CARACTÈRES QUALITATIFS
Les sels de lithine ont beaucoup de propriétés communes avec ceux des autres alcalis ; on insistera particulièrement sur les caractères qui permettent de les distinguer de ces derniers. Ils sont en général plus fusibles, et plus facilement décomposables par la chaleur; plusieurs sont très déliquescents, et ne
(1) D. Klein, Ann. de chim. et de phys., 5' sér., t. XXVIII, p. 418.
(2) Holst, Benehte, 1875, p. 125.
(3) Norblad, Beiichte, 1875, p. 127, et Rammclsberg, Berichte, 1883, p. 167G.
(4) Rammelsberg. J. B., 1808, p. 105.
(5) Nilson, Bull. Soc. chim., t. XXXI, p. 300.
LITHIUM
peuvent être obtenus cristallisés qu’après une longue évaporation dans le vide sec. Il sont aussi généralement plus solubles que les sels de potasse : ainsi les acides sulfurique, chlorique, oxalique, percblorique et tartrique, le bichlorurc de platine et le sulfate d’alumine, ne précipitent pas les sels de lithine même en dissolution concentrée. Ces caractères font rapprocher la lithine de la soude, et l’éloignent de la potasse ; mais d’autres les séparent à la fois de cps deux bases : les carbonates de potasse et de soude donnent un précipité abondant, soluble dans les dissolutions contenant des sels ammoniacaux (pour cette raison la précipitation par le carbonate d’ammoniaque est incomplète). Le carbonate de lithine est très peu soluble dans l’eau, et plus soluble dans l'eau chargée d’acide carbonique, comme il arrive pour les carbonates alcalino-lerreux, et contrairement à ce qui se produit pour les bases alcalines; de même il ne paraît pas exister de bicarbonate.
Le phosphate de soude donne dans les dissolutions rendues alcalines par la soude ou la potasse un précipité de phosphate de lithine soluble dans les acides et les sels ammoniacaux. Ce caractère rapproche encore le lithium des métaux alcalino-terreux.
Les sels de lithine précipitent par l’acide picrique.
Le chlorure et l’azotate sont déliquescents, solubles dans l’alcool absolu et dans un mélange à parties égales d’alcool absolu et d’éther ; ils sont complètement volatils dans la flamme d’un bec Bunsen, à laquelle ils communiquent, comme tous les autres sels de lithine, une coloration rouge tout à fait caractéristique, qui permet de reconnaître le lithium très rapidement et avec certitude.
La teinte rouge pourpre communiquée à la flamme par la présence d’un sel de lithihe ne pourrait être confondue qu’avec celle que donnent les sels de strontiane dans les mêmes conditions.
En 1831, Talbot (1) avait remarqué que cette flamme examinée, à travers un prisme, ne donnait qu’une série de bandes rouges, tandis que la flamme de la strontiane donnait des bandes rouges, des bandes orangées et des bandes jaunes. Depuis, l’examen de cette coloration au speclroscope a permis de faire cette distinction très facilement ; mais, sans avoir recours à cet instrument, on peut reconnaître dans la plupart des cas la flamme de la lithine, qui est rouge carmin, de la couleur rouge extrême du spectre, tandis que celle de la strontiane est rouge orangé.
Chapman (2) a recommandé, pour faire celte distinction avec plus de certitude, de mélanger le chlorure avec du chlorure de baryum ; dans ces conditions, te chlorure de lithium donne la coloration rouge habituelle, tandis que le chlorure de strontium ne la fournit pas.
La présence de la potasse, au moins en petite quantité, ne modifie pas la coloration delà lithine, mais celle de lasoude,la masque complètement, même, d’après Pleischl (3), lorsqu’il n’y en a que l/500 e . Avec de plus petites quan-
(1) Dingl. Pot. J., t. LII, p. 466.
(2) Berichte, 1848, p. 962.
