PRÉSENCE D’ÉLÉMENTS ANORMAUX DANS LES SELLES
Selles contenant de l'urée. — Normalement, les matières fécales ne renferment que des traces d’urée quand elles en contiennent, puisque ce composa s’élimine naturellement par le rein. Mais toutes les fois qu’une déviation pathologique survient dans la voie d’élimination : néphrites diverses, néphrotomie ligature ou obstruction des uretères, etc., la sécrétion intestinale tend à suppléer la sécrétion urinaire (Cl. Bernard).
On voit alors l’urée apparaître en proportion notable dans le liquide de l’intestin, et passer, en partie, dans les excréments qui en renferment d’autant plus que l’évacuation est plus rapide; sinon elle se transforme, par hydratation en carbonate ammonique. Ainsi, dans le choléra, on trouve, à côté de traces durée du carbonate d’ammonium en quantité appréciable.
Mais c’est dans le mal de Bright, et surtout dans l’urémie, que l’excrétion del’urée par le tube digestif est la plus marquée; cette urée se transforme partiellement en carbonate d’ammonium qui irrite les muqueuses et provoque secondairement des vomissements et de la diarrhée, et même des lésions ulcéreuses
On a trouvé de 2.30 à 3.20 p. 100 d’urée dans les selles des albuminuriques.
Selles ammoniacales. — On. vient de voir l’apparition de l’ammoniaque à l’état de carbonate dans les déjections de certaines maladies graves : choléra, néphrite parenchymateuse, urémie; elle prend son origine dans l’urée déversée à la surface de l’intestin.
D’après Berzélius, l’ammoniaque libre ou carbonatée n’existerait pas dans les selles normales; elle n’y apparaît que dans les conditions pathologiques indiquées précédemment ou à la suite d’une putréfaction et d’une fermentation anormale du contenu de l’intestin.
DIGESTION. — FÈCES PATHOLOGIQUES.
Selles albumineuses et muqueuses. — Les fèces normales ne renferment pas d’albumine. Celle-ci y apparaît en quantité variable dans les selles diarrhéiques du typhus, de la dysenterie, du choléra, du mal de Bright (Jaccoud).
Les déjections alvines albumineuses possèdent souvent, comme le suc pancréatique, la propriété de se colorer en rouge rose par l’eau de chlore (A. Gautier); celte même coloration se produit d’ailleurs, sous l’influence de l’acide azotique, avec les selles des typhiques et des cholériques.
Le mucus de l’intestin se trouve normalement mélangé aux matières fécales ; la proportion en augmente beaucoup dans toutes les inflammations du tube intestinal. Il peut dès lors se présenter sous deux formes distinctes et étudiées par C. Robin : tantôt il reste demi-fluide, visqueux, mélangé au liquide diarrhéique, et se présente au microscope sous forme de flocons finement striés, à côté desquels on voit des granulations graisseuses, des leucocythes et des cellules épithéliales desquamées; tantôt il est constitué par des filaments ou des amas volumineux, des nodosités, des cylindres ou des tubes que l'on pourrait prendre pour des fragments de muqueuse (voir concrétions intestinales) , mais qui sont amorphes au microscope, et que l’acide acétique rend transparents (entérocolite chronique).
Selles qui contiennent du sang. — L’aspect du sang dans les selles varie suivant 1 endroit du tube digestif dont il provient, et peut, jusqu’à un certain point, constituer un élément de diagnostic relativement au siège de l’hémorrhagie.
Si le sang vient de l’estomac (ulcère simple, cancer) il est noirâtre ou brunâtre, les globules sont en partie déchiquetés; s’il est originaire de l’intestin, il est mélangé aux matières fécales ou aux liquides diarrhéiques des affections diverses qui ont leur lieu d’élection dans l’intestin, et forme une bouillie marron ou quelquefois simplement des stries.
Dans les hémorrhagies abondantes, telles que les ruptures d’anévrysmes, les flux hémorrlioïdaux, ou dans les cas où elles siègent à l’extrémité de l’intestin (ulcérations intestinales de l’entérite chronique, du cancer, de la fièvre typhoïde, de l’infection paludéenne), le sang arrive en telle abondance, sans avoir subi de phénomènes digestifs, qu’il garde sa couleur plus ou moins foncée, alors même qu’il est mélangé au flux diarrhéique; dans le cas de diarrhée sanguinolente, le sang forme souvent des stries rouges.
