BR0.MURES DE CHROME
PROTOBROIHURE DE CHROME (CrBr)
Préparation. — M. Moissan a préparé ce composé anhydre :
i® En réduisant par l’hydrogène le sesquibromure de chrome anhydre ;
2° Par l’action de l’acide bromhydrique sec à haute température sur la fonte dechrome ;
3“ En faisant passer des vapeurs de brome entraînées par un courant d’azote puret sec sur un excès de limaille de fonte de chrome chauffée au rouge.
Propriétés. — Le protobromure de chrome est un corps blanc dont la couleur devient d’un jaune ambré lorsqu’il est fondu. Sa .saveur est styptique et analogue à celle des composés ferreux. Il se dissout dans l’eau en dégageant beaucoup de chaleur. Sa solution aqueuse est d’un beau bleu. Elle absorbe l’oxygène de l'ai;-, avec rapidité. Le protobromure de chrome est soluble dans l’alcool qu’il colore en bleu.
Si dans un tube contenant des cristaux de pi:otobromure de chrome anhydre on fait passer un courant d’air bien desséché, le protobromure ne change pas d’aspect; mais, pour peu que le gaz contienne d’humidité, le protobromure s’hydrate et cette solution absorbe aussitôt l’oxygène avec élévation de température.
Nous avons vu plus haut que le sesquichlorure, qui est insoluble dans l’eau froide., se dissout avec la plus grande facilité dans une solution aqueuse au dix-millième de protochlorure de chrome. Le liquide bleu que fournit le protobromure de chrome au contact de l’eau dissout rapidement non seulement le sesquibromure.. mais aussi le sesquiiodure et le sesquichlorure de chrome. Le protoiodure de
m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
chrome agit du reste de la même façon sur un quelconque des persels fournis par le chlore, le brome et l’iode avec le chrome [H. Moissan].
Si l’on veut obtenir une solution de protobromure de chrome, on peut réduire le sesquibromure par le zinc en présence d’une petite quantité d’acide bromhydrique et à l’abri de l’oxygène de l’air. De l’hydrogène se dégage, le liquide vert change de teinte, devient d’un beau bleu et, il est important alors de le décanter dans des flacons remplis de gaz acide carbonique, pour le séparer du zinc. Cette solution bleue renferme un mélange de bromure de zinc et de protobromure de chrome.
SESQUIBROMURE DE CHROME (Cr^Br»)
Scaqiilbromiipc «le cliroine anliyclrc. Préparation. — On peut obtenir le sesquibromure de chrome anhydre en faisant passer des vapeurs de brome sur un mélange intime de sesquioxyde de chrome et de charbon maintenu au rouge. Le dispositif de cette expérience sera le même que celui de la préparation du sesquichlorure de chrome.
Le sesquibromure de chrome se prépare encore en faisant agir, dans un courant d’azote au rouge, un excès de vapeurs de brome sur du chrome métallique |H. Moissan].
Propriétés. — On obtient, dans ces conditions, des écailles hexagonales qui paraissent noires sous une certaine épaisseur, mais qui, en couche mince, sont vertes par transparence et rouges par réflexion. Ces cristaux sont insolubles dans l’eau, mais solubles dans les solutions très étendues de protochlorure ou de sels de protoxyde de chrome [H. Moissan].
Les solutions alcalines les attaquent plus facilement que les cristaux de sesquichlorure. Chauffes en présence de l’air, ils s’oxydent et laissent comme résidu du sesquioxyde de chrome. Maintenus dans un courant d’hydrogène au rouge sombre, ils sont réduits et donnent du protobromure.
Sesquibromure «le chrome hy«Iraté. Préparation. — Pour préparer le sesquibromure de chrome hydraté, on peut dissoudre l’hydrate de sesquioxyde de chrome dans l'acide bromhydrique. Seulement comme l’oxyde employé retient toujours une certaine quantité de l’alcali ((ui a servi à le précipiter, on n’obtient pas un produit pur.
Il vaut mieux décomposer le chromate d’argent en le faisant digérer avec de l’acide bromhydrique étendu, additionné d’un peu d’alcool. On évapore ensuite le liquide jusqu’à consistance sirupeuse et l’on reprend par l’eau.
