‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 224 sur 722 · SELLES SPÉCIALES A CERTAINS ÉTATS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

SELLES SPÉCIALES A CERTAINS ÉTATS PATHOLOGIQUES

Selles diarrhéiques. - On donne le nom général de selles diarrhéiques aux excrétions qui n’ont pas la consistance habituelle et qui doivent, aune augmentation anormale de la proportion d’eau, une fluidité toute particulière.

a) Le flux diarrhéique peut être s ter cor al, et formé de matières fécales délayéeset dissociées par les liquides de transsudation et d’hypersécrétion intestinale (entérite simple, deuxième période de la fièvre jaune, début du mal de Bright)

Chez les enfants, les selles prennent un aspect spécial, dû à la non digestion du lait. Elles sont formées d’un liquide acide, de couleur jaune ou jaune verdâtre, dans lequel nagent des flocons blancs de caséine coagulée; quelquefois on dirait du petit-lait. Le microscope décèle des débris amorphes, des globulesgras, des éléments de champignons très abondants (Beduar); on y trouve du pigment biliaire, des acides gras en abondance, très peu de chlorure de sodium ni albumine, ni sucre (catarrhe intestinal infantile à forme typhoïde).

b) Les selles diarrhéiques séreuses sont le résultat d’une transsudatioi» aqueuse extrêmement abondante sur toute la surface de la muqueuse gastrointestinale, et imputable à la paralysie généralisée des vaisseaux intestinaux Caractérisées par une abondance extrême, ces selles sont liquides et incolores et renferment généralement de l’albumine (choléra nostras, choléra infantile, fièvre pernicieuse cholériforme).

Dans le mal de Bright, on observe quelquefois, au début ou après une diarrhée stercorale, un flux séreux constitué, d’après Treitz, par un liquide faiblement acide, neutre ou alcalin, contenant du carbonate d’ammoniaque qui provient de la décomposition de l’urée, et souvent aussi de l’albumine (Jaccoud).

c) On a vu précédemment les caractères de la diarrhée et des selles muqueuses.

DIGESTION. — FÈCES PATHOLOGIQUES. 3G3

d) Les selles séro-muqueuses qui tiennent des deux variétées précédentes, ont perdu également le caractère fécal. Elles sont demi-liquides ou liquides, constituées par une transsudation séreuse teinte en jaune ou en vert par la bile, et épaissies par les produits muqueux de la sécrétion glandulaire. On y trouve, avec des débris alimentaires non digérés, de l’épithélium, parfois des vibrions et des champignons, beaucoup de sel marin et de phosphate ammoniaco-magnésien, des traces à peine d’albumine. Elles sont d’autant moins colorées qu’elles Sont plus abondantes; leur réaction est d’ordinaire alcaline, mais peut devenir acide et provoquer dès lors une sensation de brûlure de la région anale (catarrhe intestinal aigu, et à forme typhoïde chez l’adulte).

e) Quand, aux altérations fonctionnelles de l’intestin viennent se joindre des ulcérations, on trouve du sang mélangé aux divers liquides qui viennent d’être énumérés; de là alors les diarrhées sanguinolentes de la terminaison fatale de l’entérite chronique, du cancer de l’intestin, de la fièvre typhoïde, de l’infection paludéenne, le flux muco-sanguinolent de l’entérocolite qui accompagne la typhlite.

f) Il existe encore une autre forme de diarrhée qui se manifeste dans le catarrhe intestinal chronique sur lequel vient se greffer, plus tard, le catarrhe chroniqtre de l’estomac. Les matières alimentaires ingérées arrivent dans l’intestin sans avoir pu être convenablement élaborées par l'estomac, irritent ses parois et sont presque aussitôt expulsées, de sorte qu’elles sont reconnaissables dans les selles; c’est la diarrhée lientèrique ou lientèrie.

Dans les cas de diarrhée, quand les selles se suivent rapidement, elles s’appauvrissent en matières solides; cependant le poids absolu de celles-ci est d’autant plus grand que l’excrétion est plus abondante, dans un laps de temps déterminé.

On ne trouverait pas de skatol dans les déjections diarrhéiques (Brieger).

