‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 2e cahier (volume 3)Chapitre 1 sur 107 · Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 2e cahier · texte numérisé non relu

Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 2e cahier

La nature complexe des alcalis et des terres alcalines avait été pressentie par Lavoisier. Il les considérait comme des bases salifiables susceptibles de s’unir directement aux acides pour fournir des sels neutres, sans oxydation préalable. Les métaux ne pouvant, au contraire, se dissoudre dans les acides qu’après avoir fixé une certaine proportion d’oxygène provenant de la décomposition de l’eau ou de l’acide, Lavoisier en concluait que « toutes les substances qui ont une grande affinité avec les acides contiennent de l’oxygène ». De là cette conjecture vraisemblable que les trois alcalis et les quatre terres salifiables renferment également de l’oxygène.

L’illustre chimiste ajoutait : « Il est probable que nous ne connaissons qu’une partie des substances métalliques qui existent dans la nature ; toutes celles, par exemple, qui ont plus d’affinité avec l’oxygène qu’avec le carbone ne sont pas susceptibles d’être réduites ou ramenées à l’état métallique; et elles ne doivent se présenter à nos yeux que sous la forme d’oxydes, qui se confondent pour nous avec les terres... Il serait possible, à la rigueur, que toutes les substances auxquelles nous donnons le nom de terres ne fussent que des oxydes métalliques irréductibles parles moyens que nous employons. »

Ce n’est qu’au commencement de ce siècle que les expériences mémorables de sir Humphry Davy sont venues confirmer cette vue profonde du fondateur de la chimie moderne.

En 1807, Davy, au cours de ses recherches sur la décomposition électro-chimique des sels, eut l’idée de soumettre la potasse en dissolution concentrée à l’action d’une puissante batterie voltaïque, sans observer autre chose qu’un dégagement d’oxygène et d’hydrogène. Attribuant cet insuccès à l’influence décomposante de l’eau, il recommença l’expérience avec de la potasse maintenue en fusion dans une cuiller de platine; l’électrode négative au contact de la potasse s’entoura d’une brillante auréole de flamme. Mais dans ces conditions, il était impossible de recueillir le métal combustible.

Enfin, après avoir constaté que la potasse devient conductrice dès qu’elle est faiblement humectée, Davy fit l’expérience suivante :

« Un petit fragment de potasse, qui était resté exposé quelques secondes à

ENCTCLOP. CHIM. 1

l’air, de façon à en rendre la surface légèrement humide, fut placé sur un disque isolé de platine communiquant avec le pôle négatif d’une batterie de 250 couples, en pleine activité. Un fil de platine, relié au pôle positif, fut mis en contact avec la surface supérieure de la plaque alcaline. Tout l’appareil était exposé à Tair libre.

« Dans ces conditions, il se produisit bientôt une action très vive. La potasse se mit à fondre à ses deux points de contact avec les électrodes. Il se produisit une violente effervescence à la face supérieure. A la face inférieure il n'y eut pas de dégagement gazeux, mais on y vit apparaître de petits globules d’un vif éclat métallique pareils aux globules de mercure. Quelques-uns brûlaient avec explosion en jetant un vif éclat, au moment même de leur formation. Les autres persistaient dans leur premier état, mais ils se ternissaient bientôt et se recouvraient d’une pellicule blanche. De nombreuses expériences me montrèrent bientôt que ces globules formaient la substance que je cherchais, et que c’était là un principe inflammable particulier qui formait la base de la potasse. »

La découverte de Davy présente un intérêt historique considérable. Elle a fixé d’une façon définitive la constitiilion des bases alcalines et alcalino-terreuses. Mais on n’obtient ainsi que des quantités insignifiantes de métal. On chercha donc à isoler le métal par des méthodes chimiques. Thénard et Gay-Lussac eurent recours à l’action du fer sur l’hydrate de potasse. Curaudau chercha à réduire le carbonate de potasse par le charbon ; ce procédé perfectionné successivement par Brunner et par MM. Donny et Mareska est généralement employé aujourd’hui.

Le vaoi potassium dérive régulièrement de celui à.% potasse, qui a lui-même une origine germanique en aLemand pottasche signifie cendres au pot, et on désigne plus spécialement sous ce nom le carbonate de potasse provenant de l’incinération des plantes). Quant au mot alkali, il est emprunté à la langue arabe, d’où il est passé dans les dialectes européens; les Allemands en ont formé le nom kalium pour le métal correspondant, qu’ils représentent par le symbole K. Ce symbole a été universellement adopté.

Page 1