SULFATES DE PROTOXYDE DE CHROME
Sulfate fie protoxyde «le elironie (GrO, SO^, 7HO). — Ce composé est un beau sel bleu, ressemblant au sulfate de cuivre comme couleur, et qui peut être obtenu facilement par l’action de l’acide sulfurique sur l’acétate de protoxyde de chrome.
Préparation. — Dans un flacon traversé par un courant d’acide carbonique, et contenant une certaine quantité d’acétate de protoxyde de chrome encore humide, on verse de l’acide sulfurique pur étendu d’eau. Le flacon s’échauffe, le précipité rouge entre en solution, et l’on obtient un liquide coloré en bleu qui, par refroidissement, laisse déposer de beaux cristaux bleus. Ces cristaux sont séparés des eaux mères, lavés d’abord avec une solution concentrée de sulfate de protoxyde de chrome obtenue précédemment, ensuite avec de l’eau distillée. Les cristaux sont mifln essorés entre des feuilles de papier à filtrer jusqu’à ce qu’ils aient |ierdu toute l’eau interposée. Ces opérations doivent se faire entièrement dans •nue atmosphère d’acide carbonique et tous les liquides employés doivent être saturés du même gaz [H. Moissan. Ann. de ch. el deph. (5), t. XXV, p.4oi].
On peut encore préparer le sulfate de protoxyde de chrome à 7 équivalents d’eau, •<ïn attaquant du chrome métallique à l’abri de l’air par l’acide sulfurique étendu et chaud, et plus particulièrement la variété de chrome préparée par distillation de l'amalgame de chrome à 35o degrés, dans un courant d’hydrogène [H. Moissanl.
Propriétés. — Le sulfate de protoxyde de chrome a une saveur stypticpie. Sa solubilité est assez grande ; loo ce d’une solution saturée à o degré renferment ias',ô5 de sel. 11 est à peu près insoluble dans l’alcool. Ce sulfate est isomorphe avec les sulfates de protoxyde à 7 équivalents d’eau.
Le sulfate chromeux est un réducteur énergique. Aussitôt que ce sel se trouve en présence de l’air, il absorbe l’oxygène avec rapidité. En même temps, sa température s’élève et il se transforme en une bouillie verdâtre. Sa faculté réductrice est telle, que si l’on abandonne pendant quelques jours le sulfate de iirotoxyde de chrome en présence de l’acide acétique, provenant de l’acétate de protoxyde de chrome, employé dans la préparation, la liqueur devient verte; l’acide acétique est réduit et le chrome peroxydé.
La solution aqueuse de sulfate chromeux absorbe avec facilité le bioxyde d’azote en se colorant en brun.
SULFATE OE PROTOXYDE DE CHROME (GrO, SO’, HO)
Préparation. — On prépare ce sel en mélangeant de l’acétate de chromehumide avec un 'grand excès d’acide sulfurique concentré. Le hquide s’échauffe beaucoup, et si l’on opère exactement à l’abri de l’air, on ne tarde pas à voir se réunir au fond du flacon une poudre cristallisée que l’on isole à la trompe, et qu’on lave rapidement avec de l’alcool saturé d’acide carbonique dans une atmosphère du môme gaz [H. Moissan].
Propriétés. — Ce sulfate est blanc, très bien cristallisé et plus stable au contact de l’air que le sulfate à 7 équivalents d’eau. Mis en contact d’une petite quantité d’eau, il fournit le sulfate bleu CrO, SO^ 7IIO, et il se dissout dans un excès de liquide en donnant une solution bleue.
Chauffé au rouge, il laisse un résidu de sesquioxyde de chrome, en dégageant de l’acide sulfureux et de l’acide sulfurique.