On peut encore réduire une solution étendue d’acide chromique pur par un léger excès d’acide bromhydrique. On maintient le tout à l’ébullition jusqu’à ce que la liqueur ait pris une belle teinte verte.
Propriétés. — La solution de sesquibromure de chrome, abandonnée dans le’vide sec, donne difficilement des cristaux verts. A chaud, elle se dessèche en une masse
MÜISSAN. — LE CHROME ET SES COMPOSÉS. 2i3
d’un vert brun, déliquescente à l’air. Chauffé, ce composé fournit des oxybroiiiures, qui n’ont pas été étudiés, et qui doivent être analogues aux oxychlorures de Moberg.
La solution de sesquibromure de chrome, mise en présence de zinc et d’acide bromhydrique à l’abri de l’air, fournit une solution bleue de protobromure de chrome.
M. Varenne a obtenu un hydrate de sesquibromure de chrome cristallisé en traitant une solution chaude et concentrée de trichromate de potasse par l’acide l>romhydrique. Le liquide obtenu, maintenu à o degré, laisse déposer de beaux cristaux violets, donnant avec l’eau une solution verte et ayant pour formule Cr^Br^ i6HO [Comptes rendus, t. XCIII, p. 727].
lODURES DE CHROME
PROTOIODURE DE CHROME (Cri)
On peut préparer ce composé à l’état anhydre en réduisant par l’hydrogène le sesquiiodure de chrome.
On l’obtient à l’état hydraté et mélangé d'iodure de zinc, en réduisant une solution de sesquiiodure par le zinc en présence de Tacide iodhydrique.
Le protoiodure de chrome anhydre est d’un blanc grisâtre. Il se dissout dans Teau en donnant une solution bleue, présentant des propriétés identiques à celles du protochlorure et du protobromure. En présence de l'air humide, il absorbe rapidement l’oxygène et fournit une solution verte.
SESQUIIODURE DE CHROME (CrM»)
Pour préparer le sesquiiodure, on fait agir un excès de vapeurs d’iode entraînées par un courant d’azote sur du chrome métallique porté au rouge.
On obtient ainsi des cristaux de couleur foncée qui, en lames, paraissent rouges.
La solution de sesquiiodure de chrome peut être obtenue en faisant digérer le chromate d’argent avec de l’acide iodhydrique additionné d’une petite quantité d’alcool. On peut aussi la préparer en maintenant à l’ébullition une sMution étendue d’acide chromique mélangée d’acide iodhydrique. Cette solution verte, évaporée à sec, ne fournit pas de cristaux.
FLUORURES DE CHROME
SESQUIFLUORURE DE CHROME (CrW)
On obtient ce composé en mélangeant du sesquioxyde de chrome desséclié mais non calciné et de l’acide fluorhydrique, en évaporant à sec et en calcinant le tout.
On peut aussi dissoudre l’hydrate de sesquioxyde de chrome dans l’acide fluorhydrique et évaporer â sec.
Le fluorure de chrome peut s’unir aux fluorures alcalins et former des sels doubles cristallisés, analogues aux composés fournis par le sesquichlorure d’aluminium.
Le sesquifluorure de chrome est vert foncé, comme l’oxyde de chrome, fusible à une haute température et à peine volatil à la température de fusion de l’acier. Sainte-Claire Deville l’a obtenu cristallisé sur le couvercle d’un creuset de platine dont la partie inférieure était chauffée à la température la plus élevée que puisse produire la lampe forge.
Ces cristaux sont des octaèdres réguliers dont les faces extrêmement brillantes ont des angles qui paraissent sensiblement égaux. Il en est de môme des angles plans que forment les faces triangulaires. Le sesquifluorure de chrome est d’ailleurs très probablement isomorphe avec le sesquifluorure d'aluminium [Sainte- Claire Deville. Des sesquifluorures métalliques. Ann. de ch. et de ph., 3» sem., t.
ACIDE FLUOCHROMIQUE
Préparation. — Ce composé, découvert par Unverdorben, se prépare en mêlant un chromate anhydre avec du spath fluor et de l’acide sulfurique de Nordhausen, et en distillant le mélange à une douce chaleur dans un vase de platine ou de plomb.
