CO
DaO. 76,64 77,70
État naturel. — Le carbonate de baryte neutre, que les minéralogistes appellent baryte carbonatée ou withérite, se rencontre dans la nature à deux états différents : en cristaux, ou en rognons arrondis à texture fibreuse et rayonnée. On le trouve dans des filons de galène, dans les terrains de transition et carbonifère, dans le granité et le porphyre, en Angleterre, en Styrie, en Silésie, au Chili, etc. Il est toujours blanc ; sa densité est de 4,2 à 4,3 ; sa dureté 3 à 3,5.
Les cristaux définis sont ordinairement des prismes à six faces, qui dérivent d’un prisme rhoraboidal droit; ils sont très purs et leur composition répond bien à la formule Cü’.BaO. Le carbonate en masses cristallines ou en rognons est au contraire rarement*'pur; il contient presque toujours du sulfate de baryte, du carbonate de chaux, de l’oxyde de 1er, et quelquefois du sulfate et du carbonate de strontiane, du quartz et de l’argile. Voici, par exemple, la composition d’un échantillon de baryte carbonatée de Brownley-Ilill (Cumberland), auquel
NIVOIT. — BARYUM.
Thomson a donné le nom de sulfato-carbonate de baryte, à cause de la forte proportion de sulfate de baryte qu’il renferme :
Carbonate de baryte. 6i,72
Sulfate de baryte. 31,70
Carbonate de chaux. 0,18
Eau. 0,10
Propriétés. — Le carbonate de baryte est presque insoluble dans l’eau, qui n’en dissout que ; il est plus soluble dans une eau chargée d’acide carbonique.
La solubilité du carbonate de baryte dans l’eau pure, mise en présence d’une atmosphère contenant de l’acide carbonique, est donnée par la même loi que celle qui se rapporte au carbonate de chaux (Schlœsing, Compt. rend, de l'Acad. des sc., t. LXXV, p. 73).
Le carbonate de baryte, récemment précipité, est extrêmement divisé. Aussi on ne peut le séparer par filtration qu’après un repos prolongé ou uue longue ébullition qui lui donne une certaine consistance et l’empêche de passera travers les pores du filtre.
Il fond à la chaleur blanche, puis il se décompose en perdant son acide carbonique; cette décomposition devient beaucoup plus facile quand il est mélangé avec du charbon (Abich). La vapeur d’eau facilite également le départ de l’acide carbonique, surtout quand le carbonate de baryte est mêlé avec son poids de carbonate de chaux ou de chaux hydratée; il suffit alors que la chaleur atteigne le rouge et la présence du charbon n’est pas nécéssaire (Jacquelain).
D’après Struve {Zeitsch. Anal. Chem., 1872, 22) il se forme toujours un peu de bioxyde de baryum quand on calcine le carbonate de baryte.
Le carbonate de baryte naturel n’est décomposé que très lentement par l’acide sulfurique; mais si l’on ajoute trois ou quatre centièmes d’acide chlorhydrique au mélange d’eau et d’acide sulfurique, et qu’on le maintienne à une douce ébullition, les morceaux de carbonate de baryte, quelque gros ([u’ils soient, disparaissent peu à peu en se changeant complètement en une belle poudre ulanclie, de la plus grande ténuité, entièrement formée de sulfate de baryte. Cette expérience peut être faite dans un cours d’une manière très intéressante: OR porte à l’ébullition de l’acide sulfurique étendu d’eau dans deux matras au fond desquels on a mis quelques fragments de carbonate de baryte ; on introduit dans l’un d’eux ([uelques gouttes d’acide chlorhydrique, et l’on voit aussitôt se détacher des fragments de carbonate une poudre blanche et se produire une vive effervescence, tandis que dans le second matras, c’est à peine si la liqueur est froublée par une trace de sulfate de baryte.
Le carbonate de baryte se combine par voie sèche avec le chlorure de sodium, le chlorure de baryum et le sulfate de soude (Berthier).
Usages. ■— Le carbonate de baryte est exploité en grand à Fallowfield près Hexham, dans le Northumberland, pour les fabri(|ues de produits chimiques et pour les manufactures de glaces. En Ecosse, on utilise ses propriétés vénéneuses
pour ia destruction des rongeurs; c’est ce qui lui a fait donner le nom de pierre contre les rats; il serait à désirer que l’emploi de cette substance se répandît en France.