SULFATE DOUBLE DE PROTOXYDE OE CHROME ET DE POTASSE (CrOSO’, KO, SO», 6110)
Préparation. — M. Peligot a préparé ce sel en mettant du protochlorure de chrome en contact avec une dissolution de sulfate neutre de potasse saturée à froid, et en ajoutant à ce mélange une quantité d’alcool suffisante pour y faire naître un léger précipité. Cette liiiueur, abandonnée à elle-même dans un flacon bouché, fournit, deux semaines après, des cri.staux bleus, en prismes très nets de forme rhomboïdale.
On peut encore obtenir ce composé en traitant l’acétate de protoxyde de chrome par une quantité suffisante d'une solution chaude de sulfate acide de potasse, ou en mettant en contact des solutions de sulfate de potasse et de sulfate de protoxyde de chrome [H. Moissan].
Propriétés. — Ce sel se présente en cri.staux d’une belle couleur bleue, pouvant atteindre parfois plus d’un centimètre de longueur. Exposés à l’air, ils verdissent très promptement en absorbant l’oxygène. Leur analyse faite par M. Peligot a conduit à la formule CrO, S0^ KO, SO», 6110.
Ce sulfate offre, par conséquent, la même composition que celle d’une série très nombreuse de sulfates doubles, formés par des oxydes isomorphes avec la magnésie Sa forme cristalline exacte n’a pu être déterminée encore, par suite de la difficulté que présente sa conservation au contact de l’air ; néanmoins, en comparant son aspect extérieur, avec celui des cristaux du sulfate double de fer et de potasse FeO, SO^, KO, SO^, 6110, on est porté à considérer ces deux sels comme cristallisant dans le môme système.
CARBONATE DE PROTOXYDE DE CHROME (CrO, CO<)
On obtient facilement ce composé par double décomposition, en traitant, à l’abri de Tair, un sel soluble de protoxyde de chrome, chlorure ou sulfate, par du carbonate de soude. Il se forme un dépôt amorphe d’un blanc grisâtre, qu'on lave par décantation, et que l’on sèche dans le ballon même où il été préparé.
Si Ton abandonne cette poudre, dans un verre rempli d’eau, au contact de l’air, sa couleur fonce etdevient rouge brique ; puis, après plusieurs jours, elle est entièrement formée d’hydrate bleuâtre de sesquioxyde de chrome. Il est probable qu’il se produit tout d’abord, en présence d’une petite quantité d’oxygène, un carbonate chromique plus ou moins basique, analogue aux composés correspondants du fer étudiés par Langlois [Chem. News., 1.1, p. iio] et par Barratt [Ann. de ch. et de Ph. (3), t. XLVIII, p. 5o6].
L’analyse de ce composé a été faite en dosant sur un même échantillon, encore humide, l’acide carbonique et le chrome. Les chiffres trouvés ont donné le rap- CrO
port 1,42. La formule CrO, CO^ donnerait — = i,556 [H. Moissan].
Le carbonate chromeux est très avide d’oxygène, et fournît par sa calcination à l'abri de l’air du sesquioxyde de chrome et de l’oxyde de carbone. Il est un peu soluble dans l’eau chargée d’acide carbonique.
PHOSPHATE DE PROTOXYDE DE CHROME (3CrO, BhO'-f Aq}
Lorsque qu’on traite un excès de sel soluble de protoxyde de chrome par du phosphate de soude, on obtient un abondant précipité bleu gélatineux de phosphate tribasique de protoxyde de chrome qu’on lave par décantation. Ce composé se dissout avec la plus grande facilité dans les acides minéraux, et même dans les solutions d’acide citrique, tartrique et dans l’acide acétique. A peu près insoluble dans l’eau, il lui donne cependant une légère coloration lorsque ce liquide est saturé d’acide carbonique. Il fixe rapidement Toxygène atmosphérique et se transforme Pn phosphate de sesquioxyde de chrome de couleur verte.
Le dosage du phosphore et celui du chrome, faits sur le même échantillon, ont . l’Ii
fourni le rapport 0,40 ; la formule PhO«, 3CrO donnerait = 0,3938 [H. Moissan].
