ACTION DE L’.\CIDE SULFURIQUE
L’acide sulfurique anhydre peut s’unir à l’acide chromique et fournir un composé de formule CrO®, 3SO® [Schrôtter].
En mélangeant équivalents égaux d’acide chromique et d’acide sulfurique monoliydraté, Gay-Lussac a obtenu des prismes quadrangulaires rouges dont l’analyse correspondait à la formule .
Cr03, SO^HO
[Gay-Lussac. Ann. de ch. cl de ph. (n), t. X’VI, p. loa].
Cette étude a été reprise par BoUey, qui est arrivé au même résultat que Gay- Lussac pour ce qui concerne le composé précédent. Cette combinaison d’acide chromique et d’acide sulfurique mise en présence d’une petite quantité d’eau se dédouble et laisse déposer peu à peu son acide chromique.
Outre ce composé, Bolley admettrait l’existence d’acides doubles formés par l’union de I équivalent d’acide sulfurique et de i, a ou 5 équivalents d’acide chromique. Tous ces corps seraient décomposés par l’eau, ce qui expliquerait pourquoi l’acide chromique se dépose lorsque l’on mélange de l’acide sulfurique concentré et une solution aqueuse de bichromate de potasse.
Lorsqu’on chauffe un mélange d’acide chromique et d’acide sulfurique concentré, il se dégage de l’oxygène et il se forme du sulfate de sesquioxyde de chrome.
aCr03 -I- 3S03 z=: CrSQ^SSOs + 30.
ACTION DES RÉDUCTEURS
Acide sulfureux. — Lorsqu’on fait arriver un courant d’acide sulfureux 1 d’acide chromique, ce dernier corps cède son oxygène, et il se forme de l’acide sulfurique. Il se précipite en môme temps un chromate d’oxyde de chrome qui se redissout ensuite en présence d’un excès de gaz sulfureux.
Acide sulfliydrltiue. — Une solution d’acide chromique oxyde rapidement l’acide sulfhydrique ; U se forme de l’eau et de l’acide sulfurique, et un précipité qui est un mélange de soufre et de sesquioxyde de chrome hydraté.
Sulfliydrate d’aminonlafiue. — D’après Berzélius, quand on fait réagir Une solution d’acide chromique sur une solution très étendue de sulfliydrate d’ammoniaque, la Uqueur prend une couleur brune due à la formation d’un sulfochromate. En même temps, il se forme un abondant précipité gris verdâtre qui a
216 IvXCYCLOPÉDIE CIIIMIQIE.
l’aspect d’uu mélange de soufre et de sesquioxyde de chrome, et f|ui se convertit effectivement en un pareil mélange pendant qu’il est lavé et séché. Mais immédiatement après sa formation, il ne paraît pas être composé de môme, car il produit, avec la potasse causticiue, une solution d'un lieau vert pré, tandis qu’il reste de l'hydrate chromique que l’alcali n’attaque pas. Si l’on ajoute (|uelques gouttes d’acide à cette liqueur verte alcaline, il se dégage de l’iiydrogime sulfuré, du soufre se précipite et il reste en .solution un sel chromique vert. Ce sulfure vert est insoluble dans l’ammoniafiue caustique, ainsi que dans le sulfhydrate d’ammoniaque.
Aiiiiiioiila<|uo. — Le gaz ammoniac sec réagit vivement sur l’acide chromique. Ce dernier corps se décompose avec dégagement d(^ lumière, et il reste du sesquioxyde de chrome [L'nverdorben].
Cette décomposition explosive est due à la grande quantité de chaleur mise en liberté, ainsi que l’a démontré .M. Berthelot :
Ci'20^. Azll' = (à-0^ -f Az -f- 4Ht) gaz, dégagerait -f ôg cal. -f y,
Q représentant la quantité de chaleur dégagée par la transformation do l’oxyde de chrome précipité en oxyde calciné.
D’après les chaleurs spécifiiiues connues des produits, cette quantité de chaleur
les porterait à une température voisine de i i-lo degrés ce qui explique le
caractère explosif de la réaction et l'incandescence. Elles résultent essentiellement de la combustion interne, effectuée entre l’ammoniaque et l’acide chromique. La réaction directe de ces deux corps, eu l’absence de l’eau, dégagerait près du double :
iCrÜ'' solide -f AzH^ gaz =Cr203 -f ôHO gaz, -f 70 cal. 3 -f y [Berthelot. Comptes rendus, t. XCYl, p.
Ily«lr«gt‘no, ncniéiiié. — Ce gaz ne produit pas do réaction en présence d’une solution d’acide chromique. Si l’on fait agir l’hydrogène arsénié sur une solution alcaline d’un cliromate, on obtient un précipité contenant de l’arsenic et de l’hydrate de sesquioxyde de chrome.
