PROCÉDÉS DE DOSAGE
La lilhine, séparée des autres métaux, peut être dosée :
1° A l’état de sulfate anhydre, comme pour les autres alcalis. Cette méthode est très exacte; comme il n’existe pas de bisulfate stable à cette température, il suffit de chauffer au rouge naissant.
2° A l’état de carbonate; mais il faut éviter de chauffer au-dessus de 200 degrés, ce sel perdant de l’acide carbonique bien au-dessous du rouge.!
(1) Dingl. Pol. J., t. CCXL, p. 83.
(2) Ann. Chem. Pharm., t. CXXII, p. 348.
3° A l’état dé phosphate tribasique 3 LiO,PhO r ' (Mayer) (1). A cet effet, on mélange la dissolution avec un excès dé phosphate de soude (exempt de phosphate alcalino-terrcux), et assez de soude caustique pure pour que la liqueur soilalcaline, et l’on évapore à siccité. On reprend par l’eau, employée en quantité suffisante pour dissoudre les sels solubles, puis on verse un volume égal d’ammoniaque concentrée; on laisse digérer à chaud pendant douze heures et on lave à l’eau ammoniacale. Souvent les premières eaux de lavage entraînent un peu de phosphate de lithine ; on doit les évaporer de nouveau à siccité, et traiter le résidu de la même manière : on ajoute au premier ce second précipité, qui ne doit pas dépasser 1 à 1,5 pour 100 du poids total de phosphate recueilli. Ce phosphate est calciné au rouge. Mayer a retrouvé par cette méthode 99,61 pour 100 de la lithine employée; Fresenius (2), 99,84 — 99,89 —100,41. Cette méthode est donc très exacte ; toutefois elle est un peu longue, mais elle est la seule praticable lorsque la séparation de la lithine d’avec les autres alcalis n’est pas assez complète pour qu’on puisse employer directement le dosage à l’état de sulfate.
Bien que Rammelsberg (3) ait critiqué à plusieurs reprises ce procédé de dosage et préfère opérer tout d’abord une séparation complète et peser ensuite la lithine à l’état de sulfate, on a recours très fréquemment à la pesée du phosphate, qui donne habituellemeut des résultats très concordants (Merling) (4).
Dans les cas où la lithine se trouve en très petite quantité, les procédés qui précèdent deviennent d’une grande complication, la séparation d’un grand excès de potasse et de soude étant toujours longue et délicate. De plus, il est des cas où il importe moins d’avoir un dosage très exact qu’une idée approchée de la richesse en lithium d’un produit naturel; c’est le cas qui se présente le plus souvent pour les roches et les eaux minérales. Dans ce but, on peut avoir recours à un procédé plus rapide, qui peut donner d’utiles indications ; il est d’ailleurs intéressant par lui-même, à cause du principe sur lequel il repose.
En 1873, Champion, Pellet et Grenier (5), indiquaient incidemment que la lithine pouvait être dosée, comme la soude, par la comparaison faite au spectroscope de l’intensité de la raie rouge caractéristique avec celle produite par des dissolutions de richesse connue. Truchol (6) a su donner à ce procédé une assez grande précision; il y a eu recours pour doser la lithine contenue dans un grand nombre d’eaux minérales d’Auvergne et dans le sol de la Limagne.
La lithine étant à l’état de chlorure et dissoute dans un volume de liqueur connue, on prépare des solutions types contenant 5, 10, 15 miüigrammes de chlorure de lithium par litre ; puis on porte dans la flamme d’un bec Bunsen, alternativement, une goutte du liquide à examiner et une goutte de chacune des dissolutions types. Pour rendre les expériences comparables, on se sert d’un fil de platine contourné en hélice, qui retient toujours une goutte du même
(1) Ann. Chem. Pharm., t. XCVIII, p. 195.
(2) Ann. cliim. quant., 3" édit, fr., p. 193.
(3) Ann. Phys. Chem., t. LXVI, p. 79. — ./. B., 1879, p. 1013.
(5) Comptes rendus, t. LXXVI, p. 707.
(f.) Ibid., t. I.XXVI1I, p. 1022.
LITHIUM
volume; le liquide doit être porté constamment dans la même région de la flamme. Pour plus de précision, il est bon de croiser les observations. On arrive ainsi très rapidement à savoir entre quelles limites se trouve comprise la richesse en lithine de la solution analysée, et à saisir, avec un peu d’habitude, des différences d’éclat très faibles. On ne doit pas, dans ces expériences, dépasser une concentration correspondante à 40 milligrammes de chlorure par litre ; comme limite inférieure, on peut aller au moins jusqu’à 0"'s,5.
Ballmann (1) a proposé une méthode analogue : elle consiste à déterminer préalablement la richesse d’une dissolution étendue de chlorure de lithium pur, dont une goutte portée dans la flamme permet à peine d’apercevoir la raie rouge, puis à étendre d’eau la solution à analyser, jusqu’à ce qu’une goutte de même volume ne donne plus ou donne à peine une trace de cette raie. Les deux dissolutions ont alors la même richesse; d’après la quantité d’eau ajoutée à la liqueur à analyser, on peut donc conclure sa teneur en lithium.