CHAPITRE VIII
ARSÉNIURES
Métiiocle générale. — Pour analyser un arséniure, on commence en général par amener son arsenic à l’état d’arséniate alcalin. Pour cela, après l’avoir réduit en poudre fine, on l’attaque par l’acide hypochloreux, et quand la réaction est complète on ajoute un peu d’acide chlorhydrique et on fait bouillir de manière a chasser l’acide hypochloreux en excès. La liqueur est alors étendue d’eau et introduite dans un flacon à petite ouverture portant un bouchon muni de deux trous ; l’un d’eux livre passage à un tube par lequel on pourra faire arriver un courant d’hydrogène sulfuré jusqu’au fond du liquide; l’autre s’arrête dans l’intérieur au ras du bouchon et sert au dégagement de l’hydrogène sulfuré eu excès. 11 est quelquefois nécessaire de faire passer un courant lent de ce gaz, pendant sept ou huit heures pour précipiter entièrement l’arsenic, et cette opération est surtout longue quand il est à l’état d’acide arsénique, ce qui est le cas actuel. On gagne alors beaucoup de temps en effectuant préalablement, comme l’a conseillé Wôhler, la transformation de l’acide arsénique en acide arsénieux au moyen d’une dissolution aqueuse d’acide sulfureux ajoutée peu à peu dans la liqueur arsenicale chaude et chauffant ensuite jusqu’à disparition complète de l’odeur d’acide sulfureux.
Ce résultat obtenu, on décante la liqueur claire et on lave par décantation le précipité de sulfures qui peut renfermer d’autres corps que l’arsenic, puis on le fait digérer avec du sulfhydrate d’ammoniaque: on sépare ainsi tous les sulfures insolubles dans ce réactif.
Nous supposerons ici que la matière soumise à l’analyse ne contient aucun métal dont le sulfure soit soluble dans le sulfhydrate d’ammoniaque, et en particulier qu’elle ne renferme pas d’antimoine ; dans ce cas il ne se dissout que du sulfure d’arsenic, qui se dépose plus ou moins mélangé de soufre quand on décompose le sulfhydrate par un acide étendu, et cette présence constante du soufre fait qu’il est impossible de déduire l’arsenic du poids de son sulfure et qu’il faut faire chaque fois l’analyse de ce produit. A cet effet on le dépose sur un filtre taré placé au milieu d’un filtre semblable; on lave, puis le sulfure et son filtre sont séchés jusqu’à poids constant à 100 degrés et pesés. Le filtre enveloppe sert de témoin pour apprécier si les différentes manipulations ont
fait varier le poids du filtre et de quelle quantité. On a ainsi assez exactement le poids du sulfure d’arsenic.
Pour doser le soufre de celui-ci on dissout sulfure et filtre dans l’acide hypochloreux et l’on obtient ainsi un mélange d’acides arsénique et sulfurique; on ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique et on fait bouillir pour se débarrasser de l’acide hypochloreux en excès, puis la liqueur étendue d’eau est traitée par du nitrate de baryte qui précipite l’acide sulfurique. On laisse digérer sur un bain de sable la liqueur étendue et fortement acide, car il est évidemment impossible de faire bouillir sans s’exposer à perdre de l’arsenic. Quand le sulfate de baryte est convenablement rassemblé on le sépare, on le lave et on le pèse. La liqueur filtrée est traitée par de l’acide sulfurique en léger excès et laissée en digestion avec le précipité au bain-marie ou sur un bain de sable, pendant sept il huit heures, de manière à permettre, comme la première fois, la séparation du sulfate de baryte sans élever la température.
La liqueur débarrassée du sulfate de baryte ne contient plus que des acides chlorhydrique, sulfurique et arsénique. On lui ajoute une certaine quantité de fil d’archal, puis quelques gouttes d'acide nitrique, en calculant la quantité de fer de manière telle qu’il y en ait au moins trois équivalents pour un d’arsenic. La liqueur est alors évaporée .avec précaution pour que l’hydrogène qui se dégage n’en entraîne aucune trace, et quand son volume est très réduit on la transvase dans un petit creuset de platine où l’on continue l’évaporation jusqu’à sec. Il ne doit plus rester alors d’acide chlorhydrique ; on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique pour être sûr que tout le fer est bien peroxydé et l’on a ainsi un mélange de sulfate et d’arséniate de sesquioxyde de fer que l’on calcine ; sous l’action de la chaleur le sulfate seul se décompose, et comme on connaît le poids de sesquioxyde de fer que doit contenir la matière, on en déduit celui d’arsenic. La calcination doit être opérée dans une flamme oxydante pour éviter la formation d’arsenic, qui disparaîtrait en se volatilisant et pourrait en outre percer le creuset de platine dans lequel on opère.
Aussi préfère-t-on généralement doser l’arsenic a l’état d’arséniate ammonlaco-magnésicn, mais il faut être alors en présence d’une liqueur qui ne renferme que de l’acide arsénique et point d’acide arsénieux; on la sursature par l’ammoniaque qui ne doit pas la troubler, et on y verse un excès de liqueur magnésienne (l)qui précipite l’arsenic à l’état d’arséniate double : 2MgO, AzlPO, AsO®, 12HO. On laisse déposer pendant 12 heures au moins, et on recueille le précipité sur un filtre taré qu’on dessèche à 100 degrés ; il perd de l’eau et correspond alors à la formule 2MgO, AzlOO, AsO®, HO, de laquelle on déduit le poids de l’arsenic.
Les principaux arséniures qu’on rencontre dans la nature sont ceux de cobalt et de nickel, correspondant aux formules CoAs et Ni® As®; mais à côté de ces minerais simples, on rencontre des arséniosulfures tels que la cobaltine Co.S*,CoAs, et aussi des antimoniosulfures. En dehors de ces espèces minéralo-
(I) 100 grammes de chlorure de magnésium cristallisé,
140 — de chlorhydrate d’ammoniaque,
700 — d’ammoniaque pure,
1300 — d’eau.
giques, on rencontre de nombreux minerais complexes, qui contiennent fréquemment du soufre, de l’arsenic et de l’antimoine associés à du nickel et à du cobalt, à du fer, du plomb, du bismuth, du cuivre, de l’argent, et mélangés avec une gangue de nature variable.