ÉTUDE DES PRODUITS SPÉCIAUX DES FÈCES
Il existe, dans les fèces, un certain nombre de produits spéciaux qui méritent d’être étudiés à part; ce sont l'indol, le skatol, la stercorine et l’excrétine.
ludol, CIl’Az.
Propriétés. — L’indol est un corps solide, cristallisé en feuillets minces brillants, incolores, d’une odeur earactéristique de matières fécales très pénétrante soluble dans l’eau bouillante, l’alcool et l’éther. Il fond à b2 degrés et passe à là
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distillation avec la vapeur d’eau; lise volatilise à 243-246 degrés avec décomposition partielle, et se comporte comme une base faible.
Le chlorure ferrique donne, avec l’indol, une poudre verte, non volatile, soluble en brun dans l’aniline.
La solution dindol, traitée par l’acide nitrique rutilant, se colore en rouge sang, et abandonne, par le refroidissement, des cristaux rouges de nitrate de nitroso-indol C'«H» (AzO) Az*. AzO’H, soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther.
La composition du nitroso-indol et de ses dérivés qui, pour un azotyle AzO renferment C16, a suggéré à Nencki l’idée de doubler la formule de l’indol ce que n’admet pas Baeyer.
Traite en suspension dans l’eau, pendant quelques heures, par un courant d’air ozonise, il donne une matière résineuse et se transforme, en partie, en bleu d indigo:
2C8ll7Az + 20* = C16H10Az*O + 2H*0.
<l-picrique, d’où l’indol est déplacé
Réactions caractéristiques. - i- Le mélange d’alcool et d’acide nitreux le colore en rouge foncé ;
2° La solution aqueuse donne, par l’acide nitreux, un précipité rouge, abondant forme de fines aiguilles (réaction sensible à 1/10.000) qui, après agitation avec du chloroforme, se rassemble à la surface de séparation des deux liquides (Salkowski); ^
3° La solution se colore en rouge cerise en présence d’un copeau de pin imprègne d acide chlorhydrique ; F
4» Les solutions d’indol et d’acide picrique dans la benzine, mélangées, donnent de longues aiguilles rouges d’a eide indol-picrique, d’où l’indol est déplacé par 1 ammoniaque.
Modes de production. — L’indol se produit dans un grand nombre de circonstances dont nous n’indiquerons que celles qui intéressent spécialement le physiologiste :
1“ L’indol se forme lorsqu’on traite par la potasse en fusion les diverses matières albuminoïdes; à côté de l’indol, il se produit toujours un peu de skatol.
L albumine dœuf donne environ 2,3 p. 1000 d’indol; la caséine et le gluten 1 millième seulement. ë
2° L’iDd01 SeJ°™e dans la digestion pancréatique des matières albuminoïdes, ™:S;l°7e la dénl0ntré Kühne, dans la troisième phase seulement, celle qui
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La proportion d’indol varie avec la température et la durée de la fermentation il disparaît a son tour, tandis qu’il se produit du phénol (Odermatt)
L albumine en donne le plus, environ 3 millièmes, puis viennent la fibrine et la caserne; la gelatine et la mucine n’en donnent que très peu, et l’élastine pas du tout.
Les recherches de Nencki et Schultzen paraissent établir que l’indol ne se forme pas aux dépens de la tyrosine produite dans la deuxième phase de la digestion pancréatique.
3° L’indol existe en petite quantité dans les excréments humains et aussi, mais en proportion plus faible, dans ceux des herbivores; la majeure partie, résorbée dans l’intestin, passe dans les urines sous la forme d’indican ou acide indoxysulf urique
C8He AzO. SO3. H.
Il existe d’ailleurs une relation étroite entre les proportions d’indol absorbées et celles de l’indican urinaire, relation démontrée par les faits suivants :
1” Les injections sous-cutanées d’indol font apparaître l’indican dans l’urine (Jaffé) ;
2° Toutes les causes qui augmentent la production de l’indol, ou prolongent la durée du séjour de cette substance dans l’intestin, augmentent la proportion de l’indican. C’est ainsi qu’agissent l’alimentation exclusivement animale, la ligature de l’intestin grêle seulement, chez le chien ; celle de l’intestin grêle et du gros intestin chez le lapin ; le volvulus ou la hernie étranglée, la constipation et la péritonite chez l’homme, etc.
Le passage de l’indol a l’état d’indican s’effectue probablement en deux phases successives; l’indol C8H7Az, résorbé, se transforme d’abord, dans le sang, en oxindol C8H7AzO, puis s’associe à l’acide sulfurique avec élimination d’eau : et de fait, la réaction inverse, le dédoublement de l’indican, se produit facilement sous l’influence de l’acide chlorhydrique étendu, comme le montre la formule suivante :
C8H6Az0.S03. II + 11*0 = C8 II’ Az 0 + S04H2.
Acide indoxylsulfurique. Indoxyle. Ac. sulfurique.