Propriétés. — Si l’on refroidit suffisamment le récipient, on obtient un liquide rouge de sang comme l’acide chlorochromique bouillant à une température peu élevée. Il n’attaque pas le mercure sec ; on peut donc le recueillir sur ce liquide dans des éprouvettes recouvertes d’un enduit transparent de résine. Sa décomposition par l’eau, permet de préparer l’acide chromique ainsi que nous l’avons vu à propos de ce composé.
L’analyse exacte de ce corps n’a pas encore été faite, et c’est par analogie avec l’acide chloroclmomique dont il partage les propriétés, que nous le regardons comme un oxyfluorure.
Henri Rose avait pensé qu’il ne contenait que du fluor et du chrome, il lui avait assigné la formule CrFP. Cette composition n’est guère admissible et l’erreur de Rose tient probablement, ainsi que l’a fait remarquer Berzélius, à ce que ce chimiste, ayant employé de l’acide sulfurique ordinaire à la place d’acide fumant, a obtenu, en même temps que le fluorure d’Unverdorben, de l’acide fluorhydrique ; ce qui aura changé le rapport véritable du chrome au fluor.
MÜISSAN. - LE CEIRÜME ET SES COMPOSÉS.
combinaisons du chrome avec L’AZOTE, LE PHOSPHORE ET L’ARSENIC
AZOTURE DE CHROME
Lorsqu’on chauffe du chlorure chromique anhydre dans un courant de gaz amwioniac sec, il se forme du chlorydrate d’ammoniaque qui se sublime, et le chlorure se décompose en produisant une lumière rouge pourpre, et laissant une poudre d’un brun marron. Cette poudre prend, sous le brunissoir, un éclat gris métallique; chauffée à l’air elle s’enflamme et brûle avec une vive lumière en se changeant en sesquioxyde de chrome. Liebig, qui fit le premier cette expérience, et à une époque où l’on ne connaissait pas d’azotures métalliques, prit le produit indiqué Pour du chrome pulvérulent. C’est Schrœtter qui montra plus tard que la matière obtenue dans ces conditions, était une combinaison de chrome et d’azote.
Pour le préparer, il faut se servir du sesquichlorure de chrome sublimé anhydre. Le sesquichlorure, préparé par voie humide, ne saurait perdre son eau sans se changer en môme temps en oxychlorure de chrome, et communique au produit un aspect variable suivant la proportion d’oxyde qui s’y trouve.
Calciné à l’abri de l’air, Tazoture de chrome ne perd pas d’azote. Mélangé d’oxyde tJe cuivre et chauffé dans un tube, il brûle aux dépens de l’oxyde avec production de lumière, en dégageant un mélange d’azote et d’acide hypoazotique. Chauffé dans un courant de gaz oxygène sec, il s’enflamme entre i5o et 200 degrés, et brûle avec ûne flamme rouge en se transformant en sesquioxyde de chrome.
Il n’est pas attaqué par la potasse en fusion ni par les acides étendus. L’acide sulfurique le dissout lentement à froid. L’eau régale le dissout en partie à Tébullition.
L’azotate et le chlorate de potasse fondu décomposent rapidement Tazoture de chrome.
L’acide fluorhydrique ne l’attaque pas. Ni Teau ni l’hydrogène n’agissent sur lui au rouge.
Schrœtter, à qui Ton doit les plus importantes de ces recherches, regardait Tazoture de chrome comme formé de 2 équivalents d'azote et de 5 d’hydrogène. Sa formule serait donc CrHzL Mais le composé de Schrœtter est loin d’être pur. Il est du reste une circonstance qui semble avoir échappé aux chimistes qui se sont Occupés de ce composé. S’il reste des vapeurs de chlorhydnate d’ammoniaque dans l’appareil, et il s’en forme constamment par l’action du gaz ammoniac sur le sesquichlorure de chrome, il se produira du protochlorure de chrome. Si, en effet, on •’ficueille le produit préparé par l’action du gaz ammoniac sur le sesquichlorure de chrome au rouge dans de Teau saturée d’acide carbonique et que Ton filtre à Tabri <10 Tair, on obtient une solution bleue, dissolvant avec la plus grande rapidité le Sesquichlorure, et présentant bien tous les caractères du protochlorure.
Cette action du gaz ammoniac sur le sesquichlorure de chrome est donc moins simple qu’elle ne le paraît tout d'abord, et elle exigerait, pensons-nous, de nouvelles recherches.