COMBINAISONS DU PALLADIUM AVEC LE CARBONE
Le palladium chauffé au rouge blanc dans une cornue garnie de noir de fumée devient cassant sous le marteau (Bréant).
Celte ancienne observation ne permet pas d’admettre que le palladium se combine au carbone, tandis que les expériences de Wôhler, de Th. Wilm, de Boussingault, de Moissan démontrent le contraire.
Le palladium, sous forme d’éponge ou de lame, maintenu dans la flamme d’une lampe à alcool, se gonfle considérablement et se recouvre d’un amas marne-
PALLADIUM. S,-
•onné de carbone. Ce phénoinéne est dû à la décomposition qu’éprouvent les hydrocarbures résultant de la combustion de la flamme sous l’influence du palladium; ce métal absorbe puis abandonne indéfiniment, par.une sorte d’action continue, l’hydrogène qui résulte de leur décomposition et qui brûle sous forme d’eau, tandis que le carbone se dépose petit à petit. Il en est de même si l’on chauffe le palladium dans un courant d’éthylène (Berzelius ; Wôbler : f^iebig’s Ann., t. CLXXXIV, p. 128).
L’action est plus nette si l’on opère avec le gaz d’éclairage; le carbone ainsi obtenu brûle difficilement, il est vrai, mais sans résidu ; et le métal chauffé dans l’hydrogène, puis refroidi dans un courant d’acide carbonique ou d’azo.te, l'eprend son poids primitif qui avait subi une augmentation insignifiante. On pout même installer l’expérience d’une façon continue en chauffant le métal dans une série de courants gazeux, d’abord de gaz d’éclairage, puis d’oxygène, onfin d’hydrogène, et laissant refroidir dans un gaz inerte ; le palladium a •■opris son volume et son poids primitifs (Th. Wilm, Dent. chem. Gesell.,i. XIV, P- 874 ; Société chimique russe, 10/22 septembre 1881).
Si, dans ces expériences, les gaz employés n’ont pas été soigneusement privés de soufre, de phosphore et d’arsenic, le métal reste cassant.
Moissan a repris ces expériences sous une autre forme, et a montré qu’à des températures oû le carbone se combine à certains métaux pour former des carbures, ce corps reste sans action sur le palladium.
On introduit du palladium pulvérisé (et au besoin mélangé avec du charbon de sucre) dans un petit creuset de charbon muni de son couvercle ; le tout est disposé dans un autre creuset de même substance rempli de charbon de sucre pulvérisé. On chauffe dans le four électrique pendant dix minutes avec un courant de 300 ampères et de 50 volts. Après refroidis.sement, le métal est réuni en un seul culot qui n’a pas changé sensiblement de poids et qui a gardé toute sa malléabilité.
Ce culot est attaqué par l’acide azotique concentré (D = 1,35) ; le palladium s’y dissout sans dégagement d’acide carbonique, et il reste un résidu noir, brillant, cristallin, qui est du graphite foisonnant, entièrement transformable en acide graphitique; le poids du graphite inclus représentait de 1,20 à 1,31 pour 100 du poids du culot.
La limaille de ce culot métallique carburé, chauffée de nouveau en présence du carbone, avec un courant de 950 ampères et de 50 volts, dissout un peu plus de carbone, de 2,32 à 2,45 pour 100, mais ne s’y combine pas. Le palladium, comme le platine, l’iridium et le rhodium, dissout donc du carbone à la température du four électrique, mais il l’abandonne avant sa solidification, sans former de combinaison analogue aux carbures métalliques (Moissan, Compt. rend. Acad, des Sciences, t. CXXIIl, p. 16; Bull. Soc. chim. [3], t. XV, p. 1292).