ACTION PHYSIOLOGIQUE DES SELS DE RUBIDIUM
On connaît depuis longtemps l’action physiologique spéciale des sels de potassium qui sont de véritables poisons. Introduits dans l’organisme vivant soit par injection sous-cutanée, soit par injection intraveineuse, ces sels déterminent la mort de l’animal à très petites doses par l’arrêt du cœur. La grande analogie du potassium et du rubidium devait faire penser que les sels de ce dernier métal étaient également toxiques, tandis que les animaux peuvent au contraire supporter une dose considérable de sels de soude qui ne paraissent pas produire d’action particulière. Gependant, avant les dernières recherches de Gh. Richet, l’étude de l’action physiologique des sels de rubidium n’avait pas été faite systématiquement, et nous ne possédions à ce sujet que quelques essais isolés que nous avions cru devoir négliger dans la rédaction de l’article précédent.
Une première expérienee avait été faite parGrandeau (2) qui avait constaté qu’une dose de 08^,66 de chlorure de rubidium (soit 0 b'‘, 47 de métal), n’avait pas suffi pour tuer un lapin, et que 1 gramme de ce même sel (soit Oer,705 de métal) n’avait pas tué un chien. Rabuteau (3) avait ingéré 0s'',25 d’iodate de rubidium sans éprouver aucun effet, et fait absorber de ce sel à un chien
(1) Bull. Soc. miner. (1883), t. V, p. 53 et l. VI, p. 311 et Bull. Soc. chim., t. XLI, p. 632 et 631.
(2) Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1867, p. 378.
(3) Eléments de chimie minérale, p. lU'J.
sans observer de symptômes d’empoisonnement. Plus récemment, Lânder Brunton et Cash (1) ont étudié l’action du chlorure de rubidium sur les grenouilles.
En 1885, Ch. Richet (2) a repris mélhodiquement ces recherches, en expérimentant sur des espèces très différentes d’animaux et en opérant soit par injection sous-cutanée, soit par injection intraveineuse, avec le chlorure de rubidium.
Ce dernier mode est celui qui amène la mort avec la plus petite quantité de matière. En rapportant le poids du poison employé à 1 kilogramme du poids de l’animal et l’exprimant en poids du métal, on a trouvé dans cinq expériences, commes doses toxique minima :
OssBlS 09^490 09%6tl 09%613 09',297.
Ces doses ont été surfisantes pour amener la mort, tandis que des quantités un peu inférieures ne produisaient pas cet effet. La mort survient par l’arrêt du cœur.
Lorsque le poison est introduit sous la peau, son action toxique est moindre et la dose minima est représentée par des nombres supérieurs. Ch. Richet a pu comparer cette action à celle produite dans les mêmes conditions par le chlorure de lithium et par le chlorure de potassium. Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau suivant, rapportés à 1 kilogramme du poids do l’animal.