(3) Baumgartner's Zeitschrift, 1. IV, p. i.
tités de soude, la teinte devient rouge orangé. On peut néammoins, d’après Chapman (1), reconnaître la lithine en présence de la soude, en ajoutant préalablement un peu de chlorure de baryum ; l’essai, porté dans la flamme sur le fil de platine, se sépare de lui-même d’après l’ordre de volatilité décroissante des sels : on observe tout d’abord la couleur jaune de la soude, puis la flamme verte du baryum, puis la teinte rouge du lithium qui est très persistante.
La flamme de la lithine paraît rouge violacé au travers d’un verre bleu, rouge carmin au travers d’un verre violet, et disparaît au travers d’un verre vert. Avec un prisme à indigo, elle n’est pas modifiée si l’épaisseur est faible; mais si on l’augmente, la coloration devient plus faible et disparaît pour une épaisseur qui laisse encore passer les rayons rouges du potassium.
L’examen au spectroscope de la flamme de la lithine permet de distinguer deux raies d’intensité très inégale: une rouge brillante, dont la longueur d’onde est exprimée en millionièmes de millimètre par 670,0 (2), et une orangée faible, 610,2 (2) En outre, lorsque la lumière est très vive, ou bien si l’on emploie comme source de chaleur le chalumeau ou un jet d’hydrogène,on aperçoit une trace d’une raie bleue, voisine de la raie bleue du strontium, située à 460,4 (2-3). Toutefois la seule raie du lithium qui soit tout à fait caractéristique dans la flamme du gaz est la raie rouge 670,6 ; elle permet d’en reconnaître des traces, même-en présence d’un très grand excès d’autres métaux.
Lorsqu’on fait éclater l’étincelle électrique d’une bobine d’induction à la surface d’une dissolution de chlorure de lithium, et qu’on examine le trait de feu au spectroscope, les phénomènes sont modifiés : dans tous les cas, outre les deux raies principales 670,6 et 610,2, on aperçoit deux raies, l’une très faible, à 497,0, l’autre assez visible, à 460,4. De plus, lorsqu’on opère avec des dissolutions étendues, on remarque que la raie 670,6 est beaucoup plus visible que 610,2 (comme il arrive avec la flamme du bec Bunsen), tandis qu’avec des dissolutions concentrées, c’est au contraire la raie orangée qui est de beaucoup la plus forte (4); avec des dissolutions de concentration intermédiaire, on peut obtenir la même intensité pour les deux raies.
D’après Lecoq de Boisbaudran, lorsqu’on opère avec une solution très concentrée de chlorure de lithium, et une étincelle puissante, ou mieux encore lorsqu’on fait passer l’étincelle sur du carbonate de lithine fondu, on aperçoit une trace d’une raie étroite très faible à 413,0 (5).
(1) Berichie, 1850, p. 597.
(2; D’après Lecoq de Boisbaudran (Spectres lumineux, p. 55), — Thalen chim phys., !• sér., t. XVIII, p. 226) donne 670,52 — 610,2 et 460,27.
(3) Cette raie bleue a été observée pour la première fois dans une leçon de Tyndall (juin 1860), où ce savant projetait le spectre du chlorure de lithium par l’arc électrique. Frankland (Phil May., 4“ sér., t. XXII, p. 472; fit voir que cette raie était propre au lithium.
(4) L’aspect do ces deux spectres obtenus soit avec la flamme du bec Bunsen, soit avec l’étincelle d’induction et une dissolution concentrée de chlorure de lithium, est représenté sur la ligure 4, tel qu’il apparaît au spectroscope, c’est-à-dire sur une échelle arbitraire (la raie du sodium occuperait la division 100) ; en outre, les raies sont reportées en haut de la ligure sur une échelle de longueur d’onde (la raie du sodium occuperait la division 589,2).
(5) Schonn (Ann. Phys. Chem., t. X, p. 145) a obtenu six lignes faibles dans la portion ultraviolette du spectre du lithium. — D’après Liveing et Dewar (Phil. Trans., London, 1883, 1,187), on aperçoit dans cette même région les raies suivantes : 398,45 — 391,34— 386,23 - 379,90 — 323,20 — 274,10 — 256,15 — 247,50 — 242,35 — 239,45 — 237,55 — 235,90.