‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 288 sur 722 · DÉPÔTS DE PIGMENTS · texte numérisé non relu

DÉPÔTS DE PIGMENTS

mélanémie, les granulations pigmentaires abondent dans le sang dont elles peuvent obstruer les capillaires, surtout ceux de la rate, du foie et du cerveau; elles pénètrent même dans l'intérieur des globules blancs.

Le pigment noir de l’œil très difficile à obtenir à l’état de pureté, a été l’objet de discordances sur sa constitution élémentaire entre les divers chimistes qui n’y admettent pas tous la présence du fer et du soufre. Nous donnons plus loin une analyse centésimale de ce pigment due à Scherer(t).

Le pigment noir choroïdien a été isolé par Ilirschfeld (2), en 1889; l’auteur lave d’abord la choroïde dilacérée à grande eau , puis à l’alcool et à l'éther, la fait digérer à froid dans l’acide chlorhydrique à 5 p. 100, dissout le pigment dans une solution chaude de potasse à 2 p. 100, filtre la solution, la précipite par l’acide chlorhydrique, lave le précipité à l’eau, à l’alcool et à l’éther, puis dessèche le résidu.

Ce pigment se présente sous l’aspect d'une poudre noire, brillan te comme le charbon, qui donne par la calcination l’odeur de la corne brûlée et laisse un faible résidu de silice ; il est exempt de soufre et de fer, et renferme de l’azote. Insoluble dans l’eau et les dissolvants organiques neutres, il se dissout en rouge brun dans les lessives alcalines et l'ammoniaque, en rouge sombre dans les acides sulfurique et azotique concentrés. Le pigment se précipite en flocons de sa solution alcaline, après addition d’alcool en excès. La solution alcaline est décolorée par le chlore et l’amalgame de sodium, précipitée en flocons bruns par l'eau oxygénée. Par la fusion potassique, on décompose le pigment en ammoniaque, amines, acide oxalique, acides gras supérieurs, et en une nouvelle matière colorante (30 p. 100) qui renferme 65,94 p. 100 de carbone et de 3,84 à 4,298 p. 100 d'hydrogène, et se différencie principalement de la matière primitive par sa pauvreté en azote.

Le pigment noir de la peau se présente à l’état de granulations insolubles dans l’eau, dans l’alcool, dans l’éther, les acides et les alcalis étendus, l’acide acétique concentré. Par la coction prolongée dans une solution concentrée de potasse, il donne une solution jaune brun ou brun rouge que le chlore décolore. L’acide nitrique le dissout en le décomposant (caractère distinctif des poussières de charbon).

La solution alcaline est précipitée en flocons brun clair par l’acide chlorhydrique; ces flocons sont redissous et décomposés par l'acide nitrique concentré.

Le chlore attaque la mélanine et en rend soluble à peu près la moitié de son poids; le résidu brunit par la potasse et se dissout dès lors facilement dans l’eau.

La mélanine des cheveux (et de certaines tumeurs mélaniques), facilement soluble dans les alcalis et leurs carbonates, est amorphe et ne donne pas de bandes d’absorption. Le fer ne s’y trouve pas d'une façon constante (Nencki et Sieber) (3).

Le pigment des tumeurs mélaniques ne paraît pas toujours être le même, dans les diverses tumeurs (Môrner, Nencki et Sieber); aussi la présence du fer et du soufre n’y est-elle pas constante. Son coefficient d’extinction a été déterminé par

(1) Scherer, Ann. d. Ch. u. Pharm., t. XL, p. 63, et t. XC, p. 120.

(2) Hirschfeld, Zeitsch. f Physiol. Chem.., t. XIII, p. 407-431, 1889.

(3) Nencki et Sieber, Arch. f. exper. Pathol, u. Pharm., t. XXIV, p. 17-26, 1886.

Môrner(i) à l’aide du spectrophotomètre de Yierordt; l’auteur a constaté la présence du soufre et du fer dans la matière qu’il a étudiée (7,97 p. 100 de S et 0,06-0,072 de Fe) et pour laquelle il accepte la dénomination de phymatorhusine que nous allons retrouver.

Les tumeurs mélaniques du foie et de la rate et les sarcomes mélaniques du cheval conliennent des pigments qu’ont étudiés d’abord Berdez et Nencki (2) sous le nom de phymatorhusine et hippomélanine, puis Brandi et Pfeiffer (3)' dont les résultats ne sont pas d’accord avec ceux des précédents physiologistes'

La fusion potassique de l'hippomélanine donne, entre autres produits, un corps particulier, l’acide hippomélanique, très soluble dans les alcalis et reprécipité par les acides en flocons noirs, amorphes. Cet acide hippomélanique a fait l’Objet d’un travail spécial de Nencki et Sieber (4).

Les pigments noirs paraissent avoir une même origine, la matière colorante du sang; en effet, on trouve souvent dans les vieux foyers hémorragiques, dans les macules des follicules de Graaf, à côté des cristaux rouge brique d’hémal toidine identique a la bilirubine, des granulations pigmentaires jaunes, brun rouge et parfois noirès, qui doivent se rattacher à l’hémoglobine extravasée des ' globules sanguins.

Il est vrai que Ion n est pas d’accord sur la constitution de ces granulations pigmentaires, et. en particulier sur la présence du fer dans la constitution de leur molécule (John Abel) (5).

D’ailleurs les tumeurs mélaniques s’accompagnent toujours d’un appauvrissement du sang en hémoglobine qui descend d’un quart au-dessous du chiffré normal, et en globules rouges qui diminuent de-moitié (Brandi et Pfeiffer) (6).

Cependant les analyses de mélanine, faites par divers auteurs, sont très variables dans leurs résultats; certains d’entre eux se rapprochent des nombres que donne l’hématoïdine, d’autres représentent une matière plus pauvre en azote et en hydrogène, et plus riche en carbone et en oxygène. Voici d’ailleurs quelques chiffres relatifs au pigment noir de l’œil, au pigment clioroïdien et aux analyses diverses de mélanine :

(1) Mürner, Zeilsch. f. Phys. Chem., t. XI, p. 66-141, 1886.

(2) Bordez et Nencki, Arch. f. exper. Pathol, u. Pharm., t. XX, p. 346-361 11

(3) Brandi et Pfeiffer, Zeitsch. f. Biol., t. XXVI, p. 348-376, 1890.

(4) Nencki et Sieber, loc. cit.

(5) John

Virchow's Archiv., t. CXX, p. 204-217, 1890.

(6) Brandi et Pfeiffer, loc. cit.

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