On peut s’en servir pour le traitement des mélasses provenant de la fabrication du sucre de betteraves. Enfin les chimistes l’emploient dans les analyses pour précipiter à froid le peroxyde de fer et pour le séparer de divers protoxydes sur lesquels le carbonate alcalino-terreux n’agit pas à la température ordinaire.
Préparation du carbonate de baryte artificiel. — Le carbonate de baryte naturel est très rarement pur. Quand on veut obtenir ce sel à l’état de pureté absolue, il faut le préparer artificiellement par double décomposition avec un sel de baryte et du carbonate de soude ; ou mieux du carbonate d’ammoniaque additionné d’un peu d’ammoniaque caustique. On le lave ensuite avec beaucoup de soin pour enlever le sel de soude en excès, ou on le calcine assez fortement pour chasser les sels ammoniacaux.
SESQUICARDONATE DE BAIIYTE.
Quelques chimistes admettent qu’il se forme un sesquicarbonate de baryte (CO*)^(BaO)’ quand on précipite un sel de baryte soluble par un sesquicarbonate de potasse ou de soude. L’existence de ce sel est contestable.
BICARBONATE DE BARYTE.
Le bicarbonate de baryte, (CO’)*.BaO, n’existe qu’en dissolution. On l’obtient en faisant arriver un courant d’acide carbonique dans de l’eau qui tient en suspension du carbonate de baryte obtenu par double décomposition et encore humide ; le carbonate naturel et le même composé produit artificiellement et fortement desséché se dissolvent beaucoup moins bien. La dissolution de bicarbonate de baryte se trouble quand on la chauffe à l’ébullition, et laisse en très peu de temps déposer la totalité du carbonate neutre.
RHODIZONATE DE BARYTE.
On prépare le rhodizonate de baryte en versant une dissolution alcoolique d’acide rhodizonique dans une dissolution alcoolique de chlorure de baryum. Au bout de quelque temps, il se dépose une poudre d’un rouge vif, insoluble dans l’eau, et qui par la dessiccation prend un éclat d’un rouge vert.
CROCONATE DE BARYTE. C^OLBuü.
Le croconate de baryte se précipite sous la forme d’une poudre jaune quand
NIVOIT. — BARYUM. 37
on mélange une dissolution de chlorure de baryum avec celle d’un croconate alcalin.
MELLITATE DE BARYTE. C*O^BaO.
Le mellitate de baryte constitue une poudre blanche qui se précipite quand on mélange deux dissolutions, l’une d’acétate de baryte et l’autre d’acide mellitique. Il se dissout dans un excès d’acide mellitique et peut être obtenu cristallisé dans cette liqueur.
CYANATE DE BARYTE. CyO. BaO.
Propriétés. — Le cyanate de baryte se présente en petits cristaux prismatiques, soyeux, solubles dans l’eau, très pou solubles dans l’alcool absolu. Sa dissolution aqueuse est décomposée par la chaleur en carbonate de baryte et en ammoniaque.
Préparation. — Pour le préparer, on fait arriver un courant de cyanogène dans de l’eau de baryte ; on décompose le cyanure de baryum ainsi formé par un courant d’acide carbonique ; on filtre la liqueur, on la concentre par l’évaporation et on ajoute de l’alcool qui précipite le cyanate de baryte. On peut aussi l’obtenir par double décomposition d’un mélange de cyanate de potasse et d’acétate de baryte, auquel on ajoute de l’alcool. Le meilleur procédé consiste à fondre dans une cornue du cyanurate de baryte ; ce sel se transforme en cyanate (Berzélius).
CYANURATES DE BARYTE.
Il existe deux combinaisons d’acide cyanurique avec la baryte : le cyanurate acide Cy®0LBa0.2 HO et le cyanurate neutre Cy^O^(BaO)*.HO.
On prépare le premier en ajoutant goutte à goutte de l’eau de baryte à une dissolution bouillante d’acide cyanurique jusqu’au moment où la liqueur ne s’éclaircit plus, laissant cette liqueur à une température de 60 à 70° pendant quelques heures, filtrant et évaporant. On obtient ainsi des prismes transparents, à quatre équivalents d’eau, qui se déshydratent en partie à 200° et complètement vers 280°.
Le cyanurate neutre se produit quand on ajoute de l’ammoniaque à un mélange d’une solution bouillante d’acide cyanurique et de chlorure de baryum.
