SELS DE SESQUIOXYDE DE CHROME
Généralités. — Le sesquio.xyde de chrome fournit, avec les acides, un assez grand nombre de combinaisons salines, présentant de l’analogie avec les sels d’alumine et de sesquioxyde de fer.
A l’étiit hydraté, les sels de sesquioxyde de chrome présentent deux modifications distinctes : ils sont verts ou violets sans que leur composition soit modifiée.
Les sels verts ont en dissolution une belle couleur vert émeraude et sont incristallisables. Dans le vide sec, ils fournissent un sirop vert foncé entièrement soluble dans l’eau.
Les sels violets cristallisent facilement, mais aussitôt qu’ils atteignent une température voisine de lo» degrés, ils fournissent la modification verte incristallisable.
On ne doit considérer comme verts que les sels de sesquioxyde de chrome qui, par transmission, paraissent tels à la lumière du gaz. Les solutions qui semblent vertes à la lumière solaire, peuvent contenir une forte proportion de sel violet. Cette réaction de la lumière artificielle est tellement sensible, qu’il est facile d’observer qu’une solution d’alun violet, franchement vert quelques minutes après l’ébullition, a déjà repris une heure après une teinte d’un violet bien caractérisé. [Etard. Comptes rendus, t. LX.XXIV, p. logo].
En général, les dissolutions des sels verts deviennent violettes à la longue. Si l’on ajoute une petite quantité d’acide azotique à la solution d’un sel vert, ou active sa transformation [Lœwel].
Divers réactifs permettent de passer immédiatement d'une modification à l’autre. Les sels verts, en solution étendue, deviennent d’un violet carmin dès qu’on les additionne à froid d’une petite quantité d’azotite de potasse. La teinte carminée, ‘lui se développe au moment du mélange des deux dissolutions et qui ressemble à «elle des composés amidochromiques, disparaît peu à peu et passe au bleu violet de l’alun de chrome. Le sulfocyanure de potassium produit plus lentement les mômes phénomènes [Etard. Comptes rendus, t. LXXX, p. i5o6].
Les sels violets deviennent vert clair en quelques secondes à froid, sous l’influence des arséniates ou de l’acide arsénique libre. Ils ne peuvent plus alors revenir au violet par les azotites [Etard. Loe. cit.].
Nous rappelons ici que nous désignons sous le nom de sels violets tous les sels ‘le chrome dont la couleur peut varier du grenat au violet.
Les caractères chimiques présentés par les solutions des sels verts ou violets '‘Ont bien différents. C’est ainsi que pour les sels violets, la précipitation du chlore Par l’azotate d’argent ou de l’acide sulfurique par le chlorure de baryum est complète. Une solution verte de sesquiclilorure de chrome ne laissera précipiter à la température ordinaire que les deux tiers de son chlore par un sel d'argent soluble [Peligot]. Le sulfate violet de chrome en solution dans l’eau précipitera incomplètement par le chlorure de baryum à froid [Lœwel].
L’ammoniaque fournit un précipité avec les solutions vertes et violettes ; mais l’oxyde des sels verts est insoluble dans un excès de réactif, tandis que l’oxyde de la modification violette s’y dissout assez rapidement en donnant une couleur rouge I Eremy].
Le phosphate violet de chrome qui est insoluble, mis en présence d’une solution d’azotate d’argent, se transforme facilement à froid, comme la plupart des phosphates de protoxyde, en phosphate jaune d’argent; le phosphate vert de chrome, ‘>btenu en chauffant le premier à loo degrés, ne subit plus cette transformation ; au ‘‘-ontraire du phosphate d’argent, porté à l’ébullition avec une dissolution un peu concentrée de set vert de chrome, donne un précipité de phosphate vert qui se comporte, dans ces conditions, comme un phosphate de sesquioxyde [H. Debray].
L’explication qui nous semble la plus simple, consiste à admettre deux variétés de sesquioxyde de chrome, l’une verte et l’autre violette, pouvant fournir chacune une série de sels, et permettant de passer de l'une à l'autre suivant les conditions de température et de milieu.
La modification violette serait stable à froid et la verte à chaud. On pourrait donc obtenir l’une ou l’autre variété dans le même liquide, comme on obtient des
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cristaux de soufre prismatique ou de soufre octaédrique dans le sulfure de carbone suivant la température à laquelle se fait l’expérience.
