‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 17e cahierChapitre 3 sur 207 · PLATINE ET MÉTAUX DE LA MINE DE PLATINE · texte numérisé non relu

PLATINE ET MÉTAUX DE LA MINE DE PLATINE

Fascicule 1 Fascicule 2 j

Osmium, Ruthénium.

i Par MM. A. Joly } etM. Vèzes.

Platine et Généralités sur les métaux de la miné de Platine. Par M. M. Vézks.

1 Palladium. i

Fascicule 3 l Iridium. | Par M. E. Lemui.

( Rhodium. )

i i Métallurgie, Analyse des métaux de la mine rascicuie 4 < d» Platine. .

Par M. E. Lsioié.

PALLADIUM

E. LEIDIÉ

PHOFESSEÜR AGRÉGÉ A L’ÉCOLE SDPÉRIEÜRE DE PHARMACIE DE L’UNIVERSITÉ DE PARIS

Masse atomique = 106,00.

HISTORIQUE

Dans le courant du mois d’avril 1803, une circulaire distribuée à Londres annonçait au monde savant qu’un métal nouveau, possédant des propriétés intermédiaires entre celles des métaux nobles et celles de l’argent, se trouvait en dépôt chez Forster, négociant en minéraux à Londres, et s’y vendait sous Je nom i\e palladium ou nouvel argent. On ne pouvait se procurer aucun renseignement sur l’origine ou sur l’état naturel de la substance, et l’auteur ■de cette découverte refusait de se faire connaître 0).

(I) Voici la traduction de l'imprimé que l'on débitait avec le métal et qui contenait l'exposé succinct de ses propriétés ;

PALLADIUM ou NOUVEL ARGENT.

« Entre autres propriétés, ce métal jouit des suivantes, qui prouvent que c’est un métal noble.

« 1“ Il est soluble dans l’eau forte pure et donne une dissolution d’un rouge foncé ;

« 2” Le sulfate de fer vert le précipite de cette dissolution à l'état de régule, comme il précipite l’or de sa dissolution dans l’acide nitro-muriatique ;

s 3° Si vous évaporez sa dissolution, vous obtenez un oxyde rouge qui se dissout dans l’acide muriatique et dans tous les autres acides ;

« 4° 11 est précipité de sa dissolution par le mercure et par tous les métaux, excepté par l’or, le platine et l’argent;

« 5° Sa pesanteur spécillque, après avoir étéforgé, est de 11,3; mais, après avoir été aplati par le laminage, elle est de 11,8;

« 6° Chauffé dans un foyer ordinaire, sa surface se ternit un peu et tourne au bleu ; mai* elle reprend son éclat lorsqu’on la chauffe plus fortement, ainsi qu’il arrive à tous les métanx nobles ;

■ 7“ La plus grande chaleur d’une forge suffirait à peine pour le fondre;

c 8° Mais, si on le touche avec un petit morceau de soufre, lorsqu'il est très chaud, il fond et coule aussi facilement que le zinc.

€ 11 ne se vend que chez M. Forster, Gerrard Street, n” 26, en échantillons de 6 schellings, d’une demi-guinée, et d'une guinéo chacun, »

INCVCLOP. CBIH. 1

Pour cette époque, l’isolement d’un corps simple offrait un intérêt scientifique considérable; c’est pourquoi la façon insolite dont cette découverte était présentée excita la défiance des chimistes, et fit croire que cet artifice cachait quelque imposture, ou bien couvrait quelque spéculation commerciale.