BORATES DE BARYTE.
Les différents borates alcalins, traités par le chlorure de baryum, donnent des composés correspondants, pulvérulents, blancs, peu solubles, fusibles à la
chaleur rouge. Ces sels se dissolvent plus facilement dans une dissolution de chlorhydrate d’ammoniaque ou de clilorurc de harynm que dans l’ean pure.
Le sel neutre est décomposé en présence de l’eau par l’acide carbonique.
SILICATES DE BARYTE.
La silice forme avec la baryte, par voie humide et par voie sèche, des composés assez nombreux, mais fcrt mal étudiés jusqu’à présent, qui fondent difficilement et sont opaques après le refroidissement.
Les silicates préparés par voie sèche ne paraissent éprouver aucune altération quand on les met en présence de l’eau à la température ordinaire ; à l’aide de la chaleur, la vapeur d’eau ne leur enlève qu’une faible proportion de la base. Ceux qui sont préparés par voie humide sont un peu plus facilement décomposés par l’eau, qui leur enlève à la longue une partie de la baryte; l’action de l’eau est infiniment pkis faible que celle qu’elle exerce sur les silicates des alcalis fixes.
La plupart des acides, minéraux et organiques, décomposent les silicates de baryte qui ne contiennent pas une trop forte proportion d’acide silicique.
Lorsque la baryte constitue plus des deux tiers du composé, la silice est déplacée par l’acide chlorhydrique (Berzelius).
M. Pisani a signalé la formation artificielle d’un silicate de baryte cristallisé (Comptes rendus de l'Acad, des sc., 1876). Enobservantun flacon ayant contenu longtemps de l’hydrate de baryte en dissolution, il a remarqué, incrustés sur les parois, des cristaux très nets et transparents, qu’il a reconnus pour des cristaux de silicate de baryte, du système orthorliombiqiie. La silice a été évidemment empruntée au verre du flacon.
En faisant restaurer un four à chlorure de baryum, M. Kuhlmann a constaté que, dans la partie de ce four où le sulfate de baryte était le plus rapproché du foyer et en contact avec la brique, il s’était développé en abondance une matière verte et bleue, ne contenant ni soude, ni manganèse, ni cobalt, et qui paraît être un outremer (silicate avec acide sulfurique) dans lequel la baryte remplace la soude.
STRONTIUM
St = 43,84
Historique. — L’existence de la strontiane fut soupçonnée en 1790 par Cranlbrd dans un minéral venant du Cap Strontian (Écosse), appelé pour ce motif strontianite, et que l’on croyait être alors du carbonate de baryte; mais elle ne fut bién constatée que par Hope et Klaproth de 1793 à 1794. Le strontium fut isolé en 1807, comme le baryum, d’après les indications de Davy.
État naturel, r- Le strontium forme deux espèces minérales, le carbonate et le sulfate ; il existe presque toujours en petite quantité dans l’aragonite et la brewstérite. M. Dieulafait l’a signalé, avec le barvum. dans toutes les roches primordiales et dans les eaux de la mer ; on le b-ouve aussi dans un grand nombre de sources minérales.
Propriétés,!— Le strontium a un éclat métallique assez faible; sa couleur est jaune, un peu plus foncée que celle du calcium ; sa densité, plus élevée que celle du baryum, est de 2,542. Il fond au rouge naissant et ne se volatilise pas au rouge. Sa conductibilité électrique est représentée par 6,71 à 20”, celle de l’argent étant 100 à 0”.
Le strontium absorbe facilement l’oxygène de l’air et décompose l’eau pour se transformer en strontiane. Il brûle comme le calcium et se comporte de la même manière avec le chlore, le brome, l’iode, les acides, etc. (Matthiessen).
Préparation. — La plupart des procédés que nous avons décrits pour la préparation du baryum sont applicables au strontium. On peut faire l’électrolyse de l’hydrate de strontiane (Davy), ou du chlorure de strontium (Matthiessen), ,ou bien décomposer la strontiane anhydre ou te nitrate de strontiane par un gaz tonnant (Clarke).
En chauffant à 90“ de l’amalgame de sodium (à 25 pour 100) avec une solution concentrée de chlorure de strontium, on obtient un amalgame de strontium, très altérable. Cet amalgame, lavé et séché rapidement, puis chauffé au rouge naissant dans un courant d’hydrogène, donne une masse fondue de strontium (Benno Franz, Bull, de la Soc. chim., 1870, t. XIII, p. 235).
