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CLASSIFICATION FONDÉE SUR L’ATOMICITÉ

Gerhardt avait admis que tous les composés organiques peuvent se rapporter à quatre types fondamentaux: l’hydrogène, l’eau, l’acide chlorhydrique et l’ammoniaque. Ces types, d’après M. Wurtz, représentent les premiers états de

condensation de la matière. C’est de là qu’est née l’idée d’atomicité. L’hydrogène et le chlore ont été considérés comme éléments monoatomiques ; les divers corps simples ont été classés au rang des éléments diatomiques, triatomiques, et tétratomiques, selon qu’ils exigent deux, trois, quatre atomes d’hydrogène ou de chlore pour former des composés saturés. La notion de la tétratomicité du carbone a été développée par M. Kékulé ; elle a permis de rendre compte d’un grand nombre de faits en chimie organique, aussi les partisans de l’atomicité ont-ils cherché à étendre leurs théories à la chimie minérale. « Pour les corps simples comme pour les corps composés, dit M. Wurtz, l’atomicité est le principal moyen de classification. Les familles naturelles des métalloïdes que M. Dumas a établies sont des groupes de corps simples d’égale atomicité... On peut établir de tels groupes parmi les métaux et ces rapprochements sont bien plus fondés que les relations artificielles qu’établit entre les métaux le degré de leur affinité pour l’oxygène (1). »

Voici la classification proposée par M. Naquet dans ses Principes de chimie (1. I, p. 248, 2® édition) :

classe. — Métaux mono atomiques.

Argent. i Potassium.

Lithium. Rubidium.

Sodium. I Césium.

2“ classe. — Métaux diatomiques.

Calcium.

Baryum.

Strontium.

Magnésium.

Cérium.

Lanthane.

Didyme.

Yttrium.

Erbium.

Terbium.

Thorium.

Zinc.

Cadmium.

Cuivre.

Mercure.

3' classe. — Métaux triatomiques.

Or. I Vanadium.

Thallium. |

4® classe. — Métaux tétratomiques.

Aluminium.

Glucinium.

Manganèse.

Fer.

Chrome.

Cobalt.

Nickel.

Plomb.

Platine.

Palladium.

(t) Leçons de philosophie chimique, p, 168.

5‘ classe. — Métaux pentâtomiques.

Jusqu’ici on ne connaît aucun métal appartenant à celte classe.

6® classe. — Métaux hexatomiques.

Molybdène. | Rhodium.

Tungstène. Rulhénium.

Iridium. 1

En nous plaçant au point de vue de la doctrine de l’atomicité, il nous sera facile de signaler un certain nombre d’erreurs dans la classification ci-dessus.

Le chrome, qui d’après Unverborden donne un bexafluorure, doit être considéré comme hexatomique. Son heptatomicité résulte de même de l’existence de l’heptalluorure décrit par Wœhler et Dumas.

La létratomicité de l’aluminium n’est pas appuyée sur des preuves suffisantes. On se fonde sur l’analogie du chlorure d’aluminium APGF’etdu sesquichlorurede carbone C^CP, et on admet que les deux atomes d’aluminium échangent une atomicité. C’est là une pure hypothèse; on ne connaît aucun composé d’aluminium correspondant à la forme AIXL II serait tout aussi plausible d’admettre la pentatomicité de l’aluminium, et de supposer que dans le chlorure ces deux atomes sont réunis par une double liaison. Mais n’est-il pas infiniment plus simple de considérer avec Mendéléelî la molécule APCP comme un polymère du chlorure normal AIGP? Ce serait là une anomalie comparable à celles des densités de vapeur de l’acide arsénieux (qui correspond à As^O® et non à As^O®), et du soufre à 440 degrés. Les expériences récentes de V. Meyer et Zublinont prouvé qu’à G19 degrés le chlorure d’étain a pour formule Sn^CD, tandis qu’entre 880 et 970 la densité correspond à SnCP. Il en est de même pour le chlorure ferreux dont la vapeur, composée à basse température de Fe^CP, se dédouble à une température plus haute en FeCP.

Il y a là un phénomène de dépolymérisation sous l’action de la chaleur qui paraît commun à tous les chlorures volatils. On en peut conclure que si la vapeur de chlorure d’aluminium ne se décomposait pas au-dessus de 097 degrés centigrades, on pourrait observer son dédoublement en AlGl’.