Action «le l'ulcoul. — Si l’on place de l’acide cliromique sec dans une petite^ capsule et qu’on y verse goutte à goutte de l’alcool absolu, la réaction se produit avec dégagement de lumière ; l’alcool prend fou et l’acide chromique devient incandescent. 11 se forme en môme temps de l’aldéhyde, de l’acide et de l’éther acétique. 11 reste dans la capsule du sesquioxyde de chrome.
On peut modérer la réaction en employant de l’alcool renfermant une petite quantité d’eau, et en mettant peu d’acide chromique en présence d’un excès d’alcool. Sous l’action de la chaleur ou de la lumière, la dissolution d’acide chromique est réduite, et elle se prend assez rapidement en une gelée brune de cliromate de sesquioxyde de chrome aCrO’, Cr^O“, 9HO.
D’après Traube [Ann. de Millon, i84g, p. 148], on obtient plus rapidement ce composé en chauffant de l’alcool avec une solution étendue d’acide chromique jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs d’aldéhyde et d’acide acétique.
Si dans cette réaction l’on remplace l’acide cliromiquo par un mélange de bichromate de potasse, d’acide sulfurique et d’eau, l’expérience se fait plus régulièrement ; on obtient de l’aldéliyde, de l’acide et de l’éther acétique, et, comme résidu, une solution de sulfate de sesquioxyde de chrome [Dœbereiner].
Ce pouvoir oxydant de l’acide chromique a été souvent utilisé dans les recherches de chimie organique, nous n’avons pas à nous y arrêter dans cet article.
ACIDE l’EHCHHOMlQUE
En i 8/|7, Barreswil démontra que si l’on mélange des solutions étendues d’acide chromique et d’eau oxygénée, on voit apparaître une coloration bleue qui se détruit rapidement au sein du liquide qui l'a produite. L’éther agité avec ce liquide, au moment de la réaction, prend une teinte l)leue. Barreswill ne put obtenir de combinaison définie de ce nouveau composé, mais d’après le volume d’oxygène dégagé par le liquide bleu, mélangé d’un excès d’eau oxygénée, il fut amené à lui donner la formule Cr^Os et à le considérer comme l’acide perchromique.
On sait que cette coloration bleue constitue une réaction d’une extrême sensibilité, soit pour reconnaître des traces de chrome à l’état d’acide chromique, soit, comme l’a conseillé Schœnbein, pour décéler une très petite quantité d’eau o.xygénée.
M. Moissan a repris dernièrement l’étude de ce composé et est arrivé à l’isoler en évaporant dans le vide sec, au moyen de la trompe, le liquide éthéré bleu maintenu à une température de — 20 degi-és.
Dans ces conditions, on voit des gouttelettes huileuses, d’un bleu indigo foncé, descendre le long des parois du tube dans lequel se fait l’expérience, et se réunir au fond en un liquide coulant difficilement. Lorsque tout l’éther est évaporé, ce liquide peut être conservé quelque temps dans le mélange réfrigérant.
Il présente une certaine viscosité, est doué d’une couleur bleu foncé, et, en présence du sodium, il dégage de l’hydrogène. Repris par l’éther, il fournit une sDlution bleue analogue au liquide primitif. Aussitôt que la température s’élève, des bulles de gaz se dégagent et, en moins de dix minutes, la décomposition est complète ; il ne reste que de l’acide cliromique.
La solution éthérée bleue, mise en présence d’acide phosphorique, et en général de tous les corps avides d’eau, se décompose avec dégagement d’oxygène. Les acides et les bases la détruisent immédiatement. Le bioxyde de plomb donne iwissance, dans la solution éthérée, à un dégagement rapide d'oxygène. 11 en est de mémo du charbon et du bioxyde de manganèse. Le minium et l’oxyde de mercure la décomposent aussi, mais moins rapidement que les corps précédents. Le sodium la détruit aussitôt avec formation d’un mélange gazeux d’hydrogène et d'oxygène. Cette solution bleue blanchit la peau à la façon de l’eau oxygénée.
Comme l’instabilité de la matière bleue isolée ne permettait pas de la manier avec facilité, M. .Moissan a eu recours, pour en fi.xer" la composition, à la solution éthérée. Cette dernière est introduite dans un tube rempli de mercure et décomposée par un fragment de potasse.
SNCYCLOP. CHIM.
Le volume d’oxygène recueilli, ramené à o degré et à 7(30 millimètres de pression, éloigne absolument l’interprétation qui faisait du composé bleu un acide de formule Cr*OL
Ces expériences, répétées un grand nombre de fois sur des solutions éthérées dont la teneur en chrome variait beaucoup, ont conduit M. Moissan à regarder le produit bleu qu’il a pu isoler, comme étant une combinaison d’acide chromique et d’eau oxygénée de formule CrO^ HO® [H. Moissan. Sur la coloration bleue obtenue pur l’action de Vacide chromique sur l’eau oxygénée. Comptes rendus, t. XCVII, p. 96].