‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 212 sur 285 · I. — ESSAI CHIMIQUE. — ACTION DES RÉACTIFS · texte numérisé non relu

I. — ESSAI CHIMIQUE. — ACTION DES RÉACTIFS

Les cendres et le mode d’inflammation des fibres peuvent donner des indications. On enflamme isolément les fils détachés d’un tissu ; on sépare les fibres d’un même fil, si c’est nécessaire.

Les fibres végétales donnent une flamme vive et produisent un charbon qui conserve la forme du fil et laisse peu de cendre; les vapeurs possèdent une odeur légèrement acide, elles rougissent le papier de tournesol humide.

Un charbon boursouflé, brillant, qui brûle incomplètement, caractérise les fibres animales; il reste beaucoup de cendre. Les fumées qui se dégagent rappellent l’odeur de la corne brûlée; elles possèdent une réaction alcaline.

En faisant bouillir les fibres textiles avec de l’acide azotique, la laine et la soie se colorent en jaune; le lin, le chanvre, le coton restent blancs.

On peut dissoudre les fibres animales dans une solution bouillante de potasse ou

de sonde caustique à 8 pour 100. Ou n'attaque pas sensiblement les fibres végétales dans ces conditions. Ce moyen est très commode pour distinguer ces deux espèces de fibres. D’après Pellier, on prépare une solution à volumes égaux d’acide azotique concentré et d’acide sulfurique, on y place pendant dix à douze minutes le tissu à essayer, puis on lave à grande eau; la soie et le poil de chèvre se dissolvent entièrement, la laine passe au jaune ou au brun ; les fibres végétales ne changent pas de couleur et ne semblent pas altérées, elles s’enflamment comme le fulmicoton après dessiccation.

Pour caractériser la laine et les poils dans un tissu blanc, Lassaigne ajoute, à une solution de sous-acétate de plomb, une dissolution de soude caustique en quantité suffisante pour redissoudre le précipité d’oxyde de plomb. Ce réactif colorera en brun la laine et les poils qui renferment du soufre, il ne colorera ni les fibres végétales ni la soie. On pourra ainsi distinguer la laine de la soie.

Une solution ammoniacale d’oxyde de cuivre, obtenue en laissant digérer de l'oxyde de cuivre hydraté dans de l’ammoniaque concentrée, dissout assez rapidement la soie, plus lentement le chanvre, le lin et le coton; la laine ne sera pas attaquée.

On peut encore mettre à profit les affinités de diverses fibres pour les matières colorantes. Ce moyen pourra servir à distinguer les fibres animales des fibres végétales et plus particulièrement la laine et le coton. Dans ce but, on prépare une solution incolore de rosaniline, que l’on obtient en ajoutant de l’ammoniaque à une solution concentrée et bouillante de fuchsine dans l’eau. La rosaniline se dépose en petites paillettes ; on conserve la solution dans un flacon bien bouché. Si l’on plonge dans cette solution chaude additionnée d’ammoniaque, pendant quelques secondes, un tissu de laine et de coton, le tissu reste le plus souvent incolore. Mais l'échantillon lavé à l’eau se colore en rouge par l’addition d’acide acétique s’il renferme de la laine ou de la soie; il reste incolore s’il est fait de coton, de chanvre ou de lin.

L’essai de Kindt est fréquemment employé pour reconnaître le coton et le lin. On débarrasse les étoffes de leur apprêt en les faisant bouillir dans l’eau distillée et desséchant ensuite; on place le tissu dans l’acide sulfurique à 66° pendant un temps variant d’une demi-minute à deux minutes, suivant l'épaisseur de l’étoffe. On lave à l’eau, puis on place dans une solution étendue d’ammoniaque et on sèche l’échantillon. Le coton se dissout sous forme d’une masse gélatineuse, le lin n’est attaqué que très légèrement. Mais cet essai ne donne que des indications douteuses.

Séparation des fibres végétales et des fibres animales. — Pour découvrir les fibres végétales dans la laine ou dans la soie, on fera bouillir le tissu blanc dans une solution aqueuse de soude à 10 pour 100. On dissoudra ainsi la laine et la soie; les fibres végétales inattaquées sont séparées sur un petit filtre de calicot et lavées à l’eau bouillante.

