PAR
E. LEIDIÉ
PROFESSEUR AGRÉGÉ A L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE LE L’UNIVERSITÉ DE PARIS
Rh.
Masse atomique.= 103,00.
HISTORIQUE
Les premières méthodes qui furent employées, à la fin du siècle dernier, pour extraire le platine de sa mine, consistaient à épuiser les sables platinifèrespar l’eau régale, et à précipiter de cette solution le platine par le chlorure d’ammonium. Or un certain nombre de métaux, comme le rhodium et l’iridium, qui, lorsqu’ils sont isolés, sont insolubles dans l’eau régale, s’y dissolvent lorsqu’ils sont alliés au platine en faibles proportions; de plus, ils sont quelquefois entraînés par le platine lorsque, dans certaines conditions, on traite leur mélange par le chlorure d’ammonium.
Il n’est donc pas étonnant que, dès 1799, Mussin-Puscbkin {Annales de Crell, 1799, 6" cahier) ait observé dans le traitement du platine brut, pendant la précipitation du platine, certaines anomalies inexplicables ; mais ce savant ne poussa pas plus loin ses investigations. Collet-Descotils (Mémoire communiqué à l’Institut national le 3 vendémiaire an XII) fut le premier à soupçonner dans le sable platinifère l’existence d’autres métaux; il caractérisa vaguement leur présence il est vrai, mais il insista sur les conditions dans lesquelles le précipité du muriate ammoniacal de platine se colorait en rouge: il attribua cette coloration à la présence d’un métal jusqu’alors inconnu qui se trouvait entraîné dans la précipitation, mais il ne lui donna aucun nom particulier {Ann. Chim. et Phys. [1], t. XLVIII, p. 153 — [1803]),
A la même époque, pendant que Collet-Descotils continuait ses travaux, Fourcroy et Vauquelin, chargés par l’Institut de répéter les expériences de Mussin-Puscbkin, entreprirent des recherches sur cette question et découvrirent
plusieurs propriétés (lu prétendu métal nouveau ; mais ils confondirent ensemble, comme l’avait fait Collet-Descotils, tous les métaux alors inconnus qui accompagnent le platine dans sa mine. Ils donnèrent à ce prétendu métal le nom de Plènei^lUs reconnurent d’ailleurs la priorité de Collet-Uescolils dans leurs Mémoires présentés à l’Institut national les d vendémiaire, 17 vendémiaire et 23 pluviôse an XII (26 septembre 18U3, 10 octobre 1803 et 13 février 1804) (Ann. Chiiii. et Phys. [1], t. XLVIII, p. 177; t. XLIX, p. 188; t. L, p. 5 — [1803-1804].
La découverte du rhodium appartient en réalité à Wollaston, qui le retira, presque en même temps que le palladium, de la partie du sable platinifère soluble dans l’eau régale : il lui donna ce nom de Rhodhim (2) à cause de la couleur rouge de quelques-unes de ses dissolutions salines. (Mémoire lu à la Société royale de Londres le 24 juin 1804, Philosoph. Transact., 1804, p. 419, 426). Mais, pour des motifs qui ont été exposés à propos de l’historique du italladium, la découverte du rhodium, qui est expérimentalement postérieure à celle du palladium, a été officiellement puitliée eu même temps.
Voici en principe comment opérait Wollaston. Après avoir neutralisé les eaux mères du platine par la soude, et en avoir précipité le palladium au moyen du cyanure ne mercure, il détruisait l’excès de cyanure de mercure par l’acide chlorhydrique, puis évaporait à sec le résidu et le mettait en digestion avec de l’alcool fort(D =0,837). Cet alcool dissolvait le chloroplatinate de sodium avec des traces de chloroiridate de sodium, ainsi que les chlorures de fer, de cuivre, de mercure qui préexistaient dans le minerai ou qui avaient été introduits pendant les traitements, et laissait indissous le sesquichlorure double de rhodium et de sodium. Ce sel était lavé à l’alcool, séché et réduit dans l’hydrogène au rouge sombre; par dés lavages à l’eau, on séparait le rhodium d’avec le chlorure alcalin.
Les principales combinaisons du métal nouveau furent étudiées peu de temps après par Berzelius, puis plus tard par Claus, Wôhler, Fremy, Gibb, Bunsen, etc. Mais c’est à H. Sainte-Claire Deville et à Debray que l’on doit la connaissance d’une méthode plus précise permettant de le séparer plus exactement d’avec les autres métaux qui l’accompagnent dans la mine de platine.
Depuis cette époque, le rhodium a fait l’objet d’un certain nombre de travaux de révision qui ont eu pour but de le faire sortir de l’ancien groupe des métaux de la mine de platine, lequel n’a pas de raison d’être, et de le rapprocher des métaux tels que le chrome, le cobalt, le manganèse avec lesquels il présente de très grandes analogies (Jurgensen) (Leidié).