Chénevix fut un des premiers savants qui cherchèrent à dévoiler la nature du nouveau métal. Tout d’abord, l’observation de légers écarts entre la densité des différents échantillons qu’il s’était procurés et la densité annoncée, écarts qui tenaient sans doute au travail mécanique qu’avait subi la substance, puis, une série de considérations théoriques sur le déplacement des métaux les uns par les autres, considérations tirées des propriétés que l’on attribuait au nouveau métal, l’amenèrent à penser que le palladium ne pouvait être un élément simple et devait être un alliage de platine et de mercure. 11 développa ensuite cette idée, que l’affinité, étant une force plus puissante que celle que les chimistes peuvent mettre en œuvre, les métaux, eu s’unissant, devaient perdre les propriétés qui les caractérisent individuellement, pour donner un alliage dissemblable de ses composants et irrésoluble en ses éléments primordiaux par les méthodes ordinaires de la chimie. De la sorte il fut conduit, au lieu de procéder à l’analyse de sou métal, à en constituer pour ainsi dire la synthèse. Mais ses essais multipliés, répétés sous des formes diverses, lui donnèrent toujours des alliages dont la densité était supérieure à celle du palladium type, et dont il ne pouvait extraire autre chose que du platine et du mercure. 11 se consola de ses tentatives infructueuses en disant que c’était un exemple de densité anormale, et qu’il ne doutait pas « que la persévérance des cliimistes ne vînt un jour à bout de dévoiler l’artifice dont se servait l’auteur de la découverte du palladium, pour arriver à le former de toutes pièces ».

Néanmoins, et malgré ces résultats négatifs, Chénevix, obstinément attaché à son idée préconçue, annonça à la Société lioyale de Londres, le 12 mai 1803, qu’il était parvenu à reproduire le palladium, et que celui-ci n’était pas un corps simple, mais un alliage formé de 01 parties de platine et de 39 parties de mercure {Ann. Chim. et Phys. [1], t. XLYI, p. 333; t. XLVII, p. 151).

L’attention des savants était éveillée. Pendant que Vauquelin (*) et Trommsdorff(^), possesseurs d’un échantillon du nouveau métal, vérifiaient les propriétés qui lui étaient attribuées. Rose et Gehlen (3), ainsi que Richter (O, répétaient sous toutes les formes les expériences synthétiques de Chénevix, et n’obtenaient que des résultats négatifs. Les assertions de Chénevix étaient réduites à néant.

Enfin, en 1801, l’auteur de cette découverte jusque-là entourée de mystère se fit officiellement connaître. C’était Wollaston, qui, levant l’anonyme, se décida à dévoiler son secret, et qui, dans un mémoire adressé à la Société Royale de Londres {Philosoph. Transact., 1804, p. 419-420), annonça la découverte presque simultanément réalisée de deux métaux nouveaux trouvés dans le platine brut, le Palladium et le Rhodium, et en décrivit les principales propriétés (Voir Wollaston, Index bibliographique, p. 144).

(t) Vauquelin, Ann. Chim. et Phys. [I], t. XLVI, p. 333.

(2) Trorumsdorlî, Senes allg. Journ. Chem. (Gehlen), t. II, p. 238.

(3) Rose et Gehlen, Ann. Chim. et Phys. [1|, t. LU, p. 5.

(4) Richter, .4nn. Chim. et Phys. [1], t. LU, N 17.

PALLADIUM

Voici dans quelles circonstances Wollaston fut mis sur la voie de sa découverte.

En analysant les eaux mères qui provenaient du traitement de la mine de platine et qui avaient été presque entièrement dépouillées de platine par le chlorure d’ammoriiim, il avait remarqué qu’une partie de la poudre métallique précipitée en même temps que le reste du «platine par le fer, et que l’or par le sulfate de fer, se dissolvait dans l’acide azotique comme l’argent, et cependant différait de ce métal : il avait été alors conduit à étudier la nature et les propriétés de la substance ainsi dissoute; de sorte que la découverte du palladium est originairement antérieure à celle du rhodium qui a été cependant publiée officiellement la première. Il donna pour raison de ce retard, et du motif qui l’avait poussé à publier un précis des caractères de son nouveau métal sans diriger l’attention des chimistes vers la substance d’où il l’avait extrait, qu’il avait remarqué dans l’analyse des minerais de platine certaines irrégularités dues à la présence du rhodium, et qu’il désirait se réserver le loisir d’examiner et d’expliquer ces anomalies.

Wollaston donna à son nouveau métal le nom de Palladium, de celui de la planète Pallas, qui venait d’être découverte à peu près à la même époque (le :28 mars 1802) par son ami l’astronome ülbers.

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