Le sang est toujours facile à reconnaître dans les fèces, soit par la simple coloration, soit à l’aide du microscope et du spectroscope.
Selles purulentes. — Les globules de pus accompagnent souvent ceux du sang dans les fèces; le pus apparaît en général à la suite d’ulcérations intestinales. Secrété en petites quantités, il forme des stries grisâtres, ou se trouve mélangé aux excréments d’une façon plus intime. Dans les cas exceptionnels d’ouverture dans l’intestin d’un abcès du foie, du péritoine, de la rate, de l’ovaire, etc., le pus peut être rejeté en quantité considérable, et alors à l’état presque pur.
Le pus est caractérisé par ses globules spéciaux que révèle le microscope, et par l’albumine qui les accompagne toujours en petite proportion.
Selles vertes des enfants. — On a vu que, chez les enfants encore au sein ou au biberon, les selles prenaient d’ordinaire une coloration vert émeraude pur, dans les cas de diarrhée.
Cette coloration a été attribuée au pigment biliaire transformé en biliverdine.mais, à la suite de l’observation, faite par divers auteurs, que les déjections vertes ne contiennent pas toujours de pigment biliaire (Golding-Bird) , on a émis l'hypothèse que cette matière verdâtre est un produit de sécrétion de la muqueuse intestinale et l’analogue de mucus de même teinte qui coule dans certains cas de blennorrhagies ou de vaginites.
Il est démontré aujourd’hui qu’il existe deux sortes de diarrhées vertes infan tiles, l’une vraiment bilieuse dont les produits, à réaction très acide, contiennent les sels et les pigments biliaires faciles à caractériser par leurs réactions habituelles; l’autre, d’origine bacillaire et contagieuse, due à la présence d’un pigment spécial sécrété par une bactérie (Damaschino et Clado) qui a pu être isolée et cultivée (Lesage).
Dans la diarrhée verte bacillaire, les selles sont souvent neutres, mais parfois faiblement acides; exemptes de produits biliaires, elles montrent au microscope la bactérie spéciale en quantité considérable. Cette bactérie ne se développe pas dans les milieux acidulés par les acides chlorhydrique, lactique et citrique- de là le traitement spécial par les acides et notamment l’acide lactique, préconisé nar Havem. F
Selles à vibrions et bactéries. - La présence, dans les selles de certains états pathologiques, d’un nombre de bactéries beaucoup plus considérable qu’à l’état normal, a été signalée il y a déjà longtemps. Leuvenhœck en particulier avait observe cette augmentation dans les cas de diarrhée; mais les relations de cause a effet n ont été établies que récemment.
On sait aujourd’hui qu’il est un certain nombre d’affections graves dues à des bactéries, où l’on rencontre le parasite en abondance dans l’intestin et dans les selles, qu’il y soit parvenu primitivement, comme, dans le choléra, le choléra nostras, les affections dysentériques, ou qu’il soit venu secondairement du sang, après lésion intestinale, comme dans la fièvre typhoïde.
Choléra. — Le spirille du choléra, bacille virgule du choléra, découvert par Koch, se montre en très grande abondance dans le contenu intestinal et les selles des cholériques. Il se reconnaît facilement à sa forme courbée en arc et aux caractères de ses cultures. ’ 1
Dans certaines conditions, on peut, par contamination, déterminer le choléra chez le cobaye. ra
Choléra nostras. — Cette maladie paraît due à une forme voisine le bacille virgule de Finckler et Prior, dont les caractères se rapprochent be’aucoun de ceux du precedent, mais qui s’en distingue assez aisément par l’aspect de ses cultures et l’action presque nulle sur les cobayes.
Affections dysentériques. - La plupart des affections dysentériques semblent dues à des bactéries. 11
Chantemesse et Widal ont trouvé, dans plusieurs cas de dysenterie épidérn' que des pays chauds, un bacille spécial, dont les cultures déterminent, chez 1 ~ cobayes, une irritation intestinale des plus vives.
Hayem et Lesage ont montré que la diarrhée verte contagieuse des enfants d premier âge est causée par un bacille qui sécrète un pigment vert spécial auquel est due la coloration caractéristique des selles. 1 6
DIGESTION. — FÈCES PATHOLOGIQUES.
