. 11 ne s’agit plus que de rassembler le mercure; on étend d'eau et on recommence le lavage comme pour l’or lui-même, en ajoutant à la fin, si besoin est, encore un peu de mercure.

Ainsi que nous le verrons en étudiant l’amalgamation industrielle, la qualité des eaux peut influer sur la réussite de l’opération ; en outre, les corps gras ont une influence fâcheuse, et il est bon d'employer en petit un moyen préventif analogue à celui que l’on emploie en grand, en ajoutant, à la fin de l’amalgamation, un peu de cyanure de potassium, si l’on en a à sa disposition. Dans tous les cas, il est bon de nettoyer soigneusement le pan avant de s’en servir pour une amalgamation.

Le mercure tenant l’amalgame en dissolution doit être distillé. Lorsqu’on n’a pas de laboratoire à sa disposition, la distillation peut s’effectuer dans le pan lui-même, que l'on chauffe à un foyer quelconque, mais on perd le mercure.

Le mieux est, lorsque cela est possible, de distiller le mercure dans une petite cornue de verre chauffée sur un petit réchaud à charbon de bois. Les vapeurs arrivent au-dessus d’une capsule ou d’un vase rempli d’eau. Le col de la cornue est entouré de papier buvard ou de linge trempant dans l’eau du récipient, de manière à condenser les vapeurs mercurielles.

Si la quantité d’or ne dépasse pas un ou deux milligrammes, on peut apprécier très approximativement son poids au moyen d’une échelle comparative de témoins obtenus en distillant du mercure dans lequel on a dissous des poids de 1,2, 3, etc., dixièmes de milligramme. En effet, h la fin de la distillation, l’or s’étale sur le verre de la cornue, en minces efflorescences qui présentent des différences assez notables pour que l’aspect seul permette d’apprécier le poids.

S’il y a un bouton appréciable, il faut casser la cornue, détacher avec soin le bouton ainsi que les parcelles qui peuvent avoir été projetées pendant la distillation, peser le résidu, ou mieux le coupeller avec du plomb pauvre, car il est rare qu’un peu de pyrite n’ait pas été entraînée mécaniquement dans l’amalgame.

Auge sibérienne. — Les matières aurifères que l'on essaye à l’auge sibérienne sont ordinairement des graviers ou des terres argileuses. On emploie pour ces deux classes deux appareils un peu différents, comprenant chacun un caisson de débourbage et une table de lavage inclinée.

Description de l’appareil.—L'auge employée pour les graviers se compose (fig. 19) d'une caisse rectangulaire, ouverte par le haut et à l’une des extrémités; le caisson de débourbage A est recouvert d’une planche percée ou d’une tôle perforée formant crible. L’ouverture des trous est de 1 à 2 centimètres. Sur ce crible on charge à la pelle le minerai tout-venant.

Le caisson est séparé de la table de lavage, formée par le fond de l'auge, par un petit seuil en bois de 50 à 60 millimètres de hauteur. La table, légère-

ment inclinée, est divisée en deux parties par un tasseau transversal B occupant toute la largeur de la table.

Fig. 19.

L’auge employée pour les terres argileuses (fig. 20) ne diffère de la précédente que par son caisson de débourbage. Ce dernier n’est pas recouvert d’un crible, mais est divisé transversalement en deux parties par une planche qui

ne descend pas jusqu’au fond du caisson. Les mottes sont écrasées entre celle planche et le fond de la caisse et désagrégées par l’eau fournie par le réservoir supérieur. L’eau entraîne les sables et l'or sur la table de lavage comme -dans l’appareil précédent.

Mode de travail. — On jette les graviers, par pelletées, sur le crible supérieur et on les arrose abondamment à l’aide d’un ou plusieurs robinets fixés à un réservoir d'eau placé au-dessus de l’appareil. L’eau entraîne toutes les matières fines, à travers le crible, dans le caisson de débourbage et laisse les cailloux sur le crible. On rejette ces derniers aussitôt qu’ils sont bien laves. Les matières argileuses, traitées dans l’appareil qui leur est spécial, donnent également des sables débourbés qui se rassemblent au fond du caisson de débourbage. On traite à la fois 15 pouds (240 kilogrammes) d’alluvions.

On agite ces sables, au moyen d’un petit râble à long manche, et on les fait passer peu à peu sur la table de lavage. Les matières lourdes s’arrêtent contre le tasseau B et sont progressivement enrichies par l’action du râble qui les remonte continuellement vers le seuil C. C’est donc sur cette partie supérieure de la table que se fait le véritable travail de concentration.

Lorsque toute la matière retenue sur la partie supérieure BC de la table est bien lavée, l'ouvrier travaille de la même manière les sables retenus eu BD, dans lesquels a pu venir une petite quantité d’or ; puis il fait passer dans celle partie l'or elles pyrites retenus contre le tasseau B, et il achève le lavage.contre le tasseau D, en se mettant à genoux devant l’auge et employant une petite raclette. L’or ainsi recueilli est mis dans un cornet de papier, et envoyé au laboratoire d'essais.

Ce mode de lavage est la reproduction en petit du traitement industriel des minerais. 11 donne le même rendement que le traitement en grand et permet ainsi d’évaluer très exactement la quantité d'or qui sera fournie par l’exploitation. On perd en moyenne 6 dollis par 100 pouds; soit 0* r ,156 par tonne. La teneur est toujours donnée en zollatnicks par 100 pouds ; la relation avec les poids métriques est la suivante : 1 zollatnick par 100 pouds correspond à 2« r ,6 par tonne métrique.

Le travail est fait par 4 ouvriers, souvent 1 homme et 3 femmes. Ils peuvent passer par journée 300 pouds, soit 4800 kilogrammes de minerai.

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