Selles de typhiques. — Dans le premier septennaire, les fèces, de dures qu’elles étaient au début, deviennent demi-molles et ne sont plus moulées. Dès le commencement du second septennaire, les selles deviennent liquides, abondantes, d une couleur jaune-ocre presque caractéristique. Elles ont une odeur très forte, sont pauvres en mucus, très alcalines, et se séparent, par le repos, en deux couches nettement distinctes : la supérieure liquide, renferme en dissolution beaucoup de sels ammoniacaux et des chlorures alcalins, des matières extractives provenant de la bile, de l’albumine, pas de skatol (Brieger) et, en suspension, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, des épithéliums, des noyaux libres et de fines granulations graisseuses. La couche inférieure, plus consistante, contient, avec des éléments analogues, des concrétions molles, jaunâtres, constituées par un mélange de graisse, de matières albuminoïdes, de pigments et de sels calcaires (Simon, Zimmermann), à côté desquelles on trouve de nombreux micrococcus et vibrions (Rizopus nigricans, Pénicillium crustacæum, Cercomonas intestinalis).

Selles de cholériques. — Aux deux formes du choléra, forme muqueuse et. forme séreuse ou cholérine, correspondent des caractères différents des selles.

Dans le choléra muqueux, les selles sont muqueuses, liées (féculentes) et colorées par la bile.

Dans le choléra séreux, les selles sont dites riziformes; elles sont formées d un liquide très aqueux, inodore, presque sans couleur, neutre ou alcalin au

tournesol, qui renferme en solution une quantité insignifiante d’albumine, une matièrè extractive colorée en rouge par l’acide nitrique (existe également dans le liquide séreux des typhiques), des traces de sels de potassium et d’urée un peu de carbonate ammonique, de chlorure de sodium et de phosphate de soude La proportion de chlorure de sodium peut cependant dépasser la somme totale des matières organiques.

La composition de ce liquide et sa pauvreté en éléments solides (1 à 2 p. 100) prouvent qu’il n’est pas constitué par du sérum en nature, mais simplement par de l’eau de transsudation qui entraîne à peine quelques sels (Zimmermann) Dans ce liquide nagent, en quantité variable (S à 10 p. 100), les éléments spéciaux, flocons blanchâtres comparables à des grains de riz et formés d’amas épithéliaux, de jeunes cellules et de détritus amorphes.

La réaction alcaline du liquide paraît due à la transformation presque complète en carbonate d’ammonium, de l’urée qui s’élimine par l’intestin chez les cholériques; la coloration légèrement ambrée, quelquefois un peu verdâtre, doit être attribuée aux pigments biliaires très dilués ; car on trouve la vésicule pleine de bile, et l’on en constate la présence dans le duodéum.

Selles de dysentériques. - Au début, les selles sont fécales ou simplement catarrhales; puis elles prennent rapidement des caractères spéciaux, variables avec le stade de la lésion.

Le premier jour, les évacuations sont composées de mucosités visqueuses blanchâtres, granuleuses ou punctiformes, nageant dans un liquide séreux peu abondant, ce qui lui donne l’aspect de frai de grenouille; les mucosités peuvent être enroulées en membranes et constituent la dysenterie blanche.

Au second ou au troisième jour, du sang en quantité variable et des débris d’épithéliums se mélangent au mucus, tandis que la sérosité diminue ou manque tout à fait; les matières prennent l’aspect de framboises écrasées (dysenterie rouge).

A partir du quatrième jusqu’au sixième jour, les selles deviennent inodores et renferment du pus, du sang et des lambeaux membraneux constitués par l'exsudât superficiel, plus rarement par la muqueuse elle-même, auquel cas les grains de frai disparaissent.

Au douzième ou quinzième jour, les fèces deviennent plus abondantes et plus liquides; elles sont constituées par des débris solides d’exsudats et de muqueuse nageant dans un liquide séreux très fluide; elles ressemblent à de la lavure d'e chair et sont d’ordinaire très fétides.

Enfin, dans les pays chauds, surviennent quelquefois des selles gangréneuses encore séreuses, mais colorées en brun ou en noir, et contenant de larges lambeaux ou de véritables cylindres de muqueuse mortifiée.

Le liquide des selles dysentériques est alcalin ; il renferme une quantité notable d’albumine, et probablement de l’urée qui donne naissance à du carbonate d’ammoniaque et détermine secondairement la cristallisation du phosphate ammoniaco-magnésien.

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