Enfin, on doit certainement incriminer aussi une espèce très commune dans les matières fécales normales, très commune aussi dans les eaux de mauvaise qualité souillées par elles, le Bacillus coli commune, découvert par Escherich dans les selles d’enfants à la mamelle ou nourris avec du lait. Il est pathogène pour les lapins et les cobayes, chez lesquels il détermine une forte diarrhée, une vive irritation intestinale et dont il cause rapidement la mort.
A côté de lui, Escherich a encore trouvé, dans l’intestin de l’homme et des animaux nourris avec du lait, et surtout chez les nourrissons, le bacillus laclis ærogenes, dont les inoculations expérimentales donnent des résultats analogues à ceux dus au Bacillus coli commune; il accompagne d’ailleurs ce dernier dans les selles riziformes de la cholérine.
Fièvre typhoïde. — On peut considérer comme actuellement certain que cette affection épidémique est occasionnée par la pullulation, dans l’organisme, du bacille typhique, découvert par Eberth et étudié surtout, depuis, par Gaffky, Chantemesse et Widal.
Ce bacille est abondant dans tous les organes des typhiques, le foie, la rate et les ganglions mésentériques principalement. Il n’apparaîtrait dans le contenu intestinal, et par conséquent dans les fèces, que lorsque l’ulcération des plaques de Peyer lui permettrait le passage avec le sang des hémorrhagies locales.
Empoisonnements par des aliments altérés. - Les accidents sont causés par la pullulation, dans l’intestin, de bactéries diverses apportées par les aliments gâtés, ainsi que cela a été prouvé dans quelques cas.
Gartner, d’Iéna, dans un cas d'empoisonnement consécutif à l'ingestion d’aliments avariés, a isolé, des vomissements et des selles, une espèce particulière de bactérie pathogène pour le cobaye.
L’intoxication par les moules semblerait devoir être rapportée à une cause analogue.
Les bactéries contenues en nombre énorme dans l’intestin par suite de leur pullulation à l’abri de l’air, produisent des quantités relativement considérables de composés solubles toxiques de nature alcaloïdiquc (ptomaïnes, leucomaïnes), dont la résorption occasionne certains des symptômes habituels de ces intoxications spéciales : stupeur, paralysies, contractures, délire. En outre, par leur prolifération extrêmement abondanle à la surface de l’intestin, les bactéries pathogènes occasionnent localement une irritation excessivement vive de l’organe, d’ou résultent les vomissements, les coliques et la diarrhée parfois sanguinolente.
Selles avec ou sans bile. — Les fèces doivent leur coloration habituelle aux pigments biliaires plus ou moins modifiés. Ce qui le prouve, c’est que dans toutes les circonstances où l’arrivée de la bile dans l’intestin est entravée (achohe), es selles prennent une coloration gris-terreux spéciale; ainsi, dans l’ictère simple ou la décoloration des matières fécales est plus ou moins forte suivant que 1 absence de bile est plus ou moins complète. Quand elle est totale, les fèces d’un blanc grisâtre sont argileuses, sèches en raison de la diminution d’eau qui résulte du défaut de bile, et riches en matières grasses, parce que l’absorption de la graisse dans l’intestin est tombée au minimum; elles ne renferment point
de stercorine (cholestérine); l’odeur habituelle des excréments est remplacée par une odeur aigre et fétide, quelquefois nulle.
Dans la sclérose du foie, on peut trouver, dans une même selle, des portions grisâtres et argileuses et d’autres de couleur normale (Graves).
Dans la fièvre jaune, malgré l’ictère caractéristique, les selles ne sont jamais décolorées, ce qui prouve qu’une certaine proportion de la bile parvient encore dans l’intestin (Jaccoud).
Dans certains cas de diarrhée, spéciaux surtout aux pays chauds et consécutifs à une congestion de foie, il y a exagération de la sécrétion biliaire ou polycholie, d’où une augmentation dans la quantité des éléments biliaires des fèces qui prennent la coloration verdâtre de la biliverdine.
A. la suite de l’usage de calomel à l’intérieur, les selles ont une coloration verte caractéristique qui a été rattachée à l’hypersécrétion biliaire provoquée par les mercuriaux (Fonssagrives). Il peut arriver que les selles émises sous l’influence du calomel soient orangées, et n’acquièrent leur coloration verte qu’au contact de l’air, ce qui concorderait avec une augmentation de la matière colorante biliaire qui se transforme ultérieurement en biliverdine.