Nous croyons devoir rapporter ici l’expérience suivante, que nous avons déjà citée à propos de l’hydrate de sesquioxyde de chrome. Lorsqu’on précipite à froid un sel de la modification violette par la potasse ou la soude, et qu’on redissout, après l’avoir lavé, ce précipité dans un acide, on obtient un sel de la modification violette. Si l’on précipite de même un sel de la modification verte et qu’on redissolve le précipité dans un acide, on obtient un nouveau sel appartenant à la modification verte. 11 suit de là que la propriété en question appartient à l’oxyde précipité [Berzélius. Traité de chimie, •.!' édit, française, t. IV, p. 6o3J.
SULFATE VIOLET (Cr^O^ 3SÜ^ i5HO)
l’RÉi'ARATio.N. — Schroetter obtient ce composé de la manière suivante : On mélange H parties de sesquioxyde de chrome hydraté desséché à loo degrés avec y à II) parties d’acide sulfuriiiue concentré, et on laisse ce mélange se transformer lentement en une liqueur verte ; celle-ci reste ensuite pendant quelques semaines abandonnée à elle-même dans un vase incomplètement fermé à la température ordinaire du laboratoire. Dans ces conditions, l’acide sulfurique absorbe peu à peu l’humidité de l’air, le sel passe de la modification verte à la modification violette, et l’on obtient une masse cristalline d’un bleu vert.
Eu dissolvant ces cristaux dans l’eau, on obtient une solution violette qui est traitée par l’alcool. Le sulfate de sesquioxyde de chrome se précipite sous la forme d’un sable cristallin violacé, et l’excès d’acide sulfurique, ainsi que le sulfate vert iacrLstallisable restent en solution.
Pour obtenir des cristaux plus volumineux, on redissout le sel violet dans l’eau, on ajoute de nouveau de l’alcool de manière à déterminer un léger précipité persistant. On étend ensuite une membrane mouillée sur l’ouverture du vase renfermant la solution; l’eau s’évapore insensiblement à travers la membrane, et l’alcool se concentrant peu à peu détennine la cristallisation du sel en octaèdres de couleur violacée.
Lœwel a préparé le sulfate violet en traitant une solution d’azotate de chrome violet par de l’acide sulfurique étendu. Eu faisant évai)orer dans le vide, on obtient des cristaux analogues à ceux de Schrœtter.
Propriétés. —Ce sulfate cristallise en octaèdres réguliers qui, vus par réflexion, sont d’un rouge violet et rouge grenat par transmission. 11 est très soluble dans l'eau; loo parties de sel n’exigent que 83 parties d’eau froide pour se dissoudre.
SULFATE VIOLET DE SESQUIOXYDE DE CHROME ^Cr'O’, 3S0», i8HO)
Ce sulfate cristallise avec i8 équivalents d’eau comme le sulfate d’alumine
Al^O^ 3SO^ i8HO. Il a été obtenu par Traube qui Ta confondu avec le sulfate à i5 équivalents d’eau, et c’est M. Etard qui en a établi la conipo.sition.
Préparation. — On prépare un mélange d’une partie et demie d’acide sulfurique concentré et de deux parties et quart d’eau dans lequel on dissout une partie d’acide chromique. Le tout est placé dans un cristalllsoir, et, à la surface du liquide, surnage une capsule contenaut de l’éther. On recouvre l’appareil d’une cloche et on l’abandonne à lui-môme pendant plusieurs jours. La vapeur d’éther réduit lentement l’acide chromique ; il se produit une masse de petits cristaux violacés que l’on jette sur un filtre et qu’on lave ensuite à l’alcool.
Propriétés. — Le sulfate chromique, ainsi préparé, est un beau sel violet, inaltérable à l’air, cristallisé en lamelles et présentant une composition bien définie. Séché à l’air libre, il contient i8 équivalents d’eau. Il perd 3o,5 de son poids à l’étuve à loo degrés, et se transforme alors par perte de 12HO en sulfate vert cristallisé par pseudomorphose et renfermant CraO’, 3SO“, 6HO [Etard. Comptes rendus, t. LXXXIV, p. 1090].
Ce dernier sel, qui est devenu déliquescent, peut perdre ces 6 équivalents d’eau et se transformer en sulfate anhydre.
Ci'iO’, 3SOa.
D’après ces recherches, M. Etard a donc été conduit à assigner la formule suivante au sulfate violet de chrome.
Cri0»,,3S03,6H0 + laAq.