Préparation. — 1° Par la putréfaction de l'albumine. On arrose 300 grammes d’albumine d’œuf avec 4k*,500 d’eau et l’on ajoute un pancréas haché, en mélangeant intimement. On abandonne entre 40 et 45 degrés, pendant 60 à 70 heures. Le liquide obtenu par expression et filtration, acidulé par l’acide acétique, est distillé jusqu’à ce qu’il ne précipite plus par le nitrite de potassium; on sature alors le liquide distillé par la chaux, et on l’épuise par l’éther qui abandonne par évaporation les cristaux d’indol (Nencki et Frankiewicz).
2° En partant des excréments. Les excréments sont délayés dans 4/3 de leur poids d’eau, additionnés de 1/20' d’acide acétique et distillés. Le liquide distillé neutralisé par la soude, est épuisé par l’éther qui entraîne l’indol, le phénol et le skatol ; le résidu de l’évaporation de la solution éthérée, dissout dans un peu d’eau et additionné d’acide picrique, laisse déposer des cristaux de picrates d’indol et de skatol que l’on sépare par cristallisation fractionnée; on déplace ensuite l’indol par l’ammoniaque (Brieger).
Skatol, C9H*Az.
Propriétés. — Le skatol est un corps solide, incolore, cristallisé en feuillets brillants, fusible à 93*, 5, moins soluble dans l’eau que l’indol, soluble dans l’alcool et dans l’éther. Doué d’une odeur pénétrante, mais non désagréable quand il provient de l’indigo, il a une odeur fécale quand il provient des excré-
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•ments ou de la putréfaction, ce qui semble indiquer dans ce dernier cas la •présence d’un corps étranger comme impureté.
11 passe encore à la distillation avec la vapeur d’eau, et fonctionne aussi comme une base faible.
Le chlorure ferrique est sans action sur lui; il en est de même de l’eau •chlorée. L’acide chlorhydrique le colore en violet.
Il forme avec l’acide picrique une combinaison cristallisée en longues aiguilles rouges, décomposable par l’ammoniaque.
L aeide nitrique concentré le décompose avec dégagement de vapeurs à odeur de nitro-phénol qui, portées au rouge par leur passage à travers un tube de porcelaine, donnent de l’indol, dont le skatol ne paraît être que l’homologue supérieur, d’où le nom de méthylindol (Fileti).
Modes de production. — Les modes de production du skatol sont assez nombreux ; mais quelques-uns seulement ont de l’intérêt pour nous. Nous les résumons ci-après :
1» Le skatol se forme en petite quantité (0,3 p. 100) dans la réduction de l’indigo par l’étain et l’acide chlorhydrique (Baeyer).
2 II prend naissance dans la fusion de l’albumine avec un grand excès de potasse (Nencki).
3° On en trouve encore dans les produits de la digestion pancréatique ou de putréfaction de matières albuminoïdes, albumine de l’œuf (Brieger) ou du muscle •(Nencki).
4» Il existe enfin dans les excréments de l’homme (Brieger); on n’en trouve pas dans ceux du chien et des ruminants, bien qu’il soit abondant dans le -contenu de la panse du bœuf et de l'intestin grêle du cheval; mais il est certainement résorbé et apparaît dans les urines des herbivores sous la forme d’acide skatoxyls ulfuri que C»H8AzO.S08H (Brieger, Tappeiner, 1881). Il en est ainsi, d ailleurs, à la suite de l’injection sous-cutanée ou de l’ingestion stomacale du skatol.
Préparation. — 1 • Par la putréfaction de l’albumine. On dissout 500 grammes d’albumine du sang dans 4 à 5 litres d’eau et on abandonne la solution pendant •8 à 10 jours à la température de 36 degrés avec un petit morceau de pancréas. On distille le liquide exprimé avec de l’acide acétique, de façon à en recueillir les 3/4 qu on épuisé par l’éther, après l’avoir neutralisé. L’évaporation du dissolvant laisse une masse brune, mélange de skatol, d’indol, et d’une huile brune. La masse, delayee dans l’eau, est additionnée d’acide chlorhydrique et d’acide picrique, qui détermine la production d’un précipité cristallin de picrates d’indol et de skatol qu’on distille avec de l’ammoniaque aqueuse.
On condense le skatol et l’indol, et on les sépare en les redissolvant dans un peu d alcool absolu et ajoutant de l’eau à la solution alcoolique : le skatol est seul précipité (Brieger, 1879).
2» A l’aide des excréments. Le procédé est le même que celui qui donne in o , ou plutôt qui sert à la préparation simultanée des deux corps.
11 existe un isomère du skatol, le mélhylkétol de Baeyer et Jackson, dont voici
C8HTAz
Cil*
c6h*<Q^ch
C’H»Az CH. CH*
Az
Méthjlkétol.
C’H’Az
CWéQ^C.CH*
Az
Acide skatol - carbonique, C10H’AzO*.
Ce nouveau corps, cristallisé en lamelles cristallines, fusible à 161 degrés, sedécompose à une température plus élevée en skatol et acide carbonique :
C10H,AzO* = CO* + C9H* Az.
11 paraît être un terme intermédiaire de la production du skatol dans la putréfaction de l’albumine (Nencki, E. et H. Salkowski, 1880).
