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RECHERCHE DES MATIERES TOXIQUES DANS LES EMPOISONNEMENTS

Exliumation et autopsie. — La recherche des matières toxiques, après un décès qu’on suppose dû à un empoisonnement, comporte une exhumation ou une autopsie auxquelles il est indispensable qu’assiste le chimiste chargé des opérations analytiques, et d’ici quelques années cette habitude, constante dans les grands centres, se sera généralisée.

L’immense majorité des empoisonnements est produite par absorption d’un toxique par l’appareil digestif, mais la substance vénéneuse peut aussi avoir pénétré par les voies respiratoires, parles téguments externes et les muqueuses, enfin par introduction directe dans le système circulatoire.

Qu’on ait ou non des présomptions sur le mode d’intoxication, on devra enlever exactement les mêmes portions du cadavre et avec les mêmes précautions, et ceci pour deux raisons : d’abord, les présomptions peuvent être fausses ; enfin les poisons s’éliminant ou se concentrant d’une certaine façon dans les organes, l’examen de viscères, en apparence non directement intéressés, peut fournir à l’analyse des indications précieuses, permettre de décider quelquefois, avec un certain degré de certitude, si l’intoxication a été lente ou rapide; dans le premier cas de reconnaître si elle peut être nettement distinguée d’une intoxication produite par certains médicaments qui sont des poisons de l’ordre de ceux qui peuvent servir à déterminer l’empoisonnement aigu.

Les parties du cadavre à conserver sont :

1” L’estomac, l’oesophage et son contenu;

2° L’intestin et son contenu;

3» Les reins, la vessie et l’urine;

4° Le foie et le sang;

5° Un poumon, ou une partie déterminée d’un poumon;

6“ Le cerveau et la moelle épinière ;

7° Une portion de muscle (cuisse, poitrine).

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Chacune de ces portions doit être renfermée dans un bocal de verre neuf, et parfaitement nettoyé, sans addition d’aucune matière destinée à empêcher la putréfaction et qui deviendrait une cause d’incertitude à cause de sa pureté toujours suspecte. D’autre part, à supposer même que l’on ait affaire à des substances absolument pures, leur présence peut rendre plus difficile la recherche de certains poisons : c’est ainsi que l’alcool empêche la réaction si nette du phosphore dans l’appareil de Mitscherlich. Les bocaux sont fermés avec des bouchons maintenus par une ficelle, et on scelle cette dernière sur le bouchon même avec de la cire et un simple cachet, suffisant pour assurer la fermeture du vase, sans présenter les inconvénients d’un goudronnage complet du bouchon. Dans ce dernier cas, en effet, on ne saurait affirmer que, lors de l’ouverture, un peu de cire ne tombera pas à l’intérieur du flacon : or toutes les cires du commerce sont à base d’oxydes métalliques, et quelquefois arsenicales. 11 vaut mieux, enfin, que le bouchon ne s’oppose pas absolument au dégagement des gaz produits par la putréfaction.

L’appareil digestif, la vessie ne seront séparés qu’après ligatures préalables effectuées aux endroits .convenables. Dans le cas d’autopsie faite peu de temps après la mort, on devra recueillir à parties substances vomies, déjections, etc.; s’il s’agit d’une autopsie précédée d’exhumation, on prendra de la terre qui environne la bière tout autour d’elle et à différentes hauteurs ; quand l’exhumation est faite longtemps après la mort, et pour peu que le terrain où était placé le cercueil soit argileux, le cadavre est transformé en une masse savonneuse qui permet très difficilement la séparation des organes et l’opération devient des plus désagréables.

Les viscères une fois recueillis, il faut, si l’analyse n’en est pas immédiate- , ment effectuée, les mettre à l’abri de la chaleur, afin de les préserver autant que possible de la putréfaction. A la Morgue, on les maintient à une température voisine de zéro, qui est suffisante ; en refroidissant davantage, on s’exposerait à congeler partiellement le contenu des bocaux et à les briser.

Recherclie systématique des poisons. — Ces opérations préliminaires faites, on procède à la recherche des différents poisons; nous nous bornerons à celle des substances minérales.

Les principales matières toxiques dont on a relevé la présence dans les empoisonnements accidentels ou volontaires sont: le mercure, le cuivre, le plomb, le zinc, l’antimoine, le sodium (eau de Javel), parmi les métaux ; le phosphore, l’arsenic, parmi les métalloïdes; les acides minéraux, sulfurique, nitrique et chlorhydrique, le cyanogène et les cyanures; enfin, parmi les substances gazeuses, l’oxyde de carbone et l’acide sulfhydrique.

Nous adopterons l’ordre suivi dans la recherche de ces substances au Laboratoire toxicologique de Paris :

« Quand les renseignements (1) acquis par l’instruction ou l’autopsie nous ont fourni des indications probables sur la nature du poison à rechercher,

(1) Documents sur les travaux du laboratoire de toxicologie, par MM. Brouardel et

nous essayons d’abord de vérifier ces indications; l’analyse est ensuite complétée selon les, méthodes générales. En l’absence de toute indication préalable, voici la marche que nous suivons d’ordinaire :

« 1“ On examine d’abord si le sang contient de l’oxyde de carbone.

« 2" On prélève un échantillon moyen, composé du quart environ de chaque viscère ; sur cet échantillon on recherche le phosphore, l’acide cyanhydrique, divers composés volatils, les acides ou alcalis, puis enfin les métaux toxiques, le plomb, le mercure, l’antimoine et surtout l’arsenic.

« 3° On prélève ensuite un second échantillon moyen, comme le premier, pour la recherche des alcaloïdes.

« Lorsque les premiers essais ont donné un résultat positif, on recommence ces essais en opérant, s’il y a lieu, sur chaque viscère, isolément, de manière à vérifier les expériences précédentes et à déterminer, s'il se peut, la localisation du poison. On consacre à cette nouvelle série d’analyses le tiers ou le quart de ce qui reste; le surplus est conservé en vue de contre-expertise. »

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