PROTOXYDE DE STRONTIUM
St. 43,84 84,57
Propriétés. — Le protoxyde de strontium, ou strontiane, forme une masse poreuse, comme la baryte anhydre, grisâtre, infusible et fixe, dont la densité est de 3,932 (Karsten). Une forte calcination au rouge de l’azotate de strontiane dans une fiole de porcelaine donne des hexaèdres microscopiques de strontiane.
Chauffé au chalumeau, le protoxyde de strontium produit une vive incandescence. Il attire l’humidité et l’acide carbonique de l’air; il se combine à l’eau en produisant une grande élévation de température. Il n’absorbe pas directement l’oxygène et se distingue en cela de la baryte. Chauffé au rouge dans un courant de chlore sec, il se convertit en chlorure.
La strontiane se dissout dans l’eau et donne, par le refroidissement de la dissolution aqueuse, un hydrate cristallisé en longues aiguilles qui retiennent dix équivalents d’eau. Ces cristaux sont déliquescents et absorbent facilement l’acide carbonique de l’air; à 100% ils perdent neuféquivalents d’eau et se transforment en un hydrate StO.HO, qui fond au rouge sombre et abandonne son dernier équivalent d’eau au rouge vif (Bloxam, Quart. Jour. chem. Soc., t. XIII, p. 48).
L’hydrate cristallisé se dissout dans 52 parties d’eau à 15” et dans 2,4 parties d’eau bouillante. Cette solution, qui porte le nom d’eatt de strontiane, est très alcaline et avide d’acide carbonique qui en précipite du carbonate de strontiane.
La strontiane est une base presque aussi énergique que la baryte, et les sels de ces deux terres alcalines présentent la plus grande analogie par l’ensemble de leurs propriétés. Mais elle ne parait pas être vénéneuse comme la baryte.
Préparation. — On prépare la strontiane anhydre en décomposant l’azotate de strontiane par la chaleur dans une cornue de porcelaine, ou bien en chauffant au rouge blanc un mélange de carbonate de strontiane et de charbon.
Dans le dernier procédé, la strontiane n’est pas pure ; elle est mélangée de charbon. On peut, au moyen de l’eau, la séparer à l’état hydraté.
On oblient encore la strontiane hydratée en décomposant par un oxyde métallique en présence de l’eau, comme pour la baryte, le sulfure produit par la réduction du sulfate, et faisant cristalliser la solution, ou en traitant simplement ce sulfure par l’eau, comme on verra plus loin.
BIOXYDE DE STRONTIUM. StO*.
Propriétés. — Le bioxyde de strontium hydraté se présente à l’état de lamelles cristallines, blanches, brillantes et nacrées, paraissant appartenir au
NIVOIT. - STRONTIUM.
système quadratitp^^^Éaorphes avec les combinaisons correspondantes de baryum et de calci^^^ contenant huit équivalents d’eau. Ces lamelles sont presque insipidei^peu solubles dans l’eau, et rougissent sensiblement le papier de curcuma. Elles perdent toute leur eau à 130“ et se transforment en une poudre blanche de bioxyde anhydre; à une température plus élevée, elles se décomposent, stns fondre, en protoxyde anhydre et oxygène (Schoene, Bull, de la Soc. chim., t. XXI, p. 268).
Conroy a décrit dei^ autres hydrates isomorphes avec le précédent, Stü’-f-HO et StO» + 12H0 {Chem. Soc. J., [2], H, 808).
Le bioxyde de strontium ne s’altère pas à la température ordinaire; mais lorsqu’il est humide, il se décompose peu à peu en abandonnant une partie de son oxygène. L’eau chaude le décompose bien plus rapidement que l’eau froide, on donnant un dégagement assez abondant de gaz, et abandonnant par refroidissement de l’hydrate de strontiane cristallisé. Les acides azotique, chlorhydrique, acétique, etc., attaquent tout à coup le bioxyde de strontium, et produisent une certaine quantité d’eau oxygénée et des sels correspondants de strontiane; le bioxyde de manganèse, l’oxyde d’argent, favorisent le dégagement de l’oxygène, au point que l’efTervescence est très sensible (Thénard).