Ce composé est soluble dans l'eau bouillante, l’alcool et l’éther; ses sels alcalins sont solubles dans l’eau.
La solution au 1/1000 de l’un de ces sels prend, à chaud, une coloration rouge bleuâtre, par l’addition ménagée de chlorure ferrique.
Préparation. — On prépare l’acide skatol-carbonique en faisant fermenter de l’albumine, en présence de l’eau, concentrant le produit, acidulant par l’acide sulfurique et épuisant par l’éther. L’extrait éthéré est repris par de petites quantités d’eau tiède qu’on évapore dans le vide et qui abandonne des lames cristallines d’acide skatol-carbonique. On obtient ainsi un rendement extrêmement faible, l«r, 6 pour 8 kilogrammes de fibrine humide (H. et E. Salkowski, 1880).
Stercorine.
Flint donne le nom de stercorine à une substance qu’il a extraite des fèces par un procédé absolument applicable à la cholestérine. Ce corps se rapproche d’ailleurs presque complètement de cette dernière par ses propriétés, paraît identique à la séroline que Boudet a découverte dans le sang, et, se formerait d’après l’auteur, aux dépens de la cholestérine que Flint, Simon et Marcet disent n’avoir pu retrouver dans les fèces (1).
Elle existerait constamment dans les excréments humains ( 0,67 dans les 24 heures, chez un adulte), sauf dans le cas où la bile ne s’écoule pas dans l’intestin. On ne la trouve pas non plus dans les fèces qui s’accumulent pendant la léthargie des animaux hibernants. Cette substance n’a pas été analysée.
La stercorine de Flint cristallise en fines aiguilles, fusibles à 36 degrés suivant Lehmann. Elle est neutre, inodore, insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool chaud, non saponifiable et insoluble dans les alcalis.
L’acide sulfurique concentré la colore en rouge.
On voit donc que le mode de préparation de ce composé, ainsi que ses réactions caractéristiques, s’appliquent également à la cholestérine. Les seules différences
(1) Hoppe-Seyler l’a constamment retrouvée dans les excréments des enfants et des adultes et dans ceux de divers animaux, même après une abstinence prolongée ; l’assertion de Flint, Simon et Marcet est donc fausse.
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physiques constatées, forme cristalline et point de fusion, tiennent peut-être u •quement à la présence d’une petite quantité de graisses neutres.
Excrctîne, CJ0H36O.
Propriétés. — L’excrétine , isolée et décrite pour la première fois par Marcet, est une substance solide, cristallisée en fines aiguilles incolores, fusible à 92-96 degrés, insoluble dans l’eau, qui, à l’ébullition, la transforme en une masse résineuse jaune. Elle est très soluble dans l’alcool chaud et dans l’éther froid et chaud. Elle cristallise dans l’alcool en longues aiguilles, et dans l’acide acétique en amas sphériques. Elle est neutre au tournesol et combustible avec une odeur aromatique.
L’acide nitrique bouillant l’oxyde; elle est inaltérable à l’air, aussi bien que dans les bases ou les acides; elle résiste également bien à la putréfaction.
L excretine se rapproche par certains points de la cholestérine et de la stercorme; elle se distingue de la cholestérine par la forme de ses cristaux et sa plus faible solubilité dans l’acide acétique glacial.
Préparation. Marcet a retiré l’excrétine des fèces humaines en les épuisant par 1 alcool bouillant dont elle peut cristalliser quelquefois directement.
En maintenant la solution alcoolique au-dessous de 0 degré, pendant un temps assez long, elle laisse déposer une substance granuleuse, de couleur olive formée d’un acide gras fusible à 25 degrés, insoluble dans l’eau, soluble dans 1 alcool chaud et dans l’éther; c’est l’acide excrétolèique de Marcet.
Les eaux mères alcooliques filtrées, traitées par un lait de chaux, donnent un précipité brun qui, après dessiccation, cède l’excrétine à l’éther. Marcet a trouvé du soufre dans son produit, et lui attribue la formule CT*H1,6SO!.
D après Hinterberger, l’excrétine pure serait exempte de soufre et renfermerait C^H^O, ce qui la rapprocherait de la cholestérine C2,HuO.
Hinterberger a préparé son excrétine en opérant sur 50 kilogrammes d’excréments frais qu’il a épuisés par l’alcool bouillant. Au bout de huit jours, la solulion froide laisse déposer une masse noirâtre qui est le sel magnésien d’un dème biliaire (?) C«n*»A*Ot‘Mg. La solution alcoolique, additionnée d’un lait de chaux donne un précipité brun clair qui cède l’excrétine à un mélange bouillant d alcool et dether. Cette solution, refroidie et maintenue huit jours à 0 degré, laisse déposer lexcretine en aiguilles jaunes que l’on purifie par cristallisation
?excréüne00puraeU eSS0US * ° ^ L’aUteUr a °btenu ainsi huit ««««»“•
Traitée par le brome, elle donne un dérivé biliaire C!«H«Br*0 insoluble dans leau, peu soluble dans [l’alcool, insoluble dans un mélange d’alcool et d’éther qui la laisse déposer en cristaux incolores, fusibles au bain-marie.