AUTRES RAISONS EN FAVEUR DE L’EXISTENCE DE L’AMMONIUM
On peut encore invoquer d’autres faits.
Le mercure n’est pas le seul métal auquel l’ammonium puisse se combiner. M. Gallatin ( Philosophical Magazine, 4 e sér.,t. XXXV11I, p. 57) a aussi obtenu un alliage de bismuth et d’ammonium, en faisant arriver un filet, d’eau sur un alliage de bismuth et de sodium recouvert de chlorhydrate d’ammoniaque. Le métal se gonfle, devient pâteux et poreux ; puis il se concrète en dégageant de ^ammoniaque et de l’hydrogène. Le produit desséché continu à se décomposer an faisant entendre des crépitements. Cet alliage peut réagir sur les solutions métalliques : c’est ainsi qu’il déplace le cuivre à l’état métallique dans une solution d’un sel de cuivre, réaction qui ne peut être attribuée au bismuth, qui ü’a pas d’action sur les sels de cuivre, et qui peut être produit aussi par l’amalgame de bismuth et de sodium. L’ammonium parait donc ici exercer une réaction spéciale, qui témoigne de son existence propre.
D’autre part, M. Gallatin ( même mémoire ) a cherché à établir l’existence de l’ammonium dans l’amalgame, en montrant que cet amalgame, mis en contact avec des fragments de phosphore, donne lieu à une production d’hydrogène phosphoré, ainsi que cela a lieu lorsque l’on met, en présence du sodium, de l’eau et du phosphore. Ce fait peut s’interpréter, soit par l’union directe du phosphore avec l’hydrogène provenant delà décomposition de l’ammonium, soit par une décomposition préalable de l’eau par l’ammonium, et, dans ce cas ou dans l’autre, cette combinaison du phosphore avec l’hydrogène naissant semble indiquer encore l’existence de l’ammonium.
On peut encore obtenir des combinaisons de l’ammoniaque avec les métaux alcalins, combinaisons que l’on peut regarder comme de l’ammonium dans lequel 1 équivalent d’hydrogène a été remplacé par 1 équivalent du métal alcalin.
M. Weil ( Poggendorff's Annalen der Pliysik und Chemie, t. CXXI, p. 601) a ainsi obtenu une combinaison de l'ammoniaque avec le potassium, en faisant réagir l’ammoniaque sur le potassium, sous pression. Cette combinaison, que l’on peut représenter parla formule
constitue un ammonium métallique. Il l’a préparé en introduisant dans une des branches d'un tube de Faraday des morceaux de potassium, et dans l’autre du chlorure d’argent saturé de gaz ammoniac. Puis le tube étant fermé à la lampe, il a chauffé progressivement dans un bain de chlorure de calcium la partie renfermant le chlorure d’argent, en refroidissant dans l’eau froide la partie ren-
fermant le potassium. Il a vu ainsi les morceaux de potassium se gonfler peu à peu, de petits globules brillants sortir de la masse du métal, le couvrir tout entier, et prendre enfin une teinte bronzée, en même temps que le tout se liquéfiait. La formation de ce métal liquide donne lieu à un dégagement de chaleur. Le nouveau corps recouvre en partie la paroi intérieure du tube, tandis qu’une autre partie se rassemble au fond du coude sous forme d’un liquide mobile. Celui-ci est opaque. Sous l’incidence perpendiculaire, il possède un éclat métallique et une couleur rouge de cuivre foncé, quelquefois pourpre. Sous des incidences très obliques, il offre la couleur du laiton avec une teinte verdâtre. La réaction terminée, si on laisse refroidir la portion qui renferme le chlorure d’argent, on voit la combinaison de potassium et d’ammoniaque se résoudre de nouveau en ses éléments, et la décomposition est terminée dans l’espace d’un jour.
Un équivalent de potassium se combine ainsi à un équivalent d’ammoniaque, ce qui démontre la formule précédente.
M. Weil a constaté que le sodium se comporte comme le potassium sous l’influence du gaz ammoniac comprimé.
Les ammoniums métalliques AzIL'K et AzIPNa peuvent s’amalgamer avec le mercure. Les amalgames constituent une masse homogène, présentant l’éclat métallique et la couleur rougeâtre d’uu bronze riche en cuivre là où ils revêtent la paroi intérieure du tube.
M. Seely (Chem. News, t. XXIII, p. 169) a étudié aussi la solubilité des métaux alcalins dans l’ammoniaque liquide : il a obtenu, avec le potassium et le sodium, des résultats analogues aux précédents; il a constaté, en outre, que le lithium et le rubidium se comportent de même, bien que se dissolvant moins facilement. Quant aux métaux terreux et aux autres, ils ne se dissolvent pas dans l’ammoniaque.
On peut enfin invoquer, pour admettre l’existence de l’ammonium, deux derniers arguments : 1“ la composition des sels ammoniacaux, composition que nous avons définie plus haut et qui peut s’interpréter clairement comme nous allons le voir, en considérant ces derniers comme des sels de l’ammonium ; i° l’existence et la nature des bases quaternaires découvertes par M. Hofmann.