Le phosphate de protoxyde de chrome, chauffé sous pression à 100 degrés, soit pur soit mélangé de phosphate de soude, reste à l’éut amorphe.
ACÉTATE DE PROTOXYDE DE CHROME (CnPCrO'HO)
Propriétés. — Ce composé a été obtenu pour la première fois par M. Peligot^ on mettant en présence des dissolutions assez étendues de protochlorure de chrome
et d'acétate de soude. Si l'on emidoie ces deux corps dans les rapports indiqués par leurs équivalents, on voit naître rapidement, dans la liqueur rouge qui résulte de leur mélange, de petits cristaux brillants, de couleur rouge, qui se précipitent rapidement au fond du vase dans lequel ils se forment.
■Il est nécessaire que la filtration de la dissolution bleue de protochlorure de chrome, le mélange et l’agitation des liqueurs, la filtration et le lavage de l'acétate de protoxyde de chrome, la dessication de ce sel, en un mot toutes les opérations qui le concernent, se fassent à l'abri du contact de l’air dont il absorbe l'oxygène avec une extrême avidité. On remplit ces conditions en recueillant les liqueurs dans des flacons remplis d'avance d’acide carbonique en les filtrant, soit sous une cloche traversée par ce gaz, soit dans des entonnoirs fermés avec une plaque de verre rodée percée d’une ouverture pai’ laquelle arrive le courant d’acide carbonique et d’une autre ouverture pour la sortie du môme gaz. Le lavage du sel s’opère avec de l’eau privée d’air par l’ébullition ou par un courant d’acide carbonique. Sa dessication se fait dans le vide sec produit par une bonne machine pneumatique IPeligot. Recherches sur le chrome. Ann. de ch. et deph. {5), t. XII, p. 628].
Comme le protochlorure de chrome est assez difficile à obtenir, puisque l’on doit partir du sesquichlorure anhydre, voici comment nous conseillons de préparer l’acétate de protoxyde de chrome.
L’acide chromique du commerce est traité dans un ballon muni d’un réfrigérant par un excès d’acide chlorhydrique. Il se dégage du chlore en abondance, un peu d’acide chlorochromique lorsque le liquide est concentré, et il reste en dernier lieu une solution de sesquichlorure de chrome.
Cette solution acide est mise en contact de zinc dans un ballon à l’abri de l’air; l’hydrogène qui se forme réduit le sesquichlorure, et de verte, la solution devient bleue. Le liquide est alors décanté dans des flacons remplis d’acide carbonique, et contenant une solution saturée d’acétate de soude. Une fois fermé, le flacon est agité et il ne tarde pas à se déposer un abondant précipité rouge d’acétate de protoxyde de chrome. Ce sel est alors lavé par décantation avec de l’eau distillée (roide, saturée d’acide carbonique, dans un courant de ce même gaz.
On peut encore réduire, comme l’a conseillé M. Debray, une solution d’alun de (;hrome par le zinc et une petite quantité d’acide sulfurique en conduisant l’expérience comme précédemment.
Lorsque l’on veut obtenir cet acétate cristallisé, il faut employer des solutions moins concentrées et chaudes. Par le refroidissement le sel cristallise.
Propriétés. — Ce sel est rouge, peu soluble dans l’eau froide et dans l’alcool. L’eau chaude'le dissout mieux; la liqueur rouge, qui résulte de sa dissolution, prend très rapidement, au contact de l’air, la teinte violacée qui caractérise les sels organiques de sesquioxyde de chrome [Peligot].
Lors môme qu’il est sec, il ne peut' être conservé que dans des flacons remplis d’acide carbonique ou d’azote. L’action de l’air le transforme en une poudre verte très soluble dans l’eau [Peligot].
Traité par l’acide sulfurique il fournit le sulfate bleu de protoxyde de chrome CrO, SO’, 7HO [H. Moissan].