Ces quelques exemples montrent le peu de solidité des arguments invoqués à l’appui de l’atomicité de la plupart des éléments. On en pourrait citer d’autres exemples, et en particulier celui du soufre qui, d’abord diatomique, est devenu successivementtétratomique, puis hexatomique. Une propriété aussi mal définie, aussi indéfiniment élastique, ne peut, ce semble, prétendre à servir de point de départ à une théorie embrassant l’ensemble des phénomènes chimiques. On sait comment lanotion de l’atomicité absolue, défendue au début par M. Kékulé, a fini par succomber. La doctrine de l’atomicité relative ne se soutient pas mieux ; de l’aveu de son représentant le plus autorisé elle n’est « que l’expression rajeunie et développée des proportions multiples (1). »

(1) Wurtz, Leçons de philosophie chimique, p. 221, — Blomstrand dit de son côté ; « La loi de ratomicitc n’est qu’une modification de la loi des proportions multiples. » [Die Chemie der Jehl^eil, 1869.)

PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES MÉTAUX ET Df;s SELS 13

M. Berlhelot, clans sa Synthèse chimique, après avoir combattu l’ensemble de la théorie atomique par une argumentation serrée, dit qu’il n’en « reste plus qu’un roman ingénieux et subtil (1). » Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici cette critique puissante, mais elle soulève des ciuestions qui nous entraîneraient hors du cadre de notre étude. Nous renverrons le lecteur à l’ouvrage du savant chimiste (2), en demandant la permission de citer un passage du mémoire de Mendéléeff où la théorie atomique est attaquée sur le champ plus restreint de l’atomicité. La critique du chimiste russe est restée sans réponse ; elle réduit à néant les idées de liaisons, de combinaisons moléculaires, et montre comment l’idée d’atomicité, née de l’étude presque exclusive des composés de carbone, perd toute signification dès qu’on veut l’étendre aux autres éléments.

1“ La pierre angulaire de cette hypothèse, c’est la division de toutes les combinaisons chimiques en combinaisons atomiques et en combinaisons moléculaires; mais l’hypothèse ne touche que les combinaisons du premier genre; les combinaisons moléculaires ne sont pas prises en considération ni généralisées. La division susdite, division qui règne depuis longtemps, est dépourvue de toute solidité; elle est si artificielle et si arbitraire, que le chlorhydrate d’ammoniaque et le perchlorure de phosphore sont considérés par quelques personnes comme des combinaisons moléculaires. En réalité, il n’y a pas un seul caractère qui limite nettement les catégories de combinaisons mentionnées plus haut. Qu’elles contiennent des molécules entières, indépendantes, les unes à côté des autres, qu’elles soient incapables de se transformer en vapeurs, qu’il n’y ait qu’une faible modification dans les réactions chimiques, lorsque la combinaison a eu lieu, ce sont là des caractères insuffisants, sinon

PtGl‘ = PtCB -f CN KCIOL etc.,

pourraient être considérées comme des combinaisons moléculaires. Mais s’il est impossible d’établir aucune limite entre les combinaisons moléculaires et les combinaisons atomiques, la possibilité de fixer la valeur ou l’atomicité des éléments en se basant surtout sur les combinaisons avec l’hydrogène et avec le chlore s’évanouit. PtCP n’est pas une combinaison limite, car PtCP peut se combiner encore avec 2 HCI -1-6 H-0 ou avec 81BO, et d’autres molécules peuvent être substituées à ces dernières. La formule de l’acide hydrofluosilicique, SilI^F®, qui se reproduit pour beaucoup d’éléments, indique, si l’on veut, l’hexatomicité du silicium, tandis que cet élément comparé à l’hydrogène et au chlore est tétratomique. Pour prouver que cette forme de combinaison n’est pas déterminée par la présence et par les propriétés particulières du fluor, il suffit de mentionner PtH^CI^, et les sels correspondants, ainsi que les cyanures doubles.

2“ Pour apprécier l’atomicité des éléments, on part des combinaisons avec l’hydrogène, bien que des soixante-trois éléments connus jusqu’à présent, di.x-sept tout au plus aient été combinés avec lui; en outre, il ne donne qu’une combinaison avec un atome d’un élément, tandis que d’autres éléments, et même le chlore, peuvent fournir plusieurs combinaisons. Par conséquent, il est au moins peu pratique de juger des combinaisons d’un élément avec d’autres éléments, d’après ses combinaisons avec

(1) Synthèse chimique, p. 164.

Voy. aussi tes citations importantes du livre de M. Bertiielot, dans l'Encyclopédie, t. t.

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