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MODIFICATIONS CHIMIQUES DU MUSCLE EN ACTIVITÉ

le muscle tétanisé donne moins d’extrait aqueux et plus d’extrait alcoolique que le muscle au repos. Cl. Bernard a observé que, en même temps, le sang veineux se charge d une plus forte proportion de matières extractives.

Sarokin (1) a indiqué une augmentation de la créatinine dans le muscle tétanisé, par suite de la transformation de la créatine, puis a prétendu, avec Liebig, que la proportion de créatine augmente dans le travail musculaire. Il est démontre aujourd’hui que les muscles à l’état normal, sauf peut-être le cœur (Voit), ne renferment que de la créatine, à l'exclusion de la créatinine qui prend naissance dans le rein ; en outre, il n’y a pas de différence sensible dans les proportions de créatine que renferment les muscles au repos (0,304 p. 100) et tétanisés (0,319 p. 100) [Nawrocki (2), Voit, Basler].

D ailleurs, dans toutes les recherches relatives à la créatine (et à la créatinine) qui ne se trouve qu’en très minime quantité dans le tissu musculaire, les difficultés d un dosage exact sont tellement grandes, et les différences constatées tellement faibles, que celles-ci tombent dans la limite des erreurs d’observation et ne peuvent raisonnablement être invoquées comme des arguments probants.

On n’a pas fait de recherches comparatives sur les proportions d’urée que contiennent les muscles inactifs et les muscles fatigués.

11 semble donc résulter des recherches faites jusqu’à présent que, dans les muscles en travail, il se produit une accumulation de certains matériaux azotés qui sont des produits de désassimilation de la substance musculaire; mais cette accumulation n’est pas considérable et reste loin de répondre à la somme de travail produit. Cela est si vrai que, malgré des recherches nombreuses, on ne constate pas de rapport intime entre le mouvement musculaire et la proportion d uree, d’acide urique et de créatinine éliminée par les reins; on ne trouve pas toujours d’augmentation sensible dans l’excrétion de ces composés, à la suite du travail du muscle, et les dosages directs de l’azote total de l’urine conduisent au même résultat.

Ce n’est que dans le cas où le travail est poussé jusqu’à l’extrême fatigue que 1 on constate nettement une légère augmentation de l’urée (Noyés, Engelmann).

5° Graisses. - L’immobilité prolongée du muscle y détermine une accumulaüon de graisses. Inversement, la tétanisation diminue la quantité des corps gras (Ranke, Damlewsky); mais comme la quantité de corps gras contenus dans les muscles est des plus faibles, les modifications qu’imprime le travail retentissent peu sur ces composés.

6- Sels. - La proportion de sels contenus dans le tissu musculaire paraît être en relation avec la quantité d’eau; ainsi c’est dans les muscles tétanisés ou dans les muscles les plus actifs (cœur) que l’on trouve la plus forte proportion d’eau et de sels, et spécialement de phosphate de potasse (Danilewsky) (3). Weyl et ei 1er ont trouvé une augmentation de l’acide phosphorique dans les muscles en travail, et la rattachent à la destruction de la nucléine.

Mairet (4) a observé que, chez un même individu et par un même travail, plus

(1) Sarokin, Arch. f. pathol. Anal., t. XXVIII, p. 544.

(z) Nawrocki, Medic. Centralbl., 1865 n" 27

(3) Danilewski, Med. Centralbl., 1874,’ n" 46.

(4) Mairet, Compt. rend., t. CXIX, p. 248, 1884.

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la nourriture est riche, moins se manifeste l’influence du travail sur les urines; et si cette richesse est suffisamment grande, aucune modification ne se produit dans l’élimination des phosphates et de l’azote urinaires.

Ce n’est que lorsque l’intensité du travail dépasse la richesse de l’alimentation, que l’on voit se produire, du côté des urines, une augmentation de l’azote et des phosphates alcalins.

L’analyse comparative du sang artériel et du sang veineux qui intéressent le système musculaire en travail, démontre une augmentation de l’acide phosphorique uni aux alcalis dans le sang veineux (0,551 de Ph2 305 pour 1000 de sang veineux, 0,494 dans le sang artériel), et donne la preuve que cet acide phosphorique en excès est bien un produit de déchet du muscle et se trouve intimement lié à la nutrition et au fonctionnement du muscle.

7» Gaz du muscle (1). — Par le fait de sa contraction, le muscle absorbe plus d’oxygène et dégage plus d’acide carbonique que pendant le repos ; c’est Matteucci (2) qui en a fait la première observation, sur des muscles tétanisés de grenouille ; Valentin et Hermann ont constaté l’augmentation de l’acide carbonique.

Ce phénomène appartient a la substance même du muscle; car si l’on détache un muscle de l’animal et qu’on le rende exsangue, il exhale beaucoup d'acide carbonique quand on le fait contracter par des excitations électriques. L’exhalation de l’acide carbonique par le muscle détaché se produit encore dans une atmosphère d’azote ou d'hydrogène, alors que le muscle ne contient plus d’oxygène ou seulement des traces.

La respiration du muscle se poursuit pendant le repos, mais avec une moindre activité; elle est suractivée par l’augmentation de la vitesse du sang.

Après l’établissement de la rigidité cadavérique, les muscles tétanisés émettent moins d’acide carbonique que les muscles reposés (Ranke); Stinzing(3) a confirmé le fait et a extrait 2To1, 6 à 9”1, 4 p. 100 de gaz carbonique des muscles, tétanisés, et 4”1, 6 a 11”1, 4 p. 100 des muscles au repos.

On doit à Grtttzner une expérience qui prouve l’absorption de l’oxygène par le muscle au repos, tout le temps que ce muscle dispose d’une certaine quantité de gaz qui peut, au contact de l’alcali qu’il renferme, provoquer des phénomènes d’oxydation : quand on traite une bouillie de muscles tétanisés par une solution d’acide pyrogallique au centième, le mélange reste incolore ou devienl tout au plus jaunâtre, tandis que les muscles au repos, traités de la même façon donnent une solution brunâtre, preuve de l'oxydation du pyrogallol dans «n milieu alcalin.

(1) Consulter Gréhant, Dosage exact de l'acide carbonique dans les muscles et le son Arch. de Phys. norm. et Pathol., t. XXII, p. 533-539, 1890.

(2) Matleucci, Ann. de Chim. et de Physiq., t. XLVII, p. 129.

(3) Stinzing, Arch. f. d. gesamm. Physiol., t. XXII, p. 161.

respiration musculaire, sang du muscle.

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