Préparation. — Le procédé de préparation indiqué par Thénard, qui a découvert le bioxyde de strontium, consiste à soumettre une dissolution de strontiane à l’action de l’eau oxygénée. On lave par décantation, puis sur le filtre, les paillettes cristallines qui se précipitent immédiatement, et on les sèche d’abord à l'aide de papier à filtre, puis sous la cloche de la machine pneumatique. Il est nécessaire que la strontiane soit en excès, sans quoi il se formerait une combinaison de bioxyde d’hydrogène et de bioxyde de strontium (Schoene).
On peut encore préparer l’hydrate de peroxyde de strontium en traitant une solution de strontiane par une solution de peroxyde de sodium additionnée d’acide azotique. Les lamelles cristallines que l’on obtient ainsi renferment, selon les circonstances, 8,10 ou 12 équivalents d’eau (Conroy, Bull, de la Soc. chim., t. XX, p. 444).
CHLORURE DE STRONTIUM. ClSt.
Cl. 35,46 44,72
St. 43,84 55,28
Propriétés. — Le chlorure de strontium cristallise dans l’eau en longues aiguilles, qui sont des prismes hexaèdres à six équivalents d’eau, dont la densité est de 1,921. Ces aiguilles sont déliquescentes, fusibles dans leur eau de cristallisation, et se transforment finalement, sous l’influence de la chaleur, en une masse vitreuse de chlorure anhydre, dont la densité est de 2,803.
Ce sel est très soluble dans l’eau et assez soluble dans l’alcool. Une partie de chlorure anhydre se dissout dans 1,5 p. d’eau à 15“ et dans 0,8 p. d’eau bouil-
lante; dans 24 p. d’alcool à 15“ el dans 19 p. d’|^^Q^iillant. Celte dernière dissolution brûle avec une belle flamme pourpre^Tsert à distinguer le chlorure de strontium du chlorure de baryum, qui ne modifie pas d’une manière sensible la couleur de la flamme de l’alcool. L’acide chlorhydrique libre diminue beaucoup la solubilité du chlorure de strontium, qui est presque insoluble dans l’acide concentré. 0
Sels doubles — Le chlorure de strontium anhydre absoAe quatre équivalents ou 46 pour 100 de gaz ammoniac. Il se combine avec d’autres chlorures, ceux de mercure et d’étain par exemple.
Préparation. — On prépare le chlorure de strontium en soumettant la strontiane à l’action du chlore, ou bien en dissolvant dans l’acide chlorhydrique le carbonate de strontiane ou le sulfure de strontium. On l’obtient encore par la calcination d’un mélange de chlorure de calcium et de sulfate de strontiane.
BROMURE DE STRONTIUM. BrSt.
Le bromure de strontium se produit par l’action de l’acide bromhydrique sur l’hydrate ou le carbonate de strontiane. Il cristallise en aiguilles eftiorescentes, contenant 6 équivalents d’eau, qui, sous l’influence de la chaleur, éprouvent d’abord la fusion aqueuse, puis la fusion ignée et laissent une masse blanche de bromure anhydre, dont la densité est de 3,902. Ce sel est très soluble dans l’eau, qui, à 20°, dissout son poids de bromure anhydre, et à 100°, 2 fois 1/2 son poids; il est peu soluble dans l’alcool.
Le bromure de strontium anhydre absorbe 3,2 pour 100 ou 1 équivalent de gaz ammoniac. Le sel cristallisé se comporte, en présence de l’acide oxalique, de la même manière que le bromure de calcium.
lODÜRE DE STRONTIUM. ISt.
L’iodure de strontium cristallise en tables hexagonales, à six équivalents d’eau, fusibles dans leur eau de cristallisation. L’iodure anhydre est très soluble dans l’eau ; il exige pour se dissoudre 0 p. 56 d’eau à 20“ et 0,27 à 100“ ; sa densité est de 4,415; il fond sans décomposition à l’abri de l’air, mais au contact de l’air il se transforme en strontiane et iode.
L’iodure de strontium donne avec l’acide oxalique la même réaction que l’iodure de calcium.
FLUORURE DE STRONTIUM. FiSt.
Quand on traite la strontiane ou le carbonate de strontiane par l’acide fluorhydrique, ou bien que l’on précipite une solution d’un sel de strontiane par un fluorure alcalin, on obtient une poudre blanche de fluorure de strontium, inso-
NIVOIT. — STRONTIUM. 43
lubie dans l’acide fluorhydijque. Ce dernier caractère distingue ce sel du fluorure de baryum, qui est dissous par un excès d’acide fluorliydrique.