Dans la solution filtrée on caractérise la laine en ajoutant un peu de sous-acétate de plomb, qui donne une coloration noire par suite de la formation de sulfure. En l’absence de la laine, on retrouve la soie, qui se précipite de sa solution alcaline quand on neutralise par l’acide chlorhydrique.

Cet essai ne convient que pour les tissus blancs ou écrus ; quand on a affaire à un tissu coloré, il faudra le couper en petits morceaux que l’on plongera pendant

vingt minutes dans un mélange de 2 volumes d’acide sulfurique à 66° et de 1 v0 lume d’acide azotique fumant.

Ce mélange détruira la laine, la soie et la matière colorante, en les oxydant. La fibre végétale conserve son aspect fibreux et passe à l’état de coton-poudre. On jette le tout dans l’eau et on lave par décantation, puis on réunit les fibres .sur un filtre, on les lave et on les sèche.

L’essai des tissus blancs ou faiblement colorés peut être basé sur l’affinité des fibres pour les matières colorantes. Il est indispensable de décolorer le tissu avec l’eau de chlore faible, et il est essentiel d'enlever tout l’apprêt en faisant passer pendant dix minutes l’échantillon dans une solution bouillante de carbonate de soude à 2 pour 100. On savonne le tissu et on lave à l’eau bouillante, puis on plonge l’étoffe dans de l’eau à 50° renfermant 2 pour 109 d’acide chlorhydrique; après dix minutes, on lave et on essore la toile. Le tissu ainsi préparé pourra être essayé dans un bain de rosaniline comme nous l’avons dit plus haut.

Réactions diverses permettant de distinguer la laine, la soie et le coton. — Si les tissus sont blancs ou de couleur claire, on pourra les soumettre à l’essai de Lassaigne ; les fils de laine seront noircis, la soie qui ne renferme pas de soufre restera incolore.

Le réaciif de Schweitzer (ammoniure de cuivre), que l’on prépare en versant de l'ammoniaque sur de la tournure de cuivre, disposée dans une allonge, dissout aisément la soie et les fibres végétales, sans attaquer la laine. On découpera un carré d’étoffe de 2 centimètres carrés et on le plongera pendant cinq minutes dans 10 centimètres cubes du réactif. Au bout de ce temps, la soie sera dissoute complètement. (Si la soie est noire, il faudra employer 20 centimètres cubes de liquide et laisser en contact pendant deux fois plus de temps.)

Les fibres végétales se dissolvent plus lentement dans le réactif. Ou peut, après décantation du liquide bleu, les y précipiter en saturant par l’addition d’un acide. La soie entre plus rapidement en solution et ne se précipite qu’imparfaitement par les acides.

Les acides concentrés dissolvent la soie et certaines fibres végétales; on peut mettre cette action à profit pour les séparer. On aura soin, avant le traitement par les acides, de décolorer le tissu s’il y a lieu et d’enlever l’apprêt; l’échantillon sera bien séché avant d’être introduit dans les acides.

L'acide azotique concentré dissout la soie sans attaquer la laine. La soie se dissout aussi dans l’acide sulfurique concentré, qui transforme les fibres végétales en sucre et en dextrine et laisse la laine inattaquée.

Il est préférable d’employer à froid l’acide chlorhydrique concentré ; la soie est dissoute au bout de peu de temps ; la laine et les fibres végétales ne sont pas altérées. On jette le tout dans l’eau, on lave la laine et les fibres végétales sur un filtre.

On peut alors, dans ce résidu, distinguer les fibres en faisant bouillir le tissu avec de la soude à lü pour 100, qui dissout la laine.

La fuchsine, l’acide picrique, le violet de Paris, qui ne se fixent pas sur le coton par la teinture, sont de bons réactifs pour caractériser ce dernier.

Les essais chimiques que nous venons d’énumérer donneront des indications

préalables sur la composition du tissu. L’examen microscopique confirmera et complétera ces résultats, il faudra lui accorder une grande importance et ne le négliger en aucun cas.

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