HYDROFtUOSlLICATE DE STUONTIANE. 3FlSt.2Fl®Si.
On prépare ce sel en saturant l’acide hydrofluosilicique par le carbonate de strontiane. Il cristallise en prismes courts, quadrilatères, terminés par des sommets dièdres. Ces cristaux sont un peu solubles dans l’eau froide ; mais la dissolution se trouble légèrement par l’ébullition; ils perdent leur eau de cristallisation par une douce chaleur.
L’hydrofluosilicate de strontiane est soluble dans un excès, même très petit, d’acide hydrofluosilicique, ce qui permet de le séparer de l’hydrofluosilicate de l*aryte qui est complètement insoluble dans cet acide.
SULFURES DE STRONTIUM.
Monosulfure de strontium. — On prépare le monosulfure de strontium soit comme celui de baryum, en réduisant le sulfate par le charbon, soit en faisant agir à une haute température le soufre sur la strontiane anhydre ou le carbonate de strontiane, soit en décomposant par la chaleur le sulfite ou l’iiyposulfite de strontiane.
Ce sel est blanc, grenu, friable. L’eau le décompose en sulfhydrate de sulfure, polysulfure et hydrate de strontiane.
Il possède, comme les autres sulfures alcalino-terreux, la propriété de luire dans l’obscurité après avoir été exposé à la lumière. La phosphorescence varie avec le mode de préparation : ainsi elle est vert jaune pour le sulfure résultant de Faction du noir de fumée sur le sulfate de baryte; violette pour celui que l’on obtient en chauffant de la strontiane anhydre avec du soufre, à 500, etc. (Becquerel, Ann. de chim. et de phys., [3], t. LV, p. 46, et t. LXII, P. 71).
Bisulfure de strontium. — Quand on fait bouillir du monosulfure de strontium avec du soufre en excès, il se dépose par le refroidissement des cristaux prismatiques jaunes de bisulfure de strontium. L’eau mère paraît retenir en dissolution un sulfure plus élevé (Gay-Lussac).
Tétrasulfure de strontium. — On obtient le tétrasulfure de strontium en faisant digérer 3 équivalents de soufre et un équivalent de monosulfure avec de l’eau, et évaporant jusqu’à consistance sirupeuse à une température inférieure à 17“. Le résidu se solidifie par refroidissement, vers 8", en une masse cristalline rouge brun, dont la composition est S*St.6 HO, très hygroscopique, soluble dans l’eau et dans l’alcool. La solution aqueuse de ce polysulfure s’oxyde à Fair ; 11 se forme de Fhyposulfite qui reste dissous, et il se sépare du soufre et un peu de carbonate de strontiane. La solution alcoolique, exposée également à l’air.
abandonne des cristaux rouges transparents, décomposables par l’eau, d’un oxysulfure de la formule S‘St.St0.12H0.
Pentasulfure de strontium. — Le pentasulfure de strontium se produit quand on fait dissoudre un équivalent de soufre par le sulfure précédent. Comme le pentasulfure de baryum, il ne peut exister qu’en dissolution et celle-ci abandonne, par la concentration dans le vide, un résidu de soufre et de tétrasulfure (Schoene).
Sulfhydrate de sulfure de strontium. — On obtient ce sel soit en saturant l’hydrate de strontiane par l’hydrogène sulfuré, soit en décomposant, comme nous avons vu plus haut, le monosulfure par l’eau. Il ressemble beaucoup au composé correspondant de baryum, et cristallise par évaporation en larges prismes striés qui, sous l’action de la chaleur, perdent leur eau de cristallisation, puis se décomposent en hydrogène sulfuré et monosulfure. Si l’on fait bouillir sa solution à l’abri de l’air, on la transforme en hydrogène sulfuré et hydrate de strontiane.
SULFOCARBONATE DE STRONTIANE. SSt.S*C.
Ce sel est jaune clair, cristallin, soluble dans l’eau. Humecté, il se colore en rouge brun, mais cette.teinte se dissipe à mesure qu’il se dessèche.
SULFARSÉNIATES DE STRONTIANE.
Le sulfure de strontium forme avec le pentasulfure d’arsenic trois combinaisons qui présentent de grandes analogies avec les composés de baryte correspondants.
Le sulfarséniate neutre, (SSt)’.S®As, est soluble dans l’eau ; en traitant sa dissolution aqueuse par l’alcool, on en sépare le sulfarséniate tribasùjue (SSt)^S®As, qui est également très soluble dans l’eau.
SÉLÉNIÜRES BE STRONTIUM.
Le sélénium forme avec le strontium plusieurs combinaLsons, qui ont été peu étudiées. On obtient un polyséléniure couleur de chair, décomposable par les acides, en ajoutant au polyséléniure de potassium un sel de strontiane (Berzelius). On connaît également un sélénhydrate de séléniure de strontium.
SULFOTELLURITE DE STRONTIANE. (SSt)’.S*Te.
Ce composé est jaune clair, soluble; sa dissolution, soumise à l’évaporation,
NI VOIT. — STRONTIUM. 45
laisse une masse amorphe. On le prépare en faisant bouillir une dissolution de sulfure de strontium avec du sulfure de tellure.
SULFOCYANÜRE DE STRONTIUM. S*CySt.3HO.
Le sulfocyanure de strontium est soluble dans l’eau et l’alcool. La dissolution aqueuse, concentrée par la chaleur, puis refroidie, donne des prismes longs, minces et entrelacés, à trois équivalents d’eau; tandis que, par une évaporation lente, on obtient des cristaux mamelonnés. Ce sel est déliquescent; il ne perd son eau de cristallisation qu’au moment où il se décompose, c’est-à-dire à 156».
AZOTATE DE STRONTIANE. AzO'.StO.
Az05. 54,00 51,02
StO. 51,84 48,98
Préparation. — On prépare l’azotate de strontiane comme l’azotate de ba- •■yte, en traitant par l’acide azotique le carbonate ou le sulfure.
Propriétés. — Quand on fait évaporer par la chaleur sa solution aqueuse, on obtient des cristaux anhydres, formant des octaèdres réguliers ou des cubooctaèdres limpides, dont la densité est de 2,962. Par évaporation lente à froid, nette solution donne des cristaux prismatiques, du type clinorhombique, contenant quatre équivalents d’eau, fortement biréfringents, très efflorescents, dont la densité est de 2,305, et qui se déshydratent complètement à 100°.
L’azotate de strontiane hydraté a une saveur fraîche et piquante. Il se dissout ‘lans cinq fois son poids d’eau à la température ordinaire, et dans 1/2 partie <l’eau bouillante. 11 est insoluble dans l’alcool; ce qui permet, dans l’analyse, le séparer de l’azotate de chaux, sel soluble dans l’alcool. Sous l’influence la chaleur, il se déshydrate d’abord, puis fond au rouge en donnant successivement de l’azotite et de la strontiane.
Usages. — L’azotate de strontiane, mélangé à différents corps combustibles, tels que le soufre et le charbon, est employé pàr les artificiers pour faire des feux rouges.
AZOTITE DE STRONTIANE. AzO^StO.
On obtient l’azotite de strontiane en suivant les procédés que nous avons décrits pour la préparation de l’azotite de baryte, ou bien en décomposant l’azolite d’argent par le chlorure de strontium. Ce sel est anhydre et cristallise en mguilles déliquescentes (Nicklès). Quand l’évaporation a lieu à basse température, il peut cristalliser en octaèdres contenant un équivalent d’eau (Hampej.
PERCHLOnATE DE STRONTIANE. ClO’.SlO.
L'acide perchlorique, saturé par le carbonate de strontiane, donne des cristaux prismatiques déliquescents de perchlorate de strontiane, solubles dans l’eau et dans l’alcool.
CHLORATE DE STRONTIANE. ClO^StO.
On prépare le chlorate de sirontiane en saturant l’acide chlorique par de l’hydrate ou du carbonate de strontiane. Ce sel aune saveur fraîche et piquante; il est déliquescent, soluble dans l’eau et dans l’alcool; sous l’influence de la chaleur, il décrépite, fond et se décompose. Sa dissolution, évaporée lentement, donne des cristaux pyramidés anhydres (Waechter); par l’évaporation sur l’acide sulfurique, il se forme de petits cristaux grenus, renfermant cinq équivalents d’eau (Souchay).
CHLORITE DE STRONTIANE. ClO^.StO.
Le chlorite de strontiane, que l’on obtient en neutralisant l’acide chloreux par de l’hydrate de strontiane, est cristallin et déliquescent ; une température de !2Ü0“ le décompose en un mélange de chlorure et de chlorate (Millon).
BROMATE DE STRONTIANE. BrO^StO.
Ce sel se présente sous la forme de cristaux prismatiques rhomboldaux, à arêtes latérales tronquées, peu solubles, inaltérables à l’air, contenant deux équivalents d’eau, et qui se déshydratent complètement à 120“.
PERIODATES DE STRONTIANE.
Le periodate pentabasique, 10^St0^ s’obtient par la calcination de l’iodate de strontiane.
Quand on dissout du carbonate de strontiane dans de l’acide périodique en excès, il se produit des prismes pointés ou des tables hexagonales de periodate normal, lOLSlO.tillO, qui perdent quatre équivalents d’eau sur l’acide sulfurique.
Si on neutralise exactement l’acide périodique par le carbonate de strontiane, on obtient le periodate I0’.(St0)*.4II0 en croûtes cristallines mélangées de cristaux du sel précédent, qu’on peut enlever par l’eau. Ce sel perd un tiers de son eau à 100“ (Rammelsberg).
NIVOIT. — STRONTIUM.
lODATE DE STUONTIANE.
On prépare l’iodate de strontiane en ajoutant de l’iode à de l’hydrate de strontiane, ou en mélangeant deux dissolutions d’iodate de soude et de chlorure de strontium. Quand ce mélange a lieu à froid, l’iodate de strontiane se précipite en petits octaèdres de la formule lO^SlO.OHO ; s’il a lieu à chaud, le précipité est pulvérulent et a pour formule lO^StO.HO.
Ce sel est peu soluble dans l’eau, qui en dissout seulement
“ ilo “
SULFATE NEUTRE DE STRONTIANE. SO^StO.
SlO. 51,84 56,45
Préparation et propriétés. — Le sulfate de strontiane se forme quand on ajoute de l’acide sulfurique ou un sulfate soluble à la solution d’un sel de stronhane. On obtient ainsi un précipité pulvérulent, blanc, moins insoluble que le sulfate de baryte, dont la densité est de 3,707. Il se dissout dans 3000 à 4000 parties d’eau bouillante et dans 15000 parties d’eau froide; les sulfates solubles et l’acide sulfurique étendu diminuent sa solubilité. Il est soluble dans 474 parties d’eau froide contenant 8,5 pour 100 d’acide chlorhydrique, et dans 432 parties d’eau contenant 4,8 pour 100 d’acide nitrique. Une solution de sel uiarin le dissout facilement, mais l’acide sulfurique le précipite; cette précipitation est empêchée ou diminuée par la présence de l’acide métaphosphorique ou des citrates alcalins.
Quand on fait digérer le sulfate de strontiane avec une dissolution de carbouate d’ammoniaque, il se transforme peu à peu en carbonate, réaction que ne tlonne pas le sulfate de baryte. A une température élevée, il fond, puis se décompose partiellement à la chaleur blanche, et complètement à la température la fusion du fer, comme le sulfate de baryte, en perdant en outre jiar volatilisation une partie de la strontiane (Boussingault).
En présence du charbon, la chaleur le transforme en sulfure, plus facilecnent que le sulfate de baryte.
État naturel. — Le sulfate de strontiane, auquel les minéralogistes donnent lo nom de strontiane sulfaUe ou célestine, se présente dans la nature avec les wtêmes variétés de texture que la baryte sulfatée. On le trouve rarement en filons ; il est plus ordinairement en veines, en veinules ou en rognons dans les ( bancs et les assises de gypse et de sel gemme, ou bien dans les marnes qui les accompagnent.
On a signalé le sulfate de strontiane dans quelques sources minérales, notara-
ment à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), à Modling, près Vienne (Autriche).
Le sulfate de slronliane forme de beaux cristaux prismatiques, transparents et vitreux, dans les terrains gypseux de la Sicile, où il est toujours acccompagné de soufre. Voici quelle est la composition de ces cristaux (Stromeyer) :
Sulfate de slronliane. 99,43
Oxyde de er et d’alumine. 0,Ü3
Eau. 0,18
La variété fibreuse est ordinairement d’un bleu clair, qui lui a fait donne, son nom de célestine.
La stronliane sulfatée a pour densité 3,89; sa dureté est un peu supérieure à celle de la chaux carbonatée. On s’en sert pour la préparation de tous les autres sels de strontiane, en la